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Toujours un ptit plaisir gourmand à mater cet incontournable de Reed un genre d'After Hours viennois en noir et blanc (j'avais oublié le coup du perroquet qui mord méchamment notre héros...) au final aussi mythique que le grand Kanal, second meilleur film sur les égouts (j'ai décidé d'être anachronique ce soir, voilà, c'est tout). Pauvre Joseph Cotten qui débarque sans le sous dans ce Vienne d'après-guerre... pour assister à l'enterrement dans son pote. Sa mort est aussi mystérieuse que les trafics que ce dernier organisait ; le grand Joseph perdu dans son manteau ne tarde point de se retrouver entouré d'une police multinationale et de tronches aussi antipathiques qu'inquiétantes - et vice versa. Notre homme en terrain aussi glissant qu'une savonnette est cadré par un unijambiste et se retrouve constamment de traviole dans ce monde qui lui échappe. La douce Alida Valli est la seule à lui apporter quelque réconfort dans ce champ de ruines mais demeure finalement tout autant "insaisissable" - beau personnage féminin de film noir, ni vénale ni allumeuse, fidèle à son amant malgré les circonstances... Plus l'ami Cotten fait de rencontres, moins il en apprend sur ce mystérieux troisième homme, plus il se démène et moins il semble avoir de prise sur son sort : l'action culmine lorsqu'il se retrouve alpagué par un gamin tout droit sorti semble-t-il de M le Maudit et qu'une foule de gens le soupçonnant d'être un meurtrier se retrouve à ses trousses ; un ptit tour au cinéma puis dans une délirante soirée littéraire dont il est, malgré lui, l'animateur (l'écrivain de seconde zone se retrouvant pris à parti sur James Joyce... à chacun ses errances en ville...) avant de finir dans les cercles de l'enfer (incontournable plan en plongée d'un escalier qui apporte un peu plus de sel au moulin de notre thèse sur le thème - voir épisodes précédents...).

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A l'heure de jeu, un chaton bien innocent débusquera le second rôle le plus attendu de l'histoire, notre fameux troisième homme. L'Orson est rasé de près, ne semble jamais se départir de son petit rictus ironique mais incarne un bien beau salopiot - la thune et l'envie des hauteurs (ah cette magnifique grande roue viennoise) ont fini par perdre notre homme qui a lui-même perdu en route tout goût pour l'amitié et pour l'amour... Il a beau être malin comme un vieux singe, l'Orson finira fait comme un rat - il connaît pourtant, apparemment, les égouts comme sa poche mais ne peut échapper à l'armada d'hommes lancés à sa poursuite : cerné d'abord par ces voix d'outre-tombe (sublime séquence où l'écho des voix surgissent de toutes les issues), il pense trouver un ultime échappatoire en haut d'une échelle ; seuls ses doigts parviennent à prendre une bouffée d'air (terrible scène qui présage de son impuissance et de son agonie). Le gars Cotten ne connaîtra une issue à peine plus enviable, quand on y songe, l'Alida lui échappant à force de revirements : piégé à son tour,, en un sens, en tendant un piège à son (ex) ami. Un must en son genre, quoi, sans qu'il soit même besoin d'évoquer cette petite musique entêtante qui rythme l’œuvre, aussi déstabilisante que ces voix allemandes qui bourdonnent sans cesse aux oreilles de notre Cotten déboussolé. Un grand réalisateur anglais, eh oui...     

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