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Ameur-Zaimeche continue sa route sur les chemins de traverse du cinéma français, toujours aussi maladroit certes, mais toujours aussi attachant dans sa volonté coûte que coûte d'imposer sa vision et d'aller systématiquement au plus risqué. Après le marxisme frontal de Dernier Maquis, on le retrouve sillonnant la campagne du XVIIIème siècle sur les traces des disciples du bandit Mandrin, et la charge politique est toujours aussi sainement présente. Il est question, tout simplement, de réhabiliter la mémoire du Robin des Bois français, et par la même occasion de célébrer de façon dyonisiaque la liberté, la joie de vivre et la rébellion. Vous avouerez qu'on fait moins excitant comme projet, et on se laisse donc embarquer avec plaisir dans cette ode à la désobéissance et à la poésie. Ameur-Zaimeche prend tous les risques, celui du film en costumes, celui de l'anachronisme, celui du discours à rebours, celui du style aussi : ça se vautre parfois, mais c'est toujours admirable dans cette absence de concessions, dans cette fidélité constante à son style et à sa vision. Peu importe que pas mal de scènes soient ratées par trop d'amateurisme : c'est justement à une éloge de l'amateurisme qu'on assiste, à un exemple de cinéma en liberté, à l'encontre des esthétiques qu'on connaît, dédié au plaisir du jeu et de la vie.

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Donc, les comédiens improvisent plus ou moins (tout comme le monteur, dirait-on pour être méchant). Ca peut donner des trucs super (Christian Milia-Darmezin est très fort là-dedans), ça peut aussi s'effondrer : on pouvait couper largement dans les premières scènes entre le colporteur et le marquis (Jacques Nolot, extra-terrestre), ou caster un chouille mieux les petits rôles, ça aurait évité cette fausseté fréquente dans le jeu, ces regards flous et ces embarras. Le fait de faire jouer les bandits par la bande habituelle des acteurs d'Ameur-Zaimeche marque par contre bien des points ; ça donne un ton étrange, à cheval entre la préciosité du langage XVIIIème et la tchatche contemporaine. Du coup, le film n'est pas empesé, il est vif et moderne, évitant le côté ORTF qui menace toujours ce type de petites productions qui se piquent de faire de l'Histoire. Côté discours, le gars est frontal jusqu'à la naïveté : il s'agit de réhabiliter le paria, en l'occurence le bandit de grand chemin libre et irrévérencieux, de châtier le bourgeois et de taper sur les gendarmes façon Guignol. Ca le fait avec les moyens du bord (on verse plus vers la rêverie, la lenteur, que vers la scène d'action, et heureusement parce que de ce côté-là c'est assez moyen), mais ça le fait bien, et on apprécie ce discours basique qui n'a pas peur d'afficher sa candeur. De toute façon, plus qu'un discours, c'est une atmosphère libertaire que le film défend, qui culmine avec la splendide dernière séquence, où Ameur-Zaimeche vient nous rappeler l'immense metteur en scène qu'il sait être. Scène de fête où la musique épouse le montage, qui monte tout doucement pour atteindre un vrai sentiment de joie pure, vraiment magique et ensorcelant. Dommage que tout le film ne soit pas à ce niveau-là, que l'ensemble soit un poil bancal et trop "à l'arrache" pour vraiment convaincre ; mais quoi qu'il arrive, on a encore là un film très attachant, par ses maladresses même.

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