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C'est sur les conseils du bon J. Waty, lecteur de ce blog, que j'ai attaqué ce Friedkin moins réputé que les petites filles vomissantes ou les flics à chapeaux habituels du gusse. C'est une bien étrange chose en effet que ce Sorcerer, remake spectacularisé du Salaire de la Peur de Clouzot, sans Montand, sans Vanel, mais avec des déluge de pluie dantesques, des gangsters, de la jungle à perte de vue et de la moiteur sur les fronts. Friedkin déplace l'action du roman de Georges Arnaud au fin fond de l'Amérique du Sud, là où quatre mecs viennent s'échouer comme des baleines contre les comptoirs crasseux. Chacun a des raisons de se retrouver là, du politique déchu (Bruno Cremer, vraiment très bon) au braqueur en fuite (Roy Scheider), du terroriste mis au vert (Kassem) au tueur louche (Francisco Rabal). La première heure, vraiment chiante et poussive, ne sert qu'à nous présenter ces quatre branquignols, le pourquoi de leur fuite, et leurs rapports très distants qui s'instaurent sur place. Pendant une bonne heure, donc, on maudit les lecteurs de ce blog qui nous emmènent sur de tels moments d'ennui : c'est kitsch, schématique, très attendu, passons.

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Et puis, quand le vrai sujet du film apparaît enfin (ces quatre bougres sont engagés pour convoyer deux camions remplis d'explosifs à travers la jungle hostile : au moindre mouvement, boum), on se rassure. Le chemin infernal que vont suivre les gars s'avère vraiment passionnant. Filmant tout ça au premier degré, sans chercher à creuser en quoi que ce soit les psychologies de ses personnages, consacrant toutes ses forces au seul spectacle, au seul suspense, Friedkin trouve toujours le bon angle pour nous faire trembler. Il y a plein de grands moments là-dedans : la traversée, qui confine à la mythologie, d'un pont suspendu tout pourri sous des trombes d'eau, l'attaque de bandits des grands chemins, les glissades des camions dans les torrents de boue, l'errance de Scheider dans le paysage désertique... A chaque fois, l'oeil de Friedkin sait capter le meilleur angle pour vous faire vibrer : la silhouette de Kassem agenouillée au pied de l'énorme camion, le petit geste de Cremer qui fait signe à son collègue d'avancer malgré le danger, la folie qui s'empare peu à peu de Scheider, sont filmés avec une frontalité parfaite, un peu comme un western, un peu comme un film d'horreur aussi, deux genres auxquels Friedkin doit beaucoup. L'aspect complètement dérisoire de cette mission (pour une poignée de dollars) est magnifiquement rendu par la fin, que je ne vais quand même pas dévoiler, faut pas déconner. Du vrai grand spectacle à l'ancienne, qui a pris peut-être un ou deux coups de vieux (la musique de Tangerine Dream, au secours), mais qui reste fascinant. Zappez la première heure, et enjoy. Merci, J.Waty.

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