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Leo McCarey fait dans la comédie sociale et réussit son coup en particulier grâce à un Charles Laughton aussi à l'aise dans la comédie brute (champion du monde de la tronche de cake outrée), que pour faire vibrer la corde sensible (sa "récitation" du discours de Lincoln à Gettysburg sur l'égalité des hommes étant un véritable morceau de bravoure). Soit donc un servant ultra british - notre Charles - qui va payer les pots cassés de son employeur - also british - qui l'a joué au poker : au grand dam du Charles, ce dernier se voit remis à ses nouveaux employeurs, des ricains pur souches, qui l'emmènent avec leurs bagages dans un trou paumé bien nommé "Red Gap" ; une première partie éminemment burlesque où le faciès constamment décontenancé de Laughton fait mouche, qu'il refuse de s'asseoir par souci des convenances à la même table de bar que son nouvel employeur ou qu'il se retrouve totalement murgé quelques viskee soda plus tard ; notre Charles s'imagine déjà dépecé par une horde d'indiens, il ne sait point encore que s'ouvre à lui le chemin de la liberté...

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Après moult séquences purement comiques (le décalage entre le valet éduqué et son branle-manette d'employeur ricain, les véritables manières de la "haute" du Charles et le maniérisme de beauf de sa ricaine d'employeuse qui veut se la péter...), le film prend un tournant légèrement plus "grave" et social avec l'émancipation de Laughton ; ce dernier, suite à un quiproquo, devient la coqueluche du "tout Red Gap" et réalise que son statut de "servant" (transmis jusque là de génération en génération) n'est en rien une fatalité. Il est aidé en partie par son starbé d'employeur, certes souvent couillon comme une louche, mais qui ne cherche jamais à le rabaisser : il est le premier à vraiment le considérer comme son égal et va permettre à Laughton, qui connaît par cœur le discours de Lincoln, de se rendre compte que, derrière les mots, se cache une réalité accessible ; parallèlement à son éducation sentimentale (il rencontre une ricaine gagnée à sa cause), il va peu à peu se libérer de ses fers et décider de se mettre à son compte en ouvrant un resto avec sa douce. Malgré les quolibets et les remarques déplaisantes émanant d'une certaine bourgeoisie ricaine aussi ridicule que vaine, notre homme fera son trou...

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McCarey réussit joliment son coup en mariant burlesque dans la forme et "discours politique" dans le fond ; Laughton devra puiser au fond de lui-même, allant jusqu'à se battre contre ses propres préjugés sociaux, pour accéder à son indépendance. Intelligemment troussé tout en restant souvent diablement cocasse.

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