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Le plus génial dans ce western des familles c'est qu'il ne se passe pratiquement rien, que ca dure 2h15 et que ça se regarde comme du petit lait.

On assiste quasiment à un huis-clos entre Dean Martin, ancien alcoolo qui a du mal a rouler ses tiges tant il a la tremblotte, le vieux Walter Brennan, boiteux avec un accent po possible (ouais, vaut mieux garder les sous-titres) et John Wayne en shérif qui ressemble de plus en plus à John Wayne. Ils gardent un prisonnier, on sait que le frère de celui-ci viendra le chercher et qu'il ne l'aura pas et on s'en fout de toutes façons tant ces trois personnages remplissent l'écran. Le John, dans le genre "sévère mais juste" - il ne fait jamais de cadeaux à ses deux acolytes - veut prouver que ses deux adjoints dont toute la ville ricane ne sont pas des laisser-pour-compte. Dean Martin, dans ses vestes et tee-shirt troués, garde le cap de la redemption jusqu'au bout. Quant au vieux Brennan, il se révélera utile jusqu'au bout pour flinguer les gars de la bande aux Burdette (les deux frères... je vous dis pas comment on les surnommait quand ils étaient à l'école)...

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Le John Wayne et son coeur de pierre finiront tout de même par se fendre devant le charme... de la SUBLIME Angie Dickinson : chacune de ses apparitions sont des apparitions (...), j'ai rarement vu une telle photogénie et un tel charme... j'en suis encore tout troublé... La petite histoire d'amour qui se noue entre les deux a beau être écrite d'avance, elle n'en reste pas moins très croquignolette... Rickie Nelson -19 ans à l'époque- qui rejoint le shérif en route plaira plus aux gays, je dis ça sans roublardise aucune. Ca discute paisible autour d'une bière, ça chante même parfois, chacun veille sur l'autre comme une poule ses poussins, ce western est attendrissant tout plein d'autant que les méchants, ben, ils morflent tous les uns après les autres. Ce Hawks, il savait comment y faire quand même - il plane définitivement très haut.   (Shang - 02/11/06)

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C'est au-delà de la classe, au-delà de l'élégance, au-delà du classicisme : Rio Bravo, c'est de l'éléganclassicisme. C'est effectivement la grande sobriété de la narration et de la mise en scène qui fait toute la beauté de ce film en vieux chêne : pas un poil de gras là-dedans, et c'est pourtant mille fois plus dense et riche que tout ce qu'on pourrait souhaiter. Il ne se passe effectivement pas grand-chose, juste un groupe de mecs qui attendent une attaque qui ne viendra (presque) pas, et qui occupent ce temps mort en se liant les uns aux autres. Mais derrière tout ça, derrière ce rien, il y a des centaines de petites histoires, parfois à peine esquissées, racontées avec une économie de moyens qui force le respect. Hawks n'a besoin que d'une ligne de dialogue pour nous raconter le désarroi du vieux Walter Brennan (il a été dépossédé de ses terres, mais on ne le saura que grâce à quelques mots), que d'un geste pour évoquer une camaraderie vieille de dizaine d'années (entre Wayne et ce bon vieux Ward Bond, juste quelques regards), que d'une scène muette pour décrire toute l'histoire de Dean Martin : c'est la fulgurante scène d'exposition, véritable leçon de cinéma, qui en quelques secondes, en une seule situation, parvient à nous faire comprendre l'alcoolisme de Martin, ses rapports avec Wayne, son ras-le-bol, la place qu'il occupe dans la ville, etc.

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On a l'habitude dans les westerns, d'aller pisser entre deux fusillades : ici, c'est justement le temps mort qui compte. Les chansons ("My riifffle, my poneeeyyy and meeeee", sussurrent Dean et le Elvis de service), les amourettes, les vannes, sont beaucoup plus importantes que le danger représenté par les frères Burdette, qui sont d'ailleurs relégués à l'arrière-plan comme des figurants. Les personnages, malgré l'archétype, y gagnent une épaisseur inattendue : Wayne ne fait pas que le cow-boy couillu (malgré la quasi-caricature de son jeu, regardez le monter les escaliers, c'est poilant), mais aussi l'amoureux timide, le camarade plein de commisération, le justicier tourmenté ; Dean Martin ne fait pas que le bras-droit déglingué, mais aussi l'amant éconduit, l'héroïque sauveur, l'homme en lutte contre lui-même, etc. Au centre de toutes les attentions (celle de Wayne, celle de Shang, et la mienne) : la sublimissime Angie Dickinson, pur éblouissement que je me propose d'épouser dès cette semaine malgré ses 81 ans ; rarement vu une telle évidence, et un jeu aussi riche dans ces rôles souvent interchangeables de faire-valoir féminin. Son jeu est moderne, complexe, très riche, et elle vous efface en un tour de main notre John Wayne de l'écran dès qu'elle entre en piste. Je propose dès aujourd'hui de commencer une intégrale Angie Dickinson, je dis cela en étant bien conscient qu'elle a fait 20000 séries télé depuis Rio Bravo.

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La sobriété de la mise en scène ne veut pas dire insignifiance : il y a un savoir-faire impeccable dans tous les détails de ce film. Baucoup aimé, pour une fois, les costumes, toute cette gamme de jaunes/marrons/rouge, ces chemises très sobres qui, selon qu'elles soient ouvertes sur un torse, relevées jusqu'au menton ou délicatement érotique (la chemise jaune de Dickinson, rhaaa, bon allez j'arrête), disent beaucoup sur l'état moral de leur porteur. Les couleurs du film sont dans cette palette-là, pastels, et mettent en valeur le beau décor de cette petite ville remplie de sable et de buissons qui volent. La musique est au taquet (My riiiiflle, my poney, ok j'arrête), les seconds rôles tous plus attachants les uns que les autres (le couple d'aubergistes mexicains), tout est absolument parfait : le plus beau western de la chrétienté.   (Gols - 04/09/12)