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Ça lui tournait autour depuis longtemps. Ça y est, Burton vient de faire une daube, une vraie ; pas seulement un film raté, comme Charlie et la Chocolaterie ou La Planète des Singes. Non, une solide merde désolante, une de celle qui nous font penser que le talent de Burton, jadis assez présent, est définitivement enseveli sous les tonnes d'effets spéciaux à la con et la guimauve grandissante de son cinéma pour enfants. Il essaye bien, pourtant, de reproduire ce qui fit sa grandeur : ambiances gothiques, Johnny Depp et Bonham-Carter en tôliers, humour macabre et personnages souffrant de déclassement ; toute la panoplie est sortie ; et pourtant, rien n'y fait. On s'enfonce progressivement dans une super-production laborieuse, sans fond, consternante dans son humour, mal racontée et envahie par des décors de palettes graphiques mal fagotés et issus de l'éternelle imagerie à la con.

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On se demande bien ce qui a semblé nécessaire à Burton dans ce scénario sur-visité. Le côté "je suis un vampire seul en recherche d'une famille" ? Il aurait alors fallu développer un peu plus la chose, et non pas réaliser ce brouillon de Edward aux Mains d'Argent. Pour cette fois, le personnage principal, interprété par un Depp étrangement terne, n'est jamais touchant, jamais fort psychologiquement. Il n'est qu'une ombre de personnage, mal écrit par le scénario, cantonné à un parler ridicule et une silhouette repérable. Depp n'a rien d'autre à jouer qu'une caricature, et ça se sent. Burton charge l'ensemble des personnages d'un côté "freak", du petit garçon médium à l'ado-loup-garou, de la psy complètement barrée à la voisine sorcière : on dirait un bestiaire de romans pour jeunes filles frêles, et là encore la "monstruosité" des personnages ne débouche jamais sur l'émotion : ils sont juste torves, mais jamais attachants, comme put l'être Ed Wood, Batman, Pee-Wee ou Edward. Les acteurs sont pourtant pas mauvais (surtout les seins d'Eva Green), et on sent que parfois, Burton est un peu embêté de réaliser un film de Michael Bay. Il réussit quelques rares petits moments plus intimes : cette femme qui s'arrache le cœur pour montrer qu'elle est humaine, ce visage parfait qui se fissure comme s'il était en porcelaine, cette douleur que semble porter Bonham-Carter... Mais ce sont quelques secondes perdues au milieu du brouhaha insupportable et de la surenchère d'effets hideux. Il manque finalement un scénario à la chose, tout bêtement, et peut-être aussi un peu plus de mesure dans la mise en scène. Burton préfère désormais les écrans verts aux personnage, pas sûr qu'il gagne au change.

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Alors, c'est peut-être qu'il a été attiré par le côté "hommage au cinéma d'épouvante" ? C'est vrai que les références sont vastes, de Nosferatu aux Sorcières d'Eastwick en passant par La Belle et la bête. Mais ça ne fonctionne qu'en tant que clins d’œil, les références ne servent à rien, sauf à ré-utiliser des effets qui marchèrent jadis pour les recycler éternellement (Michele Pfeiffer qui dessoude au fusil à pompe Eva Green, comme elle le fit jadis avec Susan Sarrandon). Burton a déjà fait maints films gothiques beaucoup mieux tenus, cette tentative tardive de  revenir à ce qui fit son succès s'avère une pitoyable resucée. Même la musique de Elfman, d'habitude, si virtuose, se fait ici aussi pataude que l'esthétique d'ensemble. Quant à l'humour, là aussi souvent brillant dans le passé dans le cinéma de Burton, il est ici d'une lourdeur effarante : une parodie de scène de cul entre vampires ouarf ouarf ouarf, et une caricature de hippies prenant Depp comme idole hi hi hi, n'en jetez plus, trop lol. Les trois premières minutes du film promettaient beaucoup, avec ce rythme insensé pour raconter (200 ans racontés en trois minutes) ; mais très vite, humour, trame, mise en scène s'enfoncent dans l'ennui total, confirmé par la dernière bobine où les images de synthèse se battent entre elles sur un montage épileptique d'amateur. C'est nul, tiens, voilà, je cherchais le mot. Et puis très laid, pesant, triste et banal. J'ajouterai que je n'ai pas aimé.