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Ca y est, Podalydès est devenu adulte, c'est la bonne nouvelle du jour. Il faut dire qu'on était un peu fatigués, depuis quelques films, de cette posture d'éternel enfant naïf face aux turpitudes de la vie, planqué dans son univers vintage entre BD et policier démodé. Même si Adieu Berthe n'est pas complètement débarassé de cette tendance, il marque une vraie avancée dans la carrière du gusse, se coltinant enfin avec des thématiques un peu plus amples : la mort, la fin du couple, la responsabilité, la fidélité à son enfance, ce genre de choses. Podalydès retrouve son style attachant, fait de dizaines de petits motifs attachants et drolatiques, de personnages gentiment décalés et poétiques, de gravité mêlée à une grande légèreté. Avec un très joli sens du détail, il dessine sans en avoir l'air le portrait d'un homme en plein désarroi, pris entre deux âges (son enfance et ses ambitions de devenir magicien), entre deux femmes (son "officielle", qu'il arrive tellement peu à quitter qu'ils décident de ne se séparer "qu'un peu plus chaque jour", et la nouvelle, à la fois attachante à mort et punkoïde), entre deux territoires aussi (le foyer conjugal et la campagne).

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Tout s'articule autour de la mort de "mémé", donc, vague ancêtre que tout le monde avait oubliée, et qui va être le déclencheur d'une remise en question touchante pour notre héros (Podalydès frère, la fantaisie incarnée) : contraint de s'occuper des modalités des obsèques, de s'opposer à sa belle-mère castratrice, de gérer en même temps son couple qui part en sucette, il va achever sa course contre une malle des Indes qui va lui faire découvrir qui était vraiment Mémé Berthe, et du même coup faire le point sur ces fameuses inspirations enfantines qu'on enterre peu à peu sous les obligations de la vie quotidienne. Joli sujet, qui fait le pont donc entre les inspirations habituelles de Podalydès (la magie, l'enfance) et une métamorphose vers plus de maturité (le couple est vu de façon plus sérieuse, le poids des responsabilités se fait sentir...).

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Le film n'arrive pas à se débarasser de gros ratages, notamment dans le traitement du patron de pompes funèbres incarné par Vuillermoz, beaucoup trop grand-guignolesque pour ne pas dénoter dans le style sobre de l'ensemble, ou dans certains gags un peu lourdauds. Mais c'est dans le minuscule que le film est impeccable : un croque-mort en panne sur la route et qui porte son gilet jaune, une ligne de dialogue sur la durée de vie des animaux, une Noémie Lvovsky hilarante en pleureuse éternelle, une toute petite expression d'un acteur (ils sont tous très bien), suffisent à notre bonheur. D'autant que l'émotion vraiment prenante qui monte peu à peu de cette fantaisie mélancolique joue elle aussi sur le presque rien : Podalydès n'est pas un démonstratif, son film est modeste, doucement poignant (les dernières scènes, le monologue auprès du cercueil, la variété française traitée comme une comédie musicale, les scènes de couple avec Lemercier, les décrochages trash des dialogues), très crédible malgré le ton toujours fantaisiste et décalé de l'ensemble. On en ressort touché, ce qui ne nous était pas arrivé dans le cinéma de Podalydès depuis Liberté Oléron (je suis un défenseur du film, contre mon gars Shang) : satisfaction.  (Gols 19/09/12)


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Liberté Oléron nous avait divisés, Adieu Berthe nous réunit - my colleague and I - : c'est beau le cinoche. On retrouve les Podalydès brothers dans un ptit film truculent comme ils savent encore parfois les écrire avec un trio d'acteurs très attachant ; belle idée (toute truffaldienne) que celle de nous montrer cet homme entre deux femmes en évitant tout manichéisme : il n'y a pas la méchante amante d'un côté et la douce femme de l'autre mais deux personnages avec leurs qualités et leurs défauts ; forcément cela rend la vie difficile pour notre héros qui, tout en devant enfin assumer son rôle d'adulte (l'enterrement de mémé, l'éducation de son fils...) garde en lui une évidente part d'adolescence (la difficulté toute rohmérienne de faire un choix), voire d'enfance (la magie allénienne : quitte à vouloir faire le mariole en plaçant des références, autant y aller à fond) ; l'ami Denis P. est d'ailleurs sur sa trottinette comme un équilibriste sur un fil : il peut certes retomber dans ses travers enfantins à tout moment mais continue d'avancer sur la route de l'âge de raison.

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Malgré une thématique funèbre, le ton du film demeure relativement léger, souvent drôle (Arditi en free lance - déjà prêt à assumer sa sénilité ; Lemercier se lâchant dans le cimetière ; Noémie Lvovsky aussi chagrinée qu'une militante de l'UMP ; Bruno P. en bel ersatz d'Edouard Baer ; Denis P. dont la ressemblance physique avec Claude Berri est saisissante - oui, bon, rien à voir avec la choucroute, j'avoue) et se déguste plaisamment de bout en bout. Quelques creux dans le rythme, quelques facilités, oui avec le personnage de Vuillermoz (Twilight / toilette, urne funéraire / thermos... une fois c'est rigolo, deux fois moins), mais cet Adieu Berthe a suffisamment d'originalité et de cocasserie toute podalydienne (je me comprends) pour divertir avec des thèmes enfin plus "matures"... Réconciliation. (Shang 25/11/12)

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