vlcsnap-2012-12-07-23h39m23s60

Difficile d’oublier Hiroshima (Souviens-toi…). C’est pourtant  ce que l’enjoignent de faire les proches de l’héroïne qui a décidé, quatre ans après la catastrophe, de retourner dans sa ville natale. Tout comme le morceau de verre qui est resté « incrusté » dans sa peau, qui lui provoque des douleurs chaque fois qu’elle le touche mais qu’elle ne peut se résoudre à enlever, le souvenir tragique d’Hiroshima fait désormais partie d’elle-même. Ce retour va forcément réveiller des instants traumatiques (l’heure précise, 8h15, où la bombe est tombée, tuant sa famille, réduisant en cendres certains quartiers, mutilant des milliers d’êtres…), c’était relativement attendu, mais le désastre est, lui, loin d’être terminé… Comme le note Takako, l’héroïne, les « ondes des radiations » semblent continuer leur œuvre de destruction et on assiste à des drames en chaîne parmi les survivants : un grand-père défiguré et quasi-aveugle - l’ancien serviteur de la famille de Takako devenu mendiant - qui tente de survivre pour s’occuper de son petit-fils, une amie de Takako rendue stérile par la bombe…

vlcsnap-2012-12-07-23h37m17s92

Takako est également revenue à Hiroshima pour retrouver trois gamins : sur la quarantaine de gamins du jardin d’enfants dont elle s’occupait avec son amie, seulement trois ont survécu. Les retrouvailles ne sont pas vraiment la fête Neuneu : le premier gamin qu’elle retrouve vient tout juste de perdre son père (suite aux radiations…), le second est mourant (suite aux radiations…), le troisième va bien mais sa sœur se marie (à chacun ses drames… ). On aurait envie de dire que Shindô parvient à éviter tout miserabilisme mais ce serait comme vouloir s’obstiner à appeler une louche une « grosse cuiller » : soyons franc, on est quand même plongé toutes les trente secondes dans la misère noire et chaque note de violon est aussi destructeur qu’un archet qui n’aurait de cesse de s’enfoncer dans le cœur…

vlcsnap-2012-12-07-23h38m07s81

Ceci dit, cette œuvre est loin d’être totalement dénuée d’espoir : à l’image de cette femme stérile devenue sage-femme et tout enjouée à l’idée d’adopter le cinquième enfant d’un couple d’amis, il ne sert à rien de se morfondre sur son sort… Tout le combat de Takako va également consister à convaincre son ancien serviteur de la laisser s’occuper de son petit-fils ; l’orphelin, détruit sentimentalement, et le vieil homme, détruit physiquement, sont totalement inséparabales mais il est clair qu’il sera difficile pour le gamin de s’épanouir vu les conditions de vie que lui offre son grand-père… Est-il possible pour le grand-père de faire encore un sacrifice - l’ultime -, est-il possible pour l’enfant de se reconstruire ailleurs ?… Shindô ne nous épargne rien dans « l’escalade dramatique » mais le message final finira par laisser poindre un rayon d’optimisme… Très soignée au niveau de la réalisation (travellings discrets sur les personnages, champs-contre-champs souvent « osés », séquences - sur la fin - « filmées à l’épaule »…), cette œuvre-hommage de Shindô (disparu cette année-même à 100 ans) parvient à s’extraire des ruines de cette ville en tentant de capter l’ombre d’un sourire sur le visage de son héroïne… Bel et louable effort. Hiroshima, souviens-toi, mais un jour viendra où il faudra à nouveau regarder droit devant…

vlcsnap-2012-12-07-23h39m56s137