westworld10Crichton, c'est l'auteur de Jurassic Park et Urgences, et Westworld contient déjà des motifs de l'un et de l'autre. Il en contient aussi les défauts, malheureusement, mais tout de même : c'est un film pas mal, qui tente (timidement) quelques audaces et réussit en tout cas son concept, à défaut de le réaliser complètement. Comme avec les dinosaures, nous sommes dans un parc d'attraction futuriste peuplé de robots : les clients sont plongés dans le passé (ils ont le choix entre trois territoires aussi mythiques historiquement que cinématographiquement : le western, le péplum et le film de cape et d'épée), reconstitué scrupuleusement et peuplé donc d'androïdes impossibles à différencier des humains et entièrement voués à leur montée d'adrénaline. Ici, on a le droit de tuer, puisqu'on ne tue que des robots, tout le trouble venant de ce qu'on a vraiment l'impression de tuer. C'est le vraie bonne idée du film : les robots sont très "humains", et ce parc prend vite des allures très troubles : les braves bourgeois qui se payent le ticket d'entrée veulent simplement vivre leurs fantasmes inavouées, tromper son mari, tuer son prochain, torturer une esclave à demi-nue, voire, et c'est la plus grande audace de la chose, coucher avec la prostipute du saloon et trouver ça bon. Le mimétisme complet du parc avec le monde "fantasmé" du passé donne toute la saveur au concept. Les hommes qui y entrent vont y tester leur bestialité, finalement, alors que les robots, hyper-propres et lisses, apparaissent comme des fantasmes d'une humanité parfaite (les gestes de Yul Brynner, hyper souples).

westworld1Comme avec les dinosaures, les robots vont se rebeller peu à peu contre leurs maîtres et dézinguer à tour de bras les clients du parc. Le film préfigure alors Terminator, avec ce Yul Brynner invincible et obsédé par une seule chose : tuer, faire ce pour quoi il a été programmé. Toute la fin rappelle vraiment Schwarzenneger, y compris les plans subjectifs vus par le robot lui-même (pas très au point encore, les fabricants de Brynner, qui l'ont affublé d'une vue aussi nazouille). Le gars ne peut strictement pas mourir, renaît sans arrêt de la mort (sauf quand on lui fait boire de l'eau, là encore il y a un vrai défaut de fabrication dans ces robots), et c'est assez rigolo. Crichton a affublé Brynner du même costume que dans Les 7 Mercenaires, et il a bien fait : la fuite du héros face au robot tueur prend vite des allures de traversée de différents paysages cinématographiques, plus qu'une fuite devant la mort, et les clins d’œil au cinéma hollywoodiens classiques sont bienvenus.

1973-westworld_2065391iAprès, c'est vrai que Crichton n'est pas un bon metteur en scène. Mondwest est trop lent, mal rythmé, répétitif, assez kitch esthétiquement, joué au rabais, il ne va pas au bout de ses idées, et se perd dans des scènes inutiles (la grosse bagarre de saloon, lourdaude, les séquences d'hôpital, trop récurrentes), et a du mal à cerner vraiment son sujet en 1h30. Il y a plein de bonnes idées (j'ai beaucoup aimé cet arrêt total des mouvements dans le parc dès qu'il y a une panne), mais le côté sulfureux du sujet ne va pas au bout de son idée, comme devrait le faire tout bon film de SF qui se respecte. On sent le potentiel qu'il y avait là-dedans, en terme de critique de la société de consommation, de psychologie, de force visuelle ; Crichton s'arrête trop vite. Bon moment quand même, parce qu'on y rêve du vrai grand film que pourrait donner un remake aujourd'hui, disons filmé par Spielberg.