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C'est sur les genoux (et sans les rotules) que je termine cette improbable odyssée straubienne qui m'aura coûté quelques années et autant de neurones (à noter quand même qu'à l'heure où j'écris Straub est encore en vie, et qu'on n'est donc pas à l'abri). Un Héritier la conclue avec brio, puisqu'on a droit ici à un des films d'action de son réalisateur : dans sa première scène, il est même constitué d'un travelling caméra à l'épaule, ce qui dans le cinéma du bon Jean-Marie, s'apparente à une cascade. On y parle la langue de Maurice Barrès, on y devise sur l'identité alsacienne, le tout dans une jolie forêt qu'on imagine donc alsacienne elle aussi. Le personnage est un jeune médecin de campagne tourmenté par les affres de son métier autant que par la proximité d'une culture allemande menaçante. Il raconte quelques faits de sa vie, d'abord de dos, ensuite assis devant une bonne binouse dans une cour de ferme, enfin en lecture dans les bois et le soleil. C'est Straub lui-même qui joue le confident du jeune homme. Voilà. Bon. Euh. C'est, disons, intéressant, d'abord parce que pour une fois le texte choisi est plutôt limpide et direct (le description d'un accouchement mouvementé est même quasi-premier degré), ensuite parce que l'acteur est plutôt inspiré malgré cette éternelle diction à la limite du ridicule, et qu'on peut contempler à son aise le soleil dans ses mille variations qui tombe sur la belle forêt locale. Après, dire que ce film là était absolument nécessaire dans l'oeuvre straubienne, que j'ai tout compris au pourquoi de la chose et que j'en ressors bouleversé, serait un peu trop en dire. On cherche des traces de la légendaire colère de son auteur, on cherche aussi à situer ce film dans sa carrière (il semblerait qu'on puisse établir un parallèle avec Lothringen, ne serait-ce que parce qu'il s'inspire aussi de Barrès), mais on tombe plutôt sur un petit film légèrement assagi (les racines françaises, blablabla), et déjà vu dans sa forme (belle, hein, mais bon). Mais ma foi, ça ne dure que 20 minutes, alors on veut bien pardonner au gars cette énième lecture dans les bois. Je referme ce livre straubien l'esprit en paix, en envisageant quand même maintenant une odyssée John Woo. J'ai acquis ma place à la droite du Seigneur.

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Tout Straub et tout Huillet, ô douleur : cliquez