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Quand il part en vacances, Rozier nous pond un film, il est comme ça. Quand c'est avec Pierre Richard dans une île déserte, on apprécie ; quand c'est à Saint-Gilles avec trois bécasses et Bernard Menez, la douleur est nettement plus tangible. Pendant 2h30, le gars nous inflige donc une succession de vignettes autour d'un trio de dindes qui partent s'éclater sur la côte : elles mangent des chichis en rigolant parce que c'est rigolo les chichis, elles font du cheval en rigolant parce que c'est rigolo de faire du cheval, elles font du bateau en hurlant parce que c'est dangereux on peut dessaler, elles se disputent un petit peu et rigolent hystériquement en essayant des sabots... Au bout de 2 minutes, on est déjà crispé comme chez le dentiste ; au bout du film, on a les nerfs en pelote. Même le chat a voulu me sauter à la gueule en entendant les cris de ces demoiselles lors de leur dégustation de gaufres. Le pire, c'est qu'on ne voit pas du tout à quoi ça rime, on ne voit pas du tout ce qu'a voulu faire Rozier. Le côté "Nouvelle Vague", pris sur le vif, filmage au gré des hasards, y est bien ; mais pour aboutir à un vide total, qui ne raconte rien ni en termes de cinéma (c'est filmé à l'arrache, c'est dix fois trop long, c'est techniquement complètement amateur) ni en termes de réflexion : juste l'impression de rentrer dans l'intimité d'une soirée entre filles, ce qui, vous en conviendrez, est une des définitions de l'enfer total.

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Il y a peut-être quelque chose à tirer des relations des demoiselles avec Bernard Menez, qui fait son entrée dans le trio. Bon gars gentil mais naïf, il devient le véritable souffre-douleur de ces dames, qui l'utilisent à qui mieux-mieux pour faire toutes les tâches domestiques, et l'humilient par-dessus le marché. Ca pourrait devenir un jeu très cruel, les plages devenant peu à peu le lieu de rapports violents, de remise à plat des relations entre ces quatre êtres. Ca n'aborde jamais complètement ce sujet, restant au stade de la bluette mignonne à la Christian Gion (entrée du mot "Christian Gion" dans ce blog). Exsangue, on termine la vision de ce film un chat planté dans l'épaule, épuisé par le volume sonore des hurlements de ces jeunes filles et prêt à devenir moine pour éviter de croiser une femme à l'avenir.

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