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Une histoire de viol, de meurtre, de revanche et... de broche, pour un western savamment ourdi par notre ami Fritz Lang. Si la chansonnette au départ peut faire craindre le pire (en plus on va se la taper plusieurs fois), le reste est un pur plaisir en Technicolor, une longue course-poursuite qui ne peut s'achever que dans le sang. On sent le drame venir dès la première séquence, et nous voilà partis pour une longue cavalcade durant laquelle Fritz Lang multiplie rencontres et divers flash-back. La vengeance est un plat qui se mange froid, et le gars Vern (Athur Kennedy, se méfier de l'eau qui dort), super rancunier, serait prêt à le manger congelé. Même lorsque la blonde et fatale Dietrich semble refaire palpiter son petit cœur et le détourner de son but, le gars Vern continue de s'accrocher en sourdine à son obsession, car la justice langienne doit toujours finir par triompher.

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Fritz Lang semble prendre tout son temps en route, comme pour mieux nous rendre mythiques la fumeuse et fameuse Altar Keane (Marlene, jamais la dernière pour la déconne, mais également rude femme à poigne) et le tireur romantique ultra-bronzé Frenchy Fairmont (Mel Ferrer en tout début de carrière); après une séquence chez un barbier au rasoir (une belle baston et les premiers indices qui tombent), notre vengeur Vern se met sur la piste de la légendaire Altar Keane : bien belles parenthèses pour mettre en scène notre blonde (une course "à dos d'homme" dans un bar absolument dantesque) et sa rencontre avec son sauveur aux dents blanches, le beau Mel : un amour placé sous le signe de la chance, mais la roue peut toujours tourner... Lorsque Vern pense arriver au bout de son périple, le plus dur reste à faire : le ranch tenu par Altar Keane est un repère  d'individus patibulaires, et Vern n'a que l'embarras du choix pour débusquer son homme. Lang se plaît à multiplier les fausses pistes, mais son héros garde la tête froide : l'heure du violeur sonnera coûte que coûte.

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Jeu de mains, jeu de vilains : beaucoup aimé cette main du tueur comme accrochée au grillage avant de commettre l'irréparable, puis la main crispée de sa victime qui a tenté jusqu'au bout de se défendre, ou encore celle, beaucoup plus tard, d'Altar posée sur son petit cœur pour cacher une blessure aussi sentimentale que... fatale. Lang nous livre également au passage une belle galerie de portraits ne négligeant jamais les personnages secondaires ; lors de cette séquence où Vern, après avoir découvert la broche de sa douce épinglée sur la robe (froufroutante mais d'un noir de mauvaise augure...) d'Altar, fixe son regard sur chacun des bandits, ces derniers ont tous droit à un gros plan : ce véritable passage en revue de cette mauvaise troupe fait monter terriblement la tension, et on sent le Vern ronger son frein pour ne pas tous les abattre à la volée. Notre homme sait se faire patient et diablement charmeur pour arriver à ses fins (on pense même qu'il s'oublie un peu...) mais, à l'image de ce cheval fougueux qu'il parviendra à dompter, il ne "désarçonnera" jamais réellement de sa quête. Lang règle royalement les séquences de flingages et livre un final tonitruant où les balles nous sifflent aux oreilles... Un récit magistralement mené de bout en bout jusqu'à ce que,... oh non putain, pas encore cette maudite chanson, ben si, une dernière petite fois pour la route...,  mais ne tenons point rigueur au cinéaste de cet unique bémol, tant cette œuvre mérite de rester notorious.   (Shang - 31/05/10)

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Ah ben pareil : toujours été emballé par ce western sentimental mais viril, classique mais moderne, qui satisfait tout le monde, de la jeune fille amoureuse de Mel Ferrer au fan de fusillades, de l'esthète en décors à l'adepte de suspense. Cette idée de ranchs qui abritent tous les truands du coin, avec cette cheftaine Mère Courage qui leur pique scrupuleusement 10% de leurs casses, est fameuse, et on repense aux premiers Lang, les muets, qui excellaient déjà à mettre en scène ces trafics interlopes parallèles à la société "normale". Arthur Kennedy, excellent dans son parcours initiatique à l'envers, joue parfaitement l'ange déchu, partant de la première scène idyllique (l'amour parfait avec sa gorette) pour aller jusqu'au bout de l'enfer par vengeance. Étonnant d'ailleurs de voir comme le personnage de Dietrich est malmené dans le film : certes, elle fut fatale, on le voit dans les flash-back du début ; mais elle interprète à présent le rôle d'une star déchue, dont le charme et l'autorité commencent à faiblir, et que Vern va manipuler sans pitié pour arriver à ses fins meurtrières : pas de traces d'amour entre eux, ce me semble, malgré ce que dit le Shang, juste une machination ourdie à grands coups de sourires sirupeux et de virilité affichée (le regard parfait de Dietrich sur le gusse qui arrive à dompter un cheval). Dietrich est utilisée avec son âge et ses rides, grande idée de Lang dont s'inspireront également d'autres cinéastes par la suite, Wilder ou Welles en tête.

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Comme le note mon camarade, la mise en scène et le montage sont impressionnants de maîtrise, avec ces alternances de gros plans et de plans d'ensemble qui fait parfaitement ressortir chaque personnage avec ses particularités (j'ai particulièrement aimé l'ancien pasteur braqueur de banques, ou le mutique métis), avec ce Technicolor de toute beauté qui met en valeur le décor aussi intérieur qu'extérieur du ranch maudit, avec ces scènes finales de règlements de comptes... Et je suis même d'accord sur l'affreuse chanson, tout en notant quand même que le reste de la partition d'Emil Newman est très jolie ; on y entend même une version inattendue de Love me tender, il me semble. En deux mots : ce western-romance-film noir est une merveille qui vous tient 90 minutes sous pression. Chef-d’œuvre modeste.   (Gols - 15/06/12)

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