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Kuro se fait ouvertement léger et picaresque dans cette oeuvre peut-être un poil mineure, mais qui se revendique tellement comme telle qu'on ne peut que la chérir. C'est un film d'aventures, tout simplement, avec son lot de surprises, de glamour, de combats et de grands sentiments. Bien sûr, comme c'est du Kuro, c'est aussi un peu plus que ça, et le sujet, que n'importe qui d'autre aurait traité ras la moquette, devient sous sa caméra une trame très riche, qui brasse toutes les émotions du monde en 2h20.

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La grande idée, c'est d'insuffler dans le scénario assez lyrique une grande part de burlesque. Toujours aussi shakespearien, le gars introduit comme fil directeur de l'histoire deux clodos pitoyables, à la fois spectateurs ébahis et acteurs : ils sont minables, vénaux, sales et irrécupérables de bêtise, mais ils apportent un magnifique contrepoint, impur et ridicule, à la grandeur des sentiments des deux héros principaux : une princesse en fuite, au caractère indomptable et qu'on fait passer pour muette pour traverser les frontières ; et son serviteur dévoué, samouraï tout en abnégation, prêt à sacrifier sa propre sœur pour sauver la princesse, mais pas dénué non plus d'un certain sens de la dérision et de la moquerie. Deux "couples" mal assortis qui devront faire la route ensemble, transportant façon western un chargement d'or caché dans des fagots de bois. Les quatre personnages sont vraiment étonnants, très originaux, et la façon qu'a Kuro de nous faire sans cesse naviguer entre comédie et tragédie, entre film de cape et d'épée et road-movie, est incroyablement virtuose. Dans un même plan (les grandioses premières scènes), on peut passer de la terreur de la guerre et de l'exode à la trivialité du clown, tout comme plus tard le film jonglera en maître entre les décors et les ambiances (désert de sable qui renferme la fameuse forteresse, forêts profondes, campagne désolée, petits camps pleins de soldats, grandes villes, etc.)

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Le film comporte 200 morceaux de bravoure, des scènes de guerre gigantesques au duel à la lance, de la course à cheval à travers les arbres (qui n'a pas à rougir devant les hystériques travellings de Rashomon) à la fête du feu, pur décrochage poétique quasi-abstrait. C'est en plus magnifié par un noir et blanc très aigu, et par la sur-présence toujours aussi fascinante de notre Toshiro Mifune emblématique (dont le regard orne la bannière de Shangols depuis toujours). Que demander de plus ?

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