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Après une petite série de films en apesanteur, Clint nous fait retomber un peu lourdement sur terre avec ce film maladroit et pas passionnant. Il est tout à fait noble de sa part de revendiquer ce droit aux "films légers" entre deux prodiges, à la manière de la vieille Hollywood, mais Absolute Power manque vraiment trop de consistance, et s'il n'y avait cette première séquence magnifique, on pourrait presque l'oublier à tout jamais sans dommage.

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Première séquence (enfin, première après quelques machins d'exposition sans intérêt), donc, où on retrouve le Clint qu'on aime : esthétiquement irréprochable, profond sans vouloir l'être, avec un sens de la mise en scène qu'il montre sans en avoir l'air, comme par hasard : notre gars interprète un cambrioleur de luxe, qui s'introduit un soir dans une baraque où le président des States va assassiner une gonzesse sous ses yeux, alors qu'il est caché derrière un miroir sans tain. C'est improbable, mais on s'en cogne pas mal, tant la scène est intelligente. Dans une sublime lumière flamande, notre compère Eastwood est installé comme devant un vaste écran de cinéma, qui ne fonctionnerait que pour lui (cette glace transparente donc), et assiste sans pouvoir intervenir à la scène traumatique, mélange de fantasme sexuel et de violence extrême. C'est à un hommage au cinéma que l'on assiste, un peu dans l'optique Rear Window d'Hitchcock. Le témoin passif va se transformer en acteur par la suite, un peu encore une fois comme ces personnages d'Hitchcock forcé de dévoiler la vérité tout en se cachant (I confess, To catch a Thief). La subtile harmonie des champs/contre-champs, la valse des points de vue entre regardant et regardé, l'intelligence du hors-cadre, la lumière magnifique, l'utilisation constante de la musique (un grand morceau de 20 minutes qui passe par mile émotions, très très grand Lennie Niehaus sur ce coup-là), tout ça fait rentrer cette séquence dans les meilleures d'Eastwood, d'autant qu'y jouent des acteurs pas dégueu : Gene Hackman en pleine schizophrénie (il est président, mais il est pervers, d'où un jeu en tension constante), Scott Glenn impérial, Dennis Haysbert en ordure avant le rôle du président de 24, et Judy Davis un chouille en surjeu dans l'hystérie tout de même. Après ces 20 minutes-là, on se frotte les mains.

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Mais c'est comme si Clint avait tout mis là, qu'il n'avait rien d'autre à raconter. Le reste du film, malgré quelques indéniables qualités (Ed Harris en flic en est une) devient vraiment morne, aucune piste n'étant vraiment suivie. Il y avait de la place pour une jolie variation sur la filiation, mais ça tourne court devant la nécessité de boucler la trame policière ; le suspense est sur la touche dans ces scènes de surveillance vraiment ringardes (Clint déguisé avec un pardessus à la con qui nique le FBI comme de rien) ; et même l'histoire principale se délite peu à peu pour s'achever dans un grand flou artistique. Il n'y aura plus aucun moment de bravoure dans les 90 minutes qui suivent, ni même, le comble, la moindre émotion. Clint se contente d'un savoir-faire même pas très efficace, de quelques froncements de sourcils pour exprimer sa colère (pourquoi avoir amorcé la piste d'un cambrioleur dandy, peintre et sensible, pour le jouer aussi basique ?), et du minimim syndical à l'écriture et à la mise en scène. On oublie le film au fur et à mesure qu'on le regarde, pas très bon signe quand même. Voilà, un Eastwood dans la masse, quoi, ni bon ni mauvais.

Tout clint en un clin d'oeil, c'est