chernobyl-diaries-devin-kelley-image
Très bonne surprise que ce film qui, contre toute attente, s'avère parfaitement convaincant dans sa mise en scène. C'est devenu rarissime, de nos jours, de voir un cinéaste de film d'horreur réfléchir un peu à la forme de son film, et c'est d'autant plus agréable de tomber par surprise sur ce genre de réussite. Non pas que Chernobyl Diaries soit génial, hein, je n'ai jamais dit ça, on n'est pas chez Carpenter non plus, non ; mais quand même, Parker se frotte avec courage à une forme relativement nouvelle, et on lui en sait gré.

Chernobyl_Diares_2
On croit, dans les premières minutes, être tombé sur un énième film en caméra subjective, et on soupire. Eternellement, on regarde une bande de petits jeunes préparer hilares un voyage en Europe de l'Est, et on sait déjà qu'ils seront à la fin hâchés menus, décapités ou bouffés tout crus par une bande de monstres. Filmage amateur, hâché, que du déjà vu. Mais le film s'écarte assez vite de cette esthétique surfaite : nos petits jeunes s'embarquent dans une visite illégale d'une ville abandonnée en lisière de Tchernobyl, et à partir de là, Parker opère un subtil revirement dans le regard, dans le point de vue : la caméra, personnage central de la narration, va prendre une place assez indéfinissable. Elle est à la fois dans l'action (toujours ce filmage à l'épaule, les décadrages hystériques quand la violence arrive, comme si le cameraman était un personnage) et en-dehors, observatrice, témoin, mais en même temps subissant les mêmes peurs que les personnages. C'est vraiment intéressant : on comprend peu à peu qu'elle nous représente nous, spectateurs, en nous immergeant habilement au coeur de l'action tout en nous épargnant l'éviscération subie par ses protagonistes. La mise en scène est très habile de ce côté-là : on a peur, on panique avec les personnages, mais on reste observateur, comme un reporter infiltré en quelque sorte.

chernobyl_3
Après, pour le reste, c'est assez moyen : maigre scénario confinant même, sur la fin, au bâclé (il faudrait quand même qu'on cherche à comprendre cette terreur des Américains envers les Pays de l'Est, ça devient étrange à force), peur dans les chaussettes (trop petit budget, ce qui oblige à toujours cacher les choses, et à force c'est pénible)... Mais on peut noter tout de même, fait rarissime, que les acteurs sont bons, et que Parker utilise avec bonheur son magnifique décor : ville abandonnée, pleine de bâtiments crasseux envahis par la nature, pleine de recoins sombres et de possibilités pour faire peur ; autobus perdu en plein terrain vague, qui donne les meilleures scènes par ce côté huis-clos donnant sur le vide ; appartements ayant aboli la frontière entre civilisation et sauvagerie (très jolie scène d'attaque d'un ours au milieu d'un salon). Non, vraiment, il faut voir ce petit film, même s'il ne fait pas très peur, même s'il est un peu raciste et crétin : le scénariste (Oren Peli, l'auteur de Paranormal Activity) est épais, mais Parker est un bon cinéaste intelligent.