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On félicite Oliver Stone de lâcher un peu ses indigestes films politiques pour revenir à ses amours de jeunesse, petites pépées, rock'n roll et tueurs sans merci ; mais au vu du résultat, on se dit que finalement, ce qui pourrait lui arriver de mieux, ce serait peut-être de prendre sa retraite, ou au moins de revoir quelques Tarantino pour comprendre ce que c'est que réaliser un film de gansters fun. Savages est lourdaud, con et clipesque. Stone voudrait dresser une sorte de portrait du milieu de la drogue à travers un trio pourtant bien gentil : deux garçons et une fille cultivent la meilleur beuh du monde, si bien qu'ils sont devenus célèbres et sont courtisés par des mafieux patibulaires. Enlèvements, meurtres, surenchère de violence vont bientôt suivre le chemin de nos jeunes gens, puisque le cartel, mené par une Salma Hayek hystérique, n'est pas à prendre à la légère. S'y mèlent des flics corrompus (Travolta, le quintal fringant), des hommes de main barbares (Del Toro, effrayant), des bombasses et des anciens d'Irak, dans une sorte d'emballement démesuré confinant au seul but possible : divertir dans de jolies couleurs bariolées, faire gicler de la cervelle sur un bon vieux Bob Dylan, et mater quelques fesses en sirotant son Coca... Bon.

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Il est vrai que les fesses des comédiens sont parfaites. Stone, en pépé légèrement graveleux, a engagé en fait d'acteurs une bimbo et deux Chippendales, aussi expressifs qu'une sole meunière, aussi crédibles en barons de la drogue que moi en bûcheron batave. Sur une base aussi fragile (puisque ces trois mannequins sont en charge de tout le fil de l'histoire), on sent que le film va vite faire naufrage ; on ne se trompe pas : tout est invraisemblable, tout est tellement "spectacularisé" que ça s'enfonce très vite dans un grand n'importe quoi esthétique et narratif. Stone n'a jamais été aussi proche d'une pub pour surfeurs que dans ce bazar sur-coloré, monté par un épileptique, saturé de filtres orange dès qu'il s'agit de filmer un ciel, envahi par de la musique, certes élégante, mais surexplicative (on filme un jeune qui tire sur un bong ? mmm... laissez-moi réfléchir... ouais, j'ai trouvé : balancez du reggae), résolument superficiel et botoxé du début à la fin. On est au bord de l'écoeurement devant cette forme constituée uniquement d'esbroufe, qui laisse tout (acteurs, scénar, mise en scène) de côté pour ne se livrer qu'à la pure esthétique hawaïenne. Comme je suis moyennement fan des chemises à fleurs, j'avoue que cette kitscherie m'a peu intéressé. Du coup, comme tout est fun, on ne croit à rien, on ne tremble pas une seconde malgré la violence de certaines séquences, et on se contrecarre de ce qui peut bien arriver à nos mannequins en short au bout du compte. Stone a l'air lui-même un peu embarrassé par eux, pusiqu'il nous propose deux fins, n'arrivant pas à choisir : du coup, le film n'en finit plus. Si le modèle était Trafic de Soderbergh, Stone en est loin ; si c'était plutôt un clip de Rihanna, c'est réussi.

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J'admets que quelques scènes sont réussies, grâce au cabotinage sympathique de certains acteurs : Benicio del Toro a une jolie scène tendue avec Travolta, Emile Hirsch apporte un humour bienvenu. C'est parfois bien rythmé, parfois le scénario promet des choses (qu'il ne tiendra pas, comme ce double enlèvement qu'on attend avec impatience et qui est très vite oublié)... Mais l'ensemble ressemble beaucoup trop à une carte postale pour touristes allemands légèrement priapiques pour faire palpiter quoi que ce soit. Et si Stone revenait à ses fims politiques, non, je propose ?