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Après nous avoir emmenés aux confins de la Terre, Herzog nous amène aux confins de la vie en interrogeant cinq personnes condamnées à mort (Hans Skinner, James Barnes, Joseph Garcia et George Rivas, Linda Carty). Herzog annonce la couleur à chacun des prologues des quatre épisodes de ce doc : il est fondamentalement contre la peine de mort ; ce n’est point pour autant, comme il le dit aux individus qu’il interroge – en particulier ceux qui ont reconnu les faits – qu’il va se sentir obligé de sympathiser avec eux… D'un autre côté, Herzog, comme il le dit au procureur (à la fin du dernier épisode) qui lui reproche de chercher à «humaniser» la personne condamnée, ne poursuit aucunement ce but, n'a pas besoin d'en rajouter : ce sont des «êtres humains, period». Hans Skinner, condamné pour le meurtre de sa femme et de ses deux enfants, et Linda Carty, condamnée pour avoir organisé l’enlèvement d’une femme et son enfant ainsi que le meurtre d’icelle, nient catégoriquement les faits pour lesquels ils sont incriminés. James Barnes, George Rivas et Joseph Garcia reconnaissent leur responsabilité dans le crime d’une ou plusieurs personnes (je dis cela en particulier pour mon gars Bibice : Herzog n’est po contre la peine de mort parce qu’elle tue des innocents, il est simplement contre, period) mais le cinéaste laisse chacun de ses individus s’exprimer librement sur leur cas, leur rêve, leur peur, leur regret… Longues interviews des intéressés, explications précises de chacun des faits, interviews d’avocats, de procureurs ou de proches, chaque épisode d’une durée de quarante-cinq minutes est terriblement prenant sans jamais tomber dans le pathos (on est juste une fois limite limite, allez…) ou le voyeurisme. Du Herzog pur jus.

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Hans Skinner s’est retrouvé dans le couloir de la mort et a été sauvé par un appel vingt minutes avant son exécution ; le gars fait un parallèle avec un épisode de la Quatrième Dimension durant lequel un type n’a de cesse de faire le même cauchemar : il se réveille soudainement alors qu’il est train d’être exécuté (sa grâce arrivant trop tard) et se retrouve, à chaque fois, dans… le couloir de la mort. Quand la fiction la plus absurde et infernale rejoint la réalité la plus horrifique. On comprend l'angoisse du gars... Le type est diablement cultivé et fait des parallèles entre son cas et d’autres faits historiques de persécution qui viennent parfois un peu de loin… Coupable, non coupable dur de trancher (hum…), vu que le gars avait l'air d'être rond comme une queue de pelle au moment des faits.

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James Barnes, lui, il n’y a po photo, est un vrai criminel ; reconnu coupable de deux crimes, le type va même profiter de la présence d’un Herzog, qui tente pourtant d’éviter tant bien que mal toute manipulation, pour en avouer deux autres – pas bégueule, nan. Bon, il est clair déjà que si votre enfant torture des animaux (chats ou grenouilles) et aime à mettre le feu au lit des gens, il serait de bon ton de s’en inquiéter…  Tout petiot notre homme avoue avoir été déjà attiré par le feu, ce qui expliquerait en partie son crime dit du « burning bed » (non, c’est pas du Lynch malheureusement), notre homme ayant tenté de faire disparaître sa victime en mettant le feu à son lit - après lui avoir fait subir toutes sortes de sévices, bien entendu. Lorsqu’il dit vouloir pour son dernier repas une viande bien grillée, sans que cela ait le moins du monde de rapport avec sa pyromanie, on reste tout de même bien sceptique... Le gars s'est également fait remarquer en gardant sa femme dans un placard, morte, après avoir « un peu appuyé » (un piètre euphémisme d’après les enquêteurs) une clef au cou – réfléchir à deux fois avant d’épouser un lutteur quand même. Bon le type est un grand malade, méchamment rancunier dirons-nous, ce qui ne l’empêche pas par ailleurs d’être bougrement intelligent et féru en droit (pas de lien forcément). Herzog tente de creuser un peu le passé de cet individu en enquêtant sur son enfance (un père militaire, des abus (sexuels) et des punitions « sauvages »…) qui semble avoir indéniablement bougrement traumatisé le gars (qui sont les vrais coupables... éternelle question) ; James Barnes n’a d’ailleurs aucune nouvelle de ses proches depuis dix ans et quand Herzog lui annonce qu’il a réussi à contacter sa sœur (gratinée aussi, si je puis dire) et surtout son père, c’est là que le doc devient un poil limite : le père tient à dire à son fils qu’il l’aime ce qui mouille tout de suite les petites mirettes du monstre. Bon, oui, il est humain malgré les actes atroces qu’il a commis, mais ce petit moment tendancieux n’était pas non plus vraiment obligé à mes yeux…

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George Rivas est Monsieur Prison Break et le gars Joseph Garcia plutôt du type « pas au bon moment pas au bon endroit » : ce dernier s’est d’abord pris la modique peine de 50 ans de prison pour avoir tué un gars, d'après lui, «en situation de légitime défense» - le type lui avait piqué ses clés de bagnoles et (nan c’est pas tout…) l’avait violemment assailli ; le fait qu’il manipule le couteau «papillon» (allez, faites des recherches sur internet si vous n’êtes un féru d’arme blanche) comme un as (mais bon, c’était po très malin d’en faire la démonstation en plein tribunal… c’est pas un cirque putain) et qu’il ait donné 19 coups de couteau à sa victime n’a certes pas arrangé son cas (19 coups de marteau, quand on est bien colère, contre une porte, je comprends, mais là…). Bon, tu te prends 50 ans pour une histoire qui bien goupillée et défendue aurait pu t’en coûter 15. Las, tu décides de te faire la belle avec the king de l’évasion et du braquage, George Rivas, un gentleman dans son genre vu qu’il n’a jamais eu de sang sur les mains… Pas de bol, dans la foulée de l’évasion qui s'est goupillé aux petits oignons, le gars George tue un flic lors d’un vol qui part en vrille. Joseph est po présent sur les lieux mais écopera pour la peine… de la peine capitale. C’est po un ange le Joseph, sûrement pas, mais disons qu’il aurait mieux fait, un certain soir, de ne pas traîner dans un certain bar…

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George a les yeux qui pétillent et vu le plaisir qu’il met à écrire sa façon de monter des coups (évasion ou casse), on sent qu’on a affaire un « real brain » dans le genre ; le gars aurait quand même mieux fait d’écrire des scénars pour Hollywood que de défier autant les forces de l’ordre… Il en serait pas là, ou plus précisément il serait encore ici (vu que c’est le seul des cinq personnes du doc à avoir été exécuté depuis le tournage). Le type peut (enfin « pouvait ») quand même se vanter de cumuler 31 peines de prison à vie… Oui, déjà une, c’est long, alors là… Même pour un chat… C’est ça, il en faut 5, des chats, au bas mot. Tous les coups de ce génie de la maraude étaient soigneusement préparés et puis un jour… une alerte donnée par un passant, notre George au taquet au repli mais ses « hommes » qui sont, eux, à la bourre… Et puis c’est le drame. Il se prend sept tirs qui le traversent de part en part, survit, mais c’est po le cas du flic qu’il touche à la tête – en plus un 24 décembre, c’était pas le bon timing vu que le flic avait un gamin : plutôt que de lui infliger une 32ème peine de prison à vie, le jury a été clément et l'a condamné à mort... Le George donnerait presque l'impression d'être soulagé - 3200 années de prison, ça faisait long tout de même.

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Enfin le cas Linda Carty qui laisse relativement pantois… A écouter d'abord l’affaire (kidnapping et meurtre d’une mère qui avait accouché deux jours auparavant), puis un de ses complices à la coule qui l’accuse (propos confirmés, nous dit-on, par les deux autres types qu’elle avait (apparemment) engagés pour faire le coup), puis la diatribe enflammée de Madame l'Assistante du procureur, on se dit que la Linda est une sacrée manipulatrice dans son genre. Puis on écoute son propre témoignage, puis les propos de son avocat « pro bono » qui a repris l’affaire – le type cherchant surtout à souligner les trous énormes au niveau de la procédure lors du procès (sans même chercher à discuter plus en avant son éventuelle innocence) et là, on se retrouve tout sceptique (le cas est un peu complexe : la Linda infiltrait des réseaux de drogue ; s’est-elle servie des trois drogués qu’elle connaissait pour accomplir ce terrible méfait ou ces derniers se sont-ils servis d’elle pour couvrir leur crime ?…). Oui, une femme a été tuée et celle-ci n’a, quoiqu’il advienne, plus de voix au chapitre ; le problème c’est que pendant le procès la Linda n’a pas eu l'occasion une seule fois de s’exprimer personnellement, de faire venir certains témoins en sa faveur et a donc reçu la peine capitale sans pouvoir même défendre sa tête, c’est tortin… Et forcément (doublement) affreux…

Un doc résolument passionnant de bout en bout où l’on reconnaît la patte d’Herzog à toujours œuvrer avec tact, avec pudeur, ou disons tout simplement avec humanité, même dans les « situations » les plus extrêmes, les plus « casse-gueule ».     

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