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Une quarantenaire retourne pour quelques jours dans son adolescence, pour arriver à accepter la mort de ses parents et la beauté de son couple. Non, ce n'est pas un inédit de Bergman, ça aurait été trop beau : il aurait fait de ce sujet parfait une tragédie intime parfaite et bouleversante, murmurée, douloureuse et funèbre. Mais c'est un film de Noémie Lvovsky, cinéaste qui aime de plus en plus la légèreté aux dépends de sa mélancolie amère de jadis. Résultat : le film fait dans le superficiel, le gentil, le rigolo, et passe du coup complètement à côté des choses. On sera très vite plongé dans une reconstitution attendue des 80's, certes rigolote quand vous avez porté vous aussi un pull tricolore marron-vert-jaune ou écouté "99 Luftballons" de Nena, mais qui ne suffit vraiment pas à faire un beau film. A chaque fois qu'on sent la possibilité d'être un peu profond, Lvovsky désamorce par un ton doux-amer qui gâche tout, par une direction d'acteurs hystérique (à commencer par elle-même, mais Amalric, Podalydès, ou ces jeunes actrices qui jouent ses copines ne sont pas non plus épargnés), par une succession d'effets faciles voire putassiers (mettez une chanson de Barbara, même sur un plan de Raymond Barre, je vous jure que la moitié de la salle pleure), par une espèce de mélancolie légèrement poisseuse qui confine au sentimentalisme le plus fleur bleue. Le scénario, cousu de fil blanc, dont on devine tout le déroulement dès les premières minutes, est beaucoup trop sage et léger pour toucher à son sujet, la mise en scène multiplie les effets ratés (ralentis affreux, montage au cure-ongles, lourdeur des symboles) et on a parfois l'impression de revoir La Boum, avec juste un petit ton contemporain en plus (Gaetan Roussel aux chansons). Tout n'est pas raté, non : la reconstitution est soignée, quelques acteurs arrivent à se dépatouiller de ce bazar (Yolande Moreau, Samir Guesmi, Michel Vuillermoz), on a parfois un pincement au coeur en reconnaissant un petit objet vintage de son enfance ou une expression passée de mode... Mais l'ensemble est fade et attendu. Ingmar, reviens, ils font n'importe quoi. (Gols 23/10/12)


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Noémie Lvovsky réalisatrice c’est quand même Oublie-moi influencée, dixit elle-même, par Les Carnets d’Henri-Pierre Roché - rien que pour cela, respect éternel, c’est aussi Les Sentiments qui demeure un très bon film malgré les multiples interventions de chants a capella gonflants au possible ou encore... ah non j'ai pas vu les autres... Camille redouble vient donc de se prendre dans la tronche 13 nominations au César ce dont Lvovsky n’a pas à rougir aux côtés de Carax ou de Jacquot. Je sais, c’est jamais bon signe quand je commence à allonger l’intro à outrance avant d’entrer dans le vif du sujet. Franchement, Camille redouble ne m’a guère plus emballé que mon camarade de jeu : on a de fortes dissensions sur les films canadiens et belges (mais mettons cela uniquement sur l’allergie de mon comparse aux accents de tout poil… oui pas que), plus rarement sur nos chers films français. Le principe de base n'est pas mauvais même s’il commence à devenir un peu systématique : revenons donc une nouvelle fois à ces fantastiques années 80 et ses walkmans (Wonder devrait me rembourser 12 ans de ma vie en piles, putain) avec une pointe de nostalgie (c’est aussi normal vu l’âge des réalisateurs qui sont de plus en plus de ma génération… Ce qui veut dire que dans 25 ans on risque de se taper pleins de trucs pseudo nostalgiques avec en musique de fond le gangnam style ? Est-ce pire par rapport à Nena ? Le doute est permis). Bref, une plongée dans le passé qui va permettre à notre héroïne de revivre les prémices de son « histoire d’amour de 25 ans » (qui s’achèvera cruellement en 2008). La bonne idée, c’est que la cinéaste se focalise sur cet aspect (une petite place est néanmoins faite aux rapports avec ses parents - séquences plus attendues et faciles même si Vuillermoz et Moreau assurent dans la sobriété…) et ne cherche pas trop à jouer sur la préscience de son personnage principale (demain, pour gagner au loto, il faudra jouer le… - genre). L’autre aspect qui m’a fait ici ou là me lézarder (ou sourire, si vous voulez), ce sont certaines attitudes de ces ados niaiseux : posture physique avec une jambe à 90 degrés sur un escalier et l’autre tendue (schéma ci-dessus) ou encore ado qui parle à une fille à 300 à l'heure et se barre avant même d'achever sa phrase (Vincent Lacoste, pièce rapportée des Beaux Gosses, qui enquille les rôles ingrats). Et puis la présence de Léaud, c'est pas rien. Pour le reste, c'est vrai que c'est un peu poussif - le gang de filles en collant orange et proprement insoutenable... Lvovsky joue sur du velours et son scénar semble terriblement paresseux ; elle enquille les lieux communs - la pièce de théâtre, le premier baiser, le respect doucereux a posteriori envers les parents... - et le film ne décolle jamais vraiment (il ne s'écrase pas autant que Camille en vélo (deux moules impressionnant) mais 1h55, c'est long quand même - une réflexion sur le Dolan et c'est une baffe). Un moment pas désagréable qui remplira son créneau sur France Télévision mais vraiment pas de quoi devenir hystérique... loin de là... (Shang 29/01/13)

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