49m_1_Bon là, les petits gars, on est loin du téléfilm... Entre film muet (quoique sonorisé en partie) et montage de folie douce (le nom de Bastien Robillard a été malencontreusement zappé au générique), on est dans le film OVNI qui permet de vivre une étrange expérience.

Que trouve-t-on dans quelques gouttes de sperme au microscope ? Des joueurs de hockey sur glace bien sûr, et d'entrée de jeu, on se frotte les mirettes : un noir et blanc super sombre, des ralentis de la mort, des joueurs qui filent et qui se fracassent la tête... de diou. Le reste est bien plus classique, puisque un homme se fait greffer des mains cowards_bend_knees_1_bleues (même pas pour de vrai en fait) qui vont le conduire à effectuer une série d'étranglements... une histoire de vengeance familiale pour les yeux d'une belle métisse asiatique... Ah oui, j'oubliais les joueurs de hockey en cire qui se réveillent de temps en temps... Comme on dit chez nous à Moulins, c'est... hum... ultra conceptuel, et c'est aussi ce qu'on dit quand on a pas tout compris : il est bien question de désir sexuel légèrement sauvage dans un salon de coiffure reconverti la nuit en bordel, d'avortement par le docteur Fusi (fusil !), et Maddin, dans les commentaires, se plaît à évoquer le caractère autobiographique de l'ensemble (son père était entraîneur de hockey, sa mère s'occupait d'un salon de coiffure), bon, faut se laisser porter... Pour aventuriers cinématographiques, oui, définitivement.   (Shang - 08/05/06)


1263156571_4Au début de l'existence de ce blog, mon gars Shang découvrait Maddin, larmichette à l'oeil et soupirs nostalgiques. Aujourd'hui, il a fait l'odyssée, le gars est rompu aux élucubrations visuelles et sonores du Winnipeg Man, et c'est à moi de tomber sur ce bidule barré et assez impressionnant. Ma réaction sera assez proche de celle de Shang ci-dessus, étant ressorti de la projection les yeux aussi explosés que les sens et le cortex. Cowards bend the Knees est une expérience sensorielle, qui emprunte aussi bien au grand cinéma classiques des premiers temps (et notamment le splendide Les mains d'Orlac de Robert Wiene) qu'aux expérimentations de Lynch, à la littérature gothique (l'ombre de Poe est partout) qu'au mouvement punk. Le résultat fait peur dans les premières minutes, on croit être tombé sur un petit malin qui nous en fout plein les mirettes pour pas cher ; mais on rentre vite corps et âme dans ce maelström d'images, en se rendant compte que le gars arrive à extirper de ce magma des choses sombres, profondes, sensibles, rendues d'autant plus nettes grâce à ce montage de malade mental qui participe à l'hallucination. La pâte autobiographique fait toute la différence : on sent ce que Maddin a jeté là-dedans en termes d'enfance mal digérée, de violence contenue, de refoulements et de pulsions sexuelles. Fétichiste, violent, glauque, le film parvient, par son style de "film muet sonore" à mettre à jour des dizaines d'émotions très marquantes : c'est sexuel dans tous les coins, c'est "browningien" dans cette façon de tordre les corps par le pouvoir des effets spéciaux (artisanaux comme dans les années 20), c'est aussi étrangement drôle par endroits.

maddin3a
La forme est vraiment impressionnante, bien qu'elle n'utilise que des moyens "pauvres" : flous, éclairages en contre-plongées, ouvertures à l'iris, images subliminales, variations des points de vue, que le B.A-.BA de la grammaire cinématographique telle qu'elle se pratique depuis toujours. Le travail sur le son est remarquable (les jappements du chien vous vrillent la tête comme les cris du bébé d'Eraserhead), tout comme celui sur le texte qui apparaît par intertitres aussi poétiques que violents. Le rythme est également impeccable, on n'est jamais perdu dans la trame (car trame il y a, et pas n'importe laquelle, contrairement aux expérimentateurs des années 60-70 auxquels on a souvent associé Maddin) et on est vraiment pris dans un mouvement d'ensemble très vaste (la scansion en courts chapitres y est pour beaucoup aussi). En tout cas, ce style spectaculaire (qui connaît certes ses limites : heureusement que le film est court) est parfait pour rendre compte de l'écheveau très complexe des émotions, sensations et fantasmes de ce jeune homme victime d'une machination vaudevillesque, qui mèle inceste, greffe des mains et obsession mammaire... Pas le cinéma le plus sobre de la chrétienté, certes, mais en tout cas un bien bel objet, installation plastique ou conte noir, qui reste bien planté au fond de la rétine.   (Gols - 14/06/12)

Mad de Maddin : clique