200002034

Difficile de parler d'un film quand on sait que son réalisateur lira la critique (c'est lui qui nous a envoyé ce DVD, que Dieu le lui rende au centuple sous la forme de subventions pour un long-métrage) ; surtout quand, honnêteté obligé (depuis quand Shangols est-il honnête ?, diront les mauvaises langues), je suis bien forcé de constater que j'ai quelques réserves sur la chose... C'est un sujet très fort, courageux et intrigant : un déficient mental, encore dans les jupes de maman et sujet à des accès d’épilepsie qui ressemblent à des crises d'hyper-sensibilité, effectue un stage en pompes funèbres. C'est dans ce milieu qu'il va se découvrir réellement en quelque sorte, éprouvant une réelle empathie avec les proches des morts qu'il enterre, découvrant sa voie dans cette activité que les autres rejettent (la mère, qui veut cacher à tout prix la nature du travail de son fils), mettent à distance (la responsable du stage, Mireille Perrier, très pro sans doute pour évacuer la difficulté) ou prennent comme une blague (les autres stagiaires, qui ont du mal à se retenir de rire lors des "jeux de rôle" imposés par le stage). Il fallait oser un tel sujet, et Monier s'approche de celui-ci avec 1000 pincettes délicates qui sont à son honneur, notamment par la sobriété du filmage, qui n'exclue pas un indéniable lyrisme dans l'esthétique. Musique de requiem grand crin, situations ouvrant à une puissante symbolique (les gars qui transportent le héros comme un Christ en croix après une de ses crises), lâcher-prise émotionnel lors de la dernière belle séquence, le gars ne refuse pas le grand, malgré la modestie de sa mise en scène. Il y a là-dedans une "sécheresse lyrique" peut-être héritée de Dreyer ou de Bresson, un "mysticisme ordinaire" qui pointe parfois son nez sans qu'on s'y attende : le regard halluciné du héros, comme une extase, face au cadavre qu'il doit maquiller, est un des grands moments du film. Dans son "jeu" avec la mort, le personnage se retrouve face à une vérité qu'il n'attendait pas, et ce face-à-face avec le néant passe très simplement par ce simple regard. La résolution du film (sans rien trahir, disons que la compréhension de la douleur, l'empathie, le sacrifice font partie de la révélation du héros) finit de convaincre qu'on est là face à un film empreint de religieux.

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Dommage que le rythme du film, et ses interprètes, ne soient pas toujours à la hauteur du sujet. Grégory Givernaud est souvent un peu too much, dans ses scènes avec sa mère notamment, et ses copains de stage jouent un peu au rabais. Les situations ne sont pas toujours aussi bien pensées que dans les séquences-charnières : le quotidien des stagiaires (chasse aux filles, blagounettes) est présenté de façon un peu maladroite, et comme encore une fois les acteurs ont du mal à être naturels (le film n'est pas et ne se veut pas réaliste), on ne croit guère à ces incursions de vérité dans le parcours intérieur du héros. Les scènes sont souvent un peu longues, et on a la pénible impression, au bout du compte, d'un film bancal, pas bien équilibré, qui pêche par un faux rythme saccadé et gênant. Bref, c'est techniquement que Quand Maman sera partie se rate un peu, ce qui, bien sûr, est secondaire : ce qui importe, c'est cette fièvre, cette tension contenue sans qu'on sache exactement comment dans ce petit morceau de film précieux et ambitieux. Christophe, mes courbettes, en espérant que vous traiterez ce petit texte comme il doit l'être : un exercice d'admiration écrit par quelqu'un qui ne saurait absolument pas faire ce que vous avez fait.