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Un trésor, tout simplement, qui sait allier la rugosité westernienne et les sentiments, l'épure et le spectacle, l'humour et le mélodrame. Tout est miraculeux dans ce film, des acteurs à la mise en scène, du scénario aux décors. L'idée de départ est d'ailleurs originale : un gars qui a fait fortune dans les confins de l'ouest engage un cow-boy pour lui ramener une cargaison de femmes, afin de marier les gusses qui s'ennuient sévère dans leur ranch. 150 gonzesses (sachant qu'il y aura un tiers de pertes, on nous prévient au départ) qui traversent le désert ricain, 3000 kilomètres de dangers divers qui vont du serpent à sonnette à l'Indien patibulaire, de l'accouchement en chariot branlant au viol par les escort-boys, de la jalousie féminine à l'éclatement de cariole, de la balle perdue à la soif ardente. A la fois délicieusement phallocrate (les nanas considérées comme un troupeau de bétail à convoyer) et presque féministe (les dames feront preuve d'un courage et d'une sagesse bien supérieure à ceux des hommes qui les escortent), le sujet est assez troublant au final : il s'agit simplement d'amener des femmes aux hommes, comme on amène la vache au taureau finalement, les deux parties étant consentantes, ce qui développe une inattendue atmosphère hyper-sexuée dans le film. Ces femmes affrontent tous les dangers... pour baiser, appelons un chat un chat. Voilà qui est bien audacieux dans le sage paysage du cinéma hollywoodien classique.

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Pour "compenser" cette puissance hormonale, Wellman use de la mise en scène la plus épurée possible : pas de musique, des plans longs où la caméra fait tout pour se faire oublier, un jeu mesuré de la part des acteurs (tous extraordinaires). Le sujet en lui-même est suffisamment fort pour que le cinéaste se permette d'occulter tout ce qui pourrait "faire spectacle" : les attaques des Indiens seront soigneusement laissées hors-champ, la première se terminant comme un pétard mouillé ("Houlà, mais vous êtes armés, on savait pas, on se casse, ugh"), la seconde se déroulant loin de nos yeux alors qu'on suit la bluette sentimentale de Robert Taylor avec une des donzelles. Pourtant on ne cesse d'être emballé par l'aspect spectaculaire de cette mise en scène au rasoir : une course-poursuite à cheval entre deux amoureux, une épique descente de chariot, une tempête de pluie, on en a pour son argent. Mais Wellman choisit de rester toujours du côté des sentiments plutôt que de l'aventure, et pond quelques idées absolument géniales : les femmes qui soulèvent le chariot cassé pour que leur consoeur puisse accoucher ; une liste de victimes des Indiens hurlée dans un canyon désert, où les noms résonnent comme un glas ; l'arrivée des survivantes dans une ville peuplée uniquement d'hommes, où l'ébahissement, le désir, l'admiration, la pulsion sexuelle forment un melting-pot explosif. ET enfin, l'idée qui m'a mis à genoux : une femme qui a perdu ses lunettes au cours du voyage finit par retrouver l'homme qu'elle avait repéré (d'après photo) au départ ; lui aussi porte des lunettes, et elle les lui enlève pour pouvoir le regarder à son aise : quelle meilleure définition de l'amour, condensée ici en un seul geste simple ?

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Constamment provocateur et drôle, le film est comme ça : profondément sentimental, sans romantisme ou mièvrerie, attaché aux personnages (mention à Robert Taylor, qui est parfait dans le changement de son regard sur les femmes, et à son sbire japonais (en 1951 !), fou du roi très drôle), d'une douceur permanente. Sous ses airs rêches, Westward the Women est un western amoureux, comme aurait pu le réaliser le grand Budd Boetticher tout aussi bien. Comme quoi, sous la cuirasse du cow-boy se cache un coeur qui bat, c'était la considération du jour.