- You’re breaking the law.
-I am the law.

“- The human race stinks.“

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L’homme à la fossette légendaire versus l’homme aux sourcils de titan… Sturges réalise, disons-le, un vrai classique de chez classique avec ce face à face mythique entre Kirk Douglas et Anthony Quinn, deux hommes à l’amitié indéfectible – l’un a sauvé la vie de l’autre -, deux hommes que la vie a séparés, l’un pour devenir un mega big boss à la tête de toute une ville, l’autre pour devenir un humble shérif avec une simple étoile qui brille, deux hommes qui ne pourront plus que se haïr quand le fils de l’un violera et assassinera la femme de l’autre. Une histoire qui tient sur un ruban tue-mouche mais magnifiquement  « entortillée ». De cette squaw dénudée en ouverture qui ne peut rien faire face à ces deux hommes whiskisés (on pensait entendre siffler le train, on entendra qu’un cri humain) à ce quai nocturne où ce putain de train fait enfin son apparition, on est tendu comme une corde de pendu devant ce film réalisé de bout en bout au cordeau. Deux beaux acteurs, une femme (Carolyn Jones) qui vaque d’un Dieu froid (Quinn) à un Dieu brûlant (Douglas), son corps possédé par l’un, son esprit tout dévoué à l’autre, une superbe réalisation d’une parfaite sobriété, un « score » du grand Dimitri Tiomkin absolument ensorcelant, bref, un train à prendre, à défaut de métro, sans aucune hésitation.

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Le désarroi de Kirk lorsqu’il découvre sa femme gisante en pleine forêt, sa rage qui lui faut contenir pour garder la tête froide et agir au nom de la loi, ses retrouvailles avec son vieux pote Quinn qui, après même pas un verre de whisky, tourne au vinaigre – ce ne peut être que ton fils qui a tué ma femme, tu mens comme un cachalot, Anthony, c’est peut-être le cas mais tu ne toucheras pas un cheveu à ma chair et mon sang, Kirk -, la force tranquille de Kirk qui débusque ce con de fils dans un saloon, la prise d’otage infernale qui s’en suit, l’attente, les coups fourrés, la nuit qui tombe puis un final en trombe entre enfer et damnation… Une amitié virile entre deux veufs détruite en un clin d’oeil, une femme la tête sur ses épaules, droite dans ses chaussures à talon qui se retrouve curieusement en position d’émissaire, un duel final à la vie à la mort qui immortaliserait n’importe quel quai de gare. De la sauvagerie brute, de l’amitié, une romance qui flotte en l’air sans avoir le temps de se poser, des mots qui flinguent jusqu’à la nausée (la description par Kirk au fils de Quinn menotté à un lit de son procès, de sa sentence à mort et de sa pendaison est proprement effroyable et magistrale) et la SNCF qui prouve encore une fois à quel point elle peut se faire cinégénique. Bref un classique du genre qui a pris moins de rides que ses deux protagonistes (le Kirk, malgré tout, toujours vert et prompt à réaliser ses propres cascades – même si cette escalade d’un arbre pour arriver au premier étage semblait jouable pour un enfant de huit ans, fallait le faire…) et qui se savoure avec toujours le même plaisir. Sturges n’est pas une demi-momie.

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