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Ah le bon temps du cinéma des 70's, où pour parler politique on vous faisait de bonnes vieilles leçons accessibles à tous : d'un côté les méchants (ceux qui ne parlent pas américain) et de l'autre les Américains (qui parlent américain). Affleck aime ce cinéma schématique, et nous livre un film-hommage efficace et crétin, d'où un résultat mitigé : on lui sait gré de nous avoir fait vivre un vrai suspense à l'ancienne, de nous avoir scotchés à l'écran pendant deux heures, bouche bée et bave menaçante ; mais on aurait aimé aussi qu'il nous parle un peu mieux de notre monde, et qu'il apporte quelques nuances à son scénario. Parce que là, en sortant, à part de savoir que les Iraniens sont tous barbus, l'air menaçant, et qu'ils ne parlent pas américain, on apprend tout de même peu de choses.

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Tant pis : contentons-nous d'applaudir à la redoutable efficacité du montage et du scénar, "based on a true story" mais glamourisé à mort par des auteurs survoltés : il s'agit de l'exflitration de 6 Américains prisonniers à l'ambassade canadienne de l'Iran, en pleine Révolution khomeynienne ; un spécialiste de la chose (Affleck, excellent comédien qui fait dans l'opacité eastwoodienne) monte un piège rocambolesque pour remplir sa mission : organiser un faux repérage de lieux pour un faux film mené par une fausse équipe de cinéma. Les meilleurs moments sont ceux où ce fameux film-leurre se monte, et où la comédie fait son apparition au milieu de l'austérité du film d'espionnage : John Goodman et Alan Arkin sont en charge de l'humour du film, et remplissent fort bien leur tâche : critique gentiment acerbe du milieu hollywoodien, portrait grinçant de quelques personnages, c'est très fun. Affleck est également à son poste quand il s'agit d'envoyer du suspense : tout le dernier tiers, quand l'opération commence concrètement, est super efficace, le gars ajoutant rebondissement sur rebondissement jusqu'à plus soif (oui, il en fait un poil trop, mais ma foi ça marche). Acteurs parfaitement dirigés, sens indéniable du rythme et du montage, goût assumé pour le spectacle, on en a pour son argent.

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Dommage que Affleck soit moins bon à la mise en scène qu'à l'écriture. Au bout de quelques minutes de cette caméra Louma hystérique, j'avoue que la nausée n'était pas loin. Tous les plans sont en mouvement, tous sont filmés en travellings incessants, très souvent complètement inutiles (pour éviter le champ/contre-champ classique, le gars tournicote comme un dingue, façon Lelouch, autour de ses acteurs, pour quoi faire ?), tout en ruptures de directions (gauche-droite, droite-gauche, haut-bas, n'en jetez plus), et c'est fatigant. Sa grande idée pour rendre la violence de la révolution est de s'immerger à l'intérieur de la foule et de filmer ça à l'arrache, "au hasard" : ça ne rend jamais ce que ça devrait rendre (l'aspect documentaire, pris au téléphone portable, presque, s'il avait existé à l'époque), c'est juste une démonstration lourdaude de savoir-faire. Dans ce souci de vérité constant, Affleck se trompe de choix : on s'en tape que l'acteur ressemble au vrai protagoniste (le générique de fin ridicule où tous les plans sont mis en parallèle avec les plans d'achive), il importait plus que le film soit "vraisemblable". Or, par schématisme, par crânerie formelle, par manque d'intelligence, Argo n'est qu'un film d'action un peu plus raffiné, et passe à côté du vrai film politique qu'il aurait pu être. Les yeux remplis, le cerveau vide. (Gols - 08/12/12)

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Argo Poster OriginalJe trouve pour le coup que l'ami Gols a eu la main un peu légère sur l'action. J'ai trouvé Argo complètement con ce qui est une gageure avec un tel scénario en or - une mise en abyme tricotée main sur le cinéma comme leurre, y'avait qu'à surfer sans chercher à trop en faire... Le problème c'est qu'Affleck se trompe à tous les postes : dès qu'il ouvre une piste, il la torche, ou il la gâche par excès... Je m'explique. Quand Tony Mendez (Ben) commence à monter son plan - il contacte un spécialiste du maquillage, oh oh... - et qu'on voit soudainement apparaître Mister John Goodman, on se dit que cela fleure bon le mega canular délirant. Bon en fait, il ne sera jamais question de maquillage (!?) et Goodman va ensuite quasiment disparaître de l'histoire, tout humour avec, mouais on sentait bien qu'Affleck n'était pas un grand déconneur - un jeu eastwoodien, oui, un non-jeu quoi... Le gars sourit quand il se brûle, il ne se brûlera jamais (je passe sur son parcours perso : alcoolo esseulé en instance de divorce, le coup de fil qui réveille, la remise en selle professionnelle, le final ultra dégoulinant... Je préfère ne jamais arrêter de boire). Donc ok, on joue maintenant la carte du film "guerre des nerfs" : quand Affleck débarque en Iran et rencontre les six personnes, on se met vraiment à craindre le pire ; ambiance glaciale (ok) et forcément le con de la troupe qui ne veut pas y croire, Tony serre des dents, il sait qu'à la fin, dans l'avion, le type viendra de lui-même lui serrer la main (on se dit qu'ils auront quand même la pudeur de nous éviter ce plan archi rabattu... penses-tu...). Après 1h30 de film, où avouons-le il ne s'est encore rien passé d'intéressant (dans le fond et dans la forme), on attaque la partie film d'action brut... C'est là que j'ai perdu mon sang froid : je conçois qu'une fois, je dis bien "une fois", Affleck tente de doper son suspense en nous faisant le coup du "ah la dernière seconde... putain cela s'est joué à rien"... C'est romancé, c'est du film d'action, c'est du gros cinoche qui tâche... Ok. Tout l'intérêt du scénar initial est de toute façon niqué depuis longtemps, allons-y pour la tranche de spectacle... Mais là, putain là, Affleck répète le coup du "ahhhhh ça se joue à rien" une douzaine de fois de suite - l'identification des ricains, le coup des billets d'avion, le coup du téléphone à la boîte de prod (lourd mais lourd...), le coup de l'embarquement sur Swiss Air, le coup de la réaction des flics... A l'envi... J'ai vomi... C'est même plus nous prendre pour des jambons à ce niveau-là, mais pour du gras de jambon... Et je passe sur "ah le bus qui cale", "ah l'avion qui décolle en deuxième position"... Tout à l'avenant... Comme en plus, cerise sur le gâteau, l'Iranien moyen nous est montré avec moins de QI qu'un gorille (les ptits militaires tout heureux de pouvoir garder les dessins de story-board... J'ai re-vomi je crois)... Passons... Bref, frustré dans tous les compartiments du jeu (métaphorique, comique, dramatique, actionnique...). Argo, not... (Shang - 02/04/13)