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Ca fait du bien parfois de découvrir une œuvre un peu foutraque mais bourrée d’énergie jusque là, vivante, rageuse, pleine de bruit et de fureur… L’histoire de cette gamine, Hushpuppy, élevée à la dure au fin fond de la Louisiane, dans une cuvette appelée « La Baignoire » où, à tout moment, à chaque orage, la population risque de définitivement couler, est à la fois simple comme bonjour (apprendre à survivre) et dantesque (apprendre à survivre). Absence de la mère, père sévère mais juste, une baraque de bric et de broc aux allures de zoo du pauvre, c’est dans cet entourage cahotique que la chtite Hushpuppy doit apprendre les rudiments de la vie. Son père, malade du cœur, la laisse souvent vaquer à son sort pour assurer ses propres repas… Voilà pour le quotidien dans cet univers aqueux et hostile. Mais le cinéaste tente d’englober le micro dans le macro en évoquant aussi bien la fonte des glaciers que le retour fantasmé d’aurochs géants qui menaceraient d’envahir à nouveau la Terre…

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Cela pourrait donner un truc tout biscornu qui traite de tout et de rien, et c’est au contraire une œuvre portée par un véritable souffle épique, qui sait faire la part des choses entre l’humanisme de base (la bande de bras-cassés, à moitié ivrognes, qui ne quitteraient pour rien leur enfer : c’est chez eux et c’est encore là qu’ils se sentent le plus libres) et les envolées lyriques (de l’orage dévastateur à la meute d’aurochs qui balaient tout sur leur passage), entre l’émotion brute de pomme (la gamine est de loin la meilleure actrice de l’année… et ce putain de coup des larmes qu’on voit pourtant venir de loin…) et la violence brute de décoffrage (du sang, des coups, des explosions…). Zeitlin fucks Haneke et ça fait pas de mal... (oui, l’effet est facile et un peu gratuit - Michael, si tu nous écoutes, respect - mais il y a du bon à sortir d’un studio poussièreux et mortifère pour assister à une véritable leçon de vie en milieu naturel.)

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Hushpuppy vit dans des conditions rugueuses, doit rester debout contre vents et marées, doit se durcir jour après jour pour opérer sa mue - un récit initiatique classique - mais elle sait aussi par ses mimiques, par son air buté d’enfant obligé de grandir trop vite, par sa bouille androgyne et belle comme le jour nous faucher émotionnellement comme les blés, nous filer de mini-uppercuts dévastateurs qui vont droit au cœur - à l’image du coup qu’elle donne à son père… Le film est brutal mais jamais exempt de poésie - l’eau qui bout sur le simple passage de cette regrettée mère -, jamais exempt de magie - la pute qui prend Hushpuppy sous son aile sous l’œil d’un Fassbinder ressuscité ou repêché… La musique inspirée, écrite en partie par le cinéaste, contribue à donner de l’élan au bazar : certes, on pourrait presque chopper le mal de mer avec ce caméraman qui semble avoir oublié d’acheter un pied et qui filme de bout en bout en se tenant sur une barque à la dérive, mais il y a tant de vie, de rage, de hargne captées par cette caméra qu’on pardonne aisément ce petit côté - facile - « arty-fauché ». Beasts of the southern Wild, un film pour rugir de plaisir, la plus belle version apocalyptique contemporaine de l’Arche de Noé, avec la plus petite - et la plus grande - actrice de l’année… même si l’ami Gols risque de grincer des dents.   (Shang - 13/12/12)

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Ah non non, point grincé des dents, et même d'accord avec le gars Shang pour chanter les louanges de ce petit grand film épique et lyrique, qui arrive à faire beaucoup avec peu. Certes, il y a mille défauts là-dedans, une louche en trop de bons sentiments, un montage un peu binaire et systématique (l'énergie qu'on lâche à intervalles très réguliers avec musique au taquet qui succède à des moments de calme trop chronométrés), des grosses baisses d'intérêt au milieu du truc ; mais comme le dit Shang, le caractère foutraque et éminemment sincère de la chose les font oublier, et on ne peut qu'admirer ce lyrisme pastoral, cet art du spectacle que Zeitlin ne se prive pas d'utiliser malgré son évident manque de moyens.

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Etrange de voir comme la Nouvelle Orléans inspire aux cinéastes des ambiances sauvages et animalières : après Herzog, Zeitlin exprime à merveille ce monde naturel qui vient empiéter sur le monde des hommes. Le chaos de la tempête a libéré les animaux, en quelque sorte, et leur univers imprègne celui des humains jusqu'à brouiller les frontières entre eux. Il en résulte une sauvagerie dans le filmage et dans l'esthétique qui marque vraiment des points. Le comportement des hommes (le père, l'instite, les alcoolos, les vieux de la vieille, et petit à petit la fillette elle même qui pousse des hurlements de fauve) devient de plus en plus bestial, et le gars va jusqu'à un brillant symbolisme pour exprimer la chose : l'attaque des aurochs est superbe, leur confrontation finale avec cette petite fille spectaculaire. Pour le reste, mon camarade a parfaitement exprimé la beauté de ce film peut-être pas inoubliable mais en tout cas bien intéressant.   (Gols - 24/12/12)