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Ah moi j'aime bien ces films qui utilisent le grand spectacle pour parler des petites choses intimes. Sur les traces du Spiderman de Sam Raimi, Josh Trank sort lui aussi l'artillerie lourde pour traiter le sujet de l'adolescence, de la métamorphose des corps, du trouble de se sentir tout à coup investi d'une énergie et d'un pouvoir jusqu'alors endormi. On se souvient avec bonheur de Peter Parker maculant ses draps de lit de toiles d'araignée incontrôlables ; ici, ce sont trois jeunes hommes qui, à la suite d'un événement complètement foireux (et traité comme tel par la mise en scène, qui évacue complètement dans les limbes le pourquoi de l'arrivée des super-pouvoirs), se métamorphosent ; en rencontrant sous terre un extra-terrestre à la con, ils vont se découvrir des dons de contrôle de l'univers. Et vas-y que je vole au milieu des Airbus, et vas-y que je tords des voitures par la seule force de ma volonté, et vas-y que je me venge des méchants qui m'ont humilié jadis. Film de super-héros, donc, encore une fois, et qui parle de façon spectaculaire et fun du sens des responsabilités, des dangers du pouvoir et de la difficulté de grandir.

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Nos gars utilisent d'abord leur pouvoir, dont ils ne savent pas trop quoi faire, pour des conneries (manger des chips sans se salir les mains), mais très vite, le camp se scinde en deux : ceux qui savent gérer (ne pas utiliser le pouvoir quand on est en colère, sage conseil), ceux qui en abusent (c'est le personnage principal du film, pâle adolescent mal dans sa peau, en rupture familiale et puceau invétéré). On assiste alors à la difficile transformation de la chrysalide en papillon, à grands coups de vols dans l'espace et de fracas de tôle et de corps. Le film est touchant, parce qu'il est juste : si notre héros parvient sans peine à plier une caisse en deux, il échoue totalement à sauver sa mère mourante, et s'avère bien piètre amant quand il arrive à pécho la bombasse grâce à ses dons. Toute la partie centrale du film est ainsi très belle, entre le spectacle de cabaret où le garçon connaît son heure de gloire, ses amitiés hilares avec ses nouveaux amis, la découverte émerveillé de l'infinité de sa puissance, et la désillusion qui suit. Une des grandes idées également : le fait que le gars filme lui-même sa métamorphose, pour faire un blog. Quand il découvre qu'il peut être à la fois acteur, réalisateur, et cadreur de sa vie, qu'il peut diriger à distance la caméra, la faire s'envoler pour se livrer à des travellings aériens, on sent qu'on touche là à l'essence du fantasme cinématographique, libéré de tout lien "terrestre", de toute contingence économique ou humaine. La séquence où les compères sont assis sur le bord d'un building, avec cette caméra qui les cadre façon Kubrick par la seule volonté du héros, marque des points.

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Il est vrai que l'idée de la caméra subjective n'est pas toujours aussi bien tenue au cours du film. Trank a voulu tenter le filmage façon Cloverfield, mais échoue complètement, la plupart du temps, à le rendre crédible : trop de plans de coupe, des scènes qui sortent trop souvent de ce principe sous des prétextes fumeux (ouais, mais si, mais là il y a une autre nana qui filme en même temps, tu vois), ce gadget ne sert à rien, et on aurait préféré une mise en scène plus simple, malgré la bonne idée de départ. Il est vrai aussi que le premier et le dernier quart du film versent dans l'idiotie totale, le premier par une vision naïve et clicheteuse de l'adolescence, le deuxième par une surenchère d'action et d'effets spéciaux qui finit par soûler (les effets sont assez ratés, d'ailleurs). Dans les défauts (nombreux, hein, on est pas dans le chef-d’œuvre non plus), notons aussi que les acteurs sont pas terribles, et que Trank ne semble pas vraiment conscient lui-même de ce qu'il est en train de faire et que du coup il se perd dans des tas de séquences inutiles. Mais tant pis : mine de rien, et même contre son réalisateur, ce petit film finit par décliner des choses justes et sensibles sur ce que c'est qu'être un jeune homme aujourd'hui, et c'est assez rare pour être relevé. Satisfaction, donc.