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On comprend bien quelles sont les louables intentions de base de Delphine et Muriel Coulin quand elles entreprennent ce film de "filles entre elles" : faire une sorte de mix entre Céline Sciamma et Sofia Coppola, c'est-à-dire dresser un pont entre la chronique adolescente réaliste de la première et le rose-bonbon vénéneux de la deuxième. Les réalisatrices s'intéressent d'ailleurs à un fait divers survenu aux States : 17 adolescentes du même lycée concluent un pacte pour tomber enceinte en même temps, avec à la clé un rêve d'émancipation et de communauté éternelle. Entre les dirigeantes et les suiveuses, les mythos et les rebelles, les adultes ne savent plus où donner de la tête pour faire comprendre à leur progéniture que leur décision n'est pas si anodine que ça.

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Le film d'adolescentes étant presque un genre en soi, les Coulin en respectent les règles essentielles : chuchotements de couloirs, communauté envisagée comme un clan opaque avec ses codes et son vocabulaire, corps qui se découvrent (l'éternelle idée de la piscine comme révélateur de la métamorphose physique, ça commence à être un peu usé), empathie totale pour cet âge (beau message final : on ne peut rien contre une jeune fille qui rêve, ô combien vrai). Mais comme elles veulent être modernes, les réalisatrices choisissent aussi une autre option, plus risquée mais qui leur fait rater le film : le monde est montré à travers les yeux de ces héroïnes de 16 ans. Incessantes contre-plongées pour placer ces charmants minois sur fond de ciel bleu, décors déréalisés qui sont comme des projections du monde intérieur des fillettes (ces plans fixes qui reviennent sans arrêt sur les filles qui rêvent dans leurs chambres, avec sur le mur la projection de leur état), "ouatage" des ambiances grâce à des filtres de couleurs vaporeux, pastels, et à une musique (très class) qui va bien... Entre Naissance des Pieuvres, donc, et Virgin Suicides. Le souci est que, du coup, le film peine à trouver son ton : on aurait envie, sur ce sujet, de réalisme, de vérité ; or, les filles de Coulin sont toutes jolies, leur monde est aseptisé, leurs parents sont des archétypes (la réunion des profs du lycée, très mal jouée et très mal filmée, est un exemple de "scène à thèse", où chacun expose ses convictions sur le sujet, d'une artificialité complète), leurs dialogues sonnent faux. Quant aux jeunes actrices, c'est triste à dire, mais elles sont assez mauvaises. On les sent gênées par ce choix "d'impro contrôlée" qui semble leur avoir été imposé. Ni dirigées, ni libres, elles ânonnent un texte beaucoup trop faux pour être crédible. Les adultes, d'ailleurs, ne sont guère meilleurs.

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On ne croit donc pas au contexte ni aux situations. Et comme, côté "onirique", les Coulin ne sont guère plus habiles (cadrages laborieux, volonté de faire mode à tout prix, et trop influencées par leurs modèles), le film échappe vite des mains. Il est plein de qualités aussi, c'est vrai, notamment parce qu'au moins il tente des choses, parce qu'il trouve une vraie esthétique personnelle, et parce qu'il reste quoi qu'il arrive du côté de ses frêles et attachantes héroïnes. Le sujet est fort, la volonté aussi ; c'est le résultat qui pèche.  (Gols - 26/04/12)


Ah ben oui, po mieux, comme on dit : un sujet qui met des plombes à démarrer (bon, ok, t'es enceinte, vas-y, accouche...), des personnages traités dans l'ensemble ultra superficiellement (la forte tête, la bonne copine, la fragile, l'opportuniste, les treize autres, on s'en fout), un discours un peu court, jeunes femmes (on fait des bébés parce qu'on s'emmerde, c'est toujours mieux que de rester comme les adultes à crever la gueule ouverte... Bien, Lorient et Le Havre ont reçu en 2011 le titre des deux grandes villes de la chienlit ou "ville du rire"), des ciels bleus en effet qui envahissent l'écran comme pour imager les rêves qui couvent dans ces petites têtes (une fois, c'est bien jouli, douze fois, c'est trop...) et un final terriblement plan-plan - tout ça pour rien, voilà, c'est la vie, chacun son landeau... Cela ne me serait quand même pas venu à l'idée, à 16 ans, de tomber enceint juste pour voir (je pense que j'avais déjà conscience à l'époque qu'il restait, justement, trop de films à voir). Malheureusement, celui-ci, sans être raté, n'apporte franchement pas grand-chose au schmilblick : des ados et leurs "rondeurs" ("je grandis en même temps que je grossis", ouais) filmés au plus près - ouais, la scène de la piscine, déjà vue en effet et plutôt longuette -, des dialogues, disons-le, qui tournent en rond et un résultat qui laisse franchement sur sa faim. Dispensable, vi.   (Shang - 16/05/12) 

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