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Crime et Châtiment avec en guise de personne assassinée un « homme en noir » - normal pour un film du genre. Ce serait une po mauvaise formule pour résumer l’histoire de cet honnête polar qui met sobrement en scène une terrible crise de conscience. Martin Lynn (Farley Granger) a du mal à joindre les deux bouts : son boss fleuriste tarde à l’augmenter, ses fiançailles tirent en longueur - par manque d’argent - et il doit, cerise sur le gâteau, subvenir aux besoins de sa mère mourante. Quand elle meurt, c’est un peu la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Certains se mettraient à genoux et crieraient aux nuages : « Mais qu’est-ce que j’ai fait au Ciel !!!! », Martin lui se contentera, par simple frustration (il ne peut même pas offrir à sa mère des funérailles royales), d’assassiner un prêtre avec son propre crucifix (il y aurait toute une série à faire sur les types assassinés par leur outil de travail : le bûcheron avec une hache, le garagiste avec un démonte-pneu, le prof avec une craie…). Il tentera tant bien que mal de ne pas laisser les remords le ronger mais ces derniers, associés au travail de sape d’un autre prêtre clairvoyant (Dana Andrews, sobre, c’est le leitmotiv) et d’un inspecteur suspicieux (Robert Keith et son air de faucon), risquent fort de finir par triompher…

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On est loin du film d’action brut, mais Mark Robson, aidé par une musique fortement cuivrée signée Hugo Friedhofer, sait soigner ses effets : là une façon de positionner un crucifix dans le champ, ici une maline manière de changer d’angle de prise de vue pour mettre en valeur, l’un après l’autre, les protagonistes d’une scène ou encore, po très loin, une belle petite idée de mise en scène pour montrer, le meurtre tout juste commis, que Lynn ne pourra, littéralement, échapper à sa conscience : ainsi cette foule qui le pousse vers un homme qui vient de se faire agresser dans un cinéma alors que Martin tente de disparaître dans la nuit (mais la foule de le ramener vers ce corps étendu…) ou encore ces deux inspecteurs qui, dans un bar où Martin vient de trouver refuge, viennent l’encadrer alors qu’il vient tout juste de s’asseoir. Cherche po, man, il n’y a pas d’échappatoire… Le scénar est joliment construit, l’histoire bénéficie d’incontournables seconds couteaux (Paul Stewart et son éternel air de chien battu sournois… Bien vu le coup de la vieille qui le reconnaît… pour un méfait qu’il n’a pas commis - mais il est doublement coupable (le vol mais surtout son petit discours pernicieux fait à un Martin sous le choc et influençable : de l’argent, de l’argent, mais y’a qu’à se baisser pour en trouver…) et le petit monde miséreux de cette paroisse, véritable « cour des miracles », est dépeint sous toutes ses coutures (patient Dana Andrews qui doit se coltiner les soulards, les cul-bénis délatrices, les maris violents et j’en passe, le jour comme la nuit…). C’est pas du Dosto certes mais pour quatre-vingt-dix-sept minutes de film, seulement, on en a pour son argent - parfaite sinon cette coupe de cheveux vintage pour mettre en relief les belles oreilles décollées de Dana Andrews, ainsi que son air bovin d’ailleurs, franchement.

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Noir c'est noir, c'est