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Je voudrais pas faire le malin, mais moi, je l'avais dit dès le départ que Anderson était mauvais. J'espère que Moonrise Kingdom convaincra définitivement les derniers fans du gars de son manque criant de talent ; sinon, je ne sais pas ce qu'il leur faut. Anderson est plus que jamais, avec ce film, le Jean-Pierre Jeunet américain, et le syndrome "Amélie Poulain" apparaît ici en plein : esbroufe technique, petit ton nostalgique qui confine au réactionnaire pur, ombres de personnages, absence totale de chair ou de fond, avec même la petite musique qui va trop bien parce que c'est des trop jolies ritournelles avec des n'enfants (Desplat à la compo, cherchez pas). Résultat : une horreur totale, un long moment d'ennui mortel à peine rythmé par quelques détails sympathiques. On sent pourtant que Anderson voudrait mettre de l'humain dans son histoire : les acteurs (une palette de stars dirigées au plus rapide, Murray en bouledogue lymphatique, McDormand en mémère de base, Willis en flic dépressif) ont en charge la partie mélancolique du bazar, et le scénario leur octroie tour à tour une (et une seule) scène à défendre. Mais devant tant de filtres de couleurs, de mouvements de caméra affreux, de bluette et de caricature, ils ne peuvent pas faire grand-chose, et incarnent des pantins à la place de personnages. Il faut dire que le film n'est pas avare en clichés grossiers, c'est sûrement ce que Anderson appelle "comédie" : dans un camp de scouts, un môme se fait la malle pour rejoindre sa belle et vivre quelques jours sur le modèle des "native americans", dans la nature avec un feu de camp. Les adultes lancés à sa recherche sont aussi gamins que lui, voire plus, et la fugue finit par ressembler à une grosse cour de récréation. Même Spielberg n'aurait pas osé être aussi cucul avec le monde de l'enfance, ou traiter les adultes avec autant de schématisme. Anderson, lui, joue sur la caricature, persuadé que ça suffit pour être drôle ; son film est mortifère et sinistre.

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Pour compenser l'indigence d'un scénario sans aucun intérêt, il multiplie les mouvements de caméras acrobatiques, destinés à bien nous montrer que, d'accord, y a rien à filmer, mais le sieur sait le filmer. Travellings hyper-mathématiques se concluant par des panoramiques trop class le long des pièces d'une maison, couleurs des costumes et des lumières en harmonie tendance pastel, valse des focales pour triturer un peu plus la tronche des acteurs qui étaient déjà bien assez clownesques comme ça : c'est du cinéma pour l'esbroufe, ça ne sert à rien sauf à en mettre plein les mirettes, et c'est tellement artificiel qu'on finit par rêver aux kilomètres de rails qu'il a fallu mettre en place pour réaliser ça. Tant d'énergie dépensée au service du vide force le respect, tout de même. Ca prive encore complètement ce film de sève, de sang, d'humanité, emprisonnant tout sous la virtuosité gratuite, enfermant les acteurs dans une savante chorégraphie hystérique sans but, coupant court à tout sentiment ou toute émotion. Un navet, donc, réalisé par un des cinéastes les plus surestimés du moment, il faudra bien finir par le reconnaître.

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