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Jacquot se penche à l’aube de la Révolution française sur la vie intime d’une simple lectrice (Léa Seydoux, toujours aussi troublante…) totalement dévouée à la Reine (Diane Kruger avec l’accent qui va bien). Celle-ci aime à partager quelques instants avec cette jeune servante mais brûle véritablement d’amour pour Madame de Polignac (Virginie Ledoyen, beauté racée qui n’a que quelques scènes, scènes qui suffisent toutefois pour montrer toute la complicité qui existe entre elle et la reine - magnifique séquence au milieu du film où la caméra ne cesse de faire un va-et-vient entre le visage des deux femmes). La grande Histoire vue par le regard d’une jeune femme loyale prête à tous les sacrifices pour plaire à sa maîtresse royale.

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Une interprétation d’une grande fraîcheur, des seconds rôles de haute volée (Xavier Beauvois et Noémie Lvovski toujours impeccables), une mise en scène d’une grande délicatesse, des mouvements de caméra absolument splendides (qu’ils s’agissent des plans « aériens » sur nos nobles appelés à revenir sur terre ou des séquences plus intimes filmant au plus près le visage de deux femmes (bien souvent) se faisant des confidences), autant d’éléments qui servent une histoire des plus touchantes, pleine de chaleur humaine en quelque sorte dans ce musée de cire versaillais (la terrible scène où tous nos aristocrates poudrés à mort se pressent pour écouter la parole royale). Léa n’est ni une coquette ni une opportuniste, juste une orpheline attachée à sa maîtresse : une maîtresse amenée à assouvir ses moindres désirs, totalement aveuglée par la beauté de Madame de Polignac et ne pouvant faire que peu de cas de la dévotion de cette jeune lectrice - forcément destinée à la frustration.

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Des heures légères du petit matin avec cette magnifique lumière « blanche » - moments « privilégiés » entre la Reine et sa lectrice - aux heures les plus sombres filmées au feu de bois - les premières inquiétudes de la Reine préparant sa fuite -, Léa est là pour dire quelques mots (la seule chose qu’elle « possède », dans tous les sens du terme, comme il est dit magnifiquement dans le film) à sa Reine, qu’il s’agisse de lui lire des œuvres ou de la réconforter. Toute l’intensité de son amour passe dans le regard de Léa qui tente servilement mais sincèrement de la « soutenir ». Jacquot fait fi des ors versaillais pour s’intéresser à cette petite part d’humanité qui subsiste en son sein ; le petit cœur de Léa bat pour cette femme qui la remerciera en lui proposant… de se sacrifier : les bras de Lea lui en tomberont - la séquence terrible où elle se retrouve mise à nue devant sa reine (son corps comme son âme, tenterais-je) - mais la servante, un poil effrontée dans sa tenue d’aristocrate (elle doit échanger sa place avec Mme de Polignac - déguisée en servante - dans le carrosse qui les mène vers la Suisse), saura jusqu’au bout se montrer à la hauteur de sa confiance, saura jusqu’au bout se montrer… royale. Très belle réussite du gars Jacquot aussi bien dans le fond que dans la forme, un Jacquot décidément grand réalisateur de la « féminité » - et si c’était lui le véritable héritier de Truffaut, trois petits points de suspension…

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