tyrannosaur

Ah crotte, un film anglais... Il faut bien en regarder un de temps en temps, me direz-vous, pour justifier les inlassables curiosité et éclectisme de ce blog. Admettons. D'autant que celui-ci dépasse assez largement du lot. Je serais à deux doigts de reconnaître qu'il m'a presque plu, si ma mauvaise foi ne m'obligeait pas aussi à reconnaître qu'il y a là-dedans les 11000 défauts du cinéma british habituels. Notons-les d'entrée de jeu, ça sera fait : scénario cousu de fil blanc, bons sentiments sirupeux qui guettent, éternels personnages de brutes cachant un cœur d'or, ancrage social dans les faubourgs crasseux qui commence à avoir fait son temps, acteurs pris en flagrant délit de construction de personnage à l'ancienne, musique de stade, voilà c'est fait. La trame en deux mots : un alcoolo rempli de cynisme et de violence rencontre une bigote battue par son mari ; ô surprise, ils finiront par se bécoter, découvrant que sous la cuirasse et la misère se cache avant tout un être humain qu'il faut apprendre à apprivoiser. Bon, c'est naze, on va pas revenir trop là-dessus. Considine n'évite pas les écueils, et verse lors des dernières bobines dans un sentimentalisme œcuménique complètement raté (la scène de l'enterrement du pote est celle qui fait basculer le film de l'âpreté au gnangnan, avec cette fête qui va à l'encontre de tout ce que le film avait patiemment construit jusque là ; qui peut croire que le violent héros de cette histoire peut tout à coup danser des slows avec les filles et faire le pitre avec son chapeau ?).

still_tyrannosaur2

Dans le rôle principal, l'imposant et obligatoire Peter Mullan. Certes, ce n'est pas la sobriété incarnée, mais reconnaissons qu'il est souvent impérial : brutal, effrayant, furieux, pitoyable, il sauve par son (sur)jeu nombre de scènes casse-gueule. Le tout petit geste qu'il a quand, bourré, il rate le trottoir, devrait lui valoir sans problème n'importe quel Oscar. C'est un acteur anglais, donc bien sûr ça sent le labeur, mais tout de même : son jeu est très fort. Plus en tout cas que celui de sa partenaire (Olivia Colman) qui en fait tout de même des louches, même si elle est souvent juste dans la première partie. Les seconds rôles sont également pas piqués des hannetons (mention spéciale au voisin à pittbull et au mari violent, tronches infernales de psychopathes ordinaires qu'on dirait sorties d'un roman de Selby). Avec ces physiques, Considine dresse un portrait de la société urbaine outre-Manche qui n'est guère flatteuse : le film est trash, très très noir, et c'est la principale qualité de la chose. Violent, éprouvant, sans (presque) aucune porte de sortie, il va très loin dans le désespoir. A chaque fois qu'une issue semble trouvée, le scénario nous sert une de ces séquences brutales dont il a le secret. L'imprévisibilité du personnage principal, la violence sèche que le film utilise pour raconter ses scènes les plus éprouvantes, la mise en scène aride et forte (ces énormes gros plans, cette caméra qui reste toujours très près des acteurs, ces "faux hors-champ (la scène du viol, qui fait mine de cacher pour mieux montrer)), les surprises ménagées à l'intérieur du déroulement prévisible de la trame, tout ça force le respect. On est plongé dans un nihilisme total pendant une bonne heure, admiratifs devant cette vision qui ne cède rien. Dans le dernier tiers, encore une fois, ça vire à la complaisance, et Considine en fait trop : ça va d'un enfant dévisagé à un viol avec tessons de bouteille en passant par un chien décapité, on n'y croit plus et ça devient grotesque (à l'image du maquillage outrancier de l'actrice quand elle se fait tabasser par son mari).

TYRANNOSAUR+PHOTO4

Mais tout de même : avant cette demi-heure, on a eu droit à un film qui prend à bras-le-corps ses partis pris, et on reste tendus comme devant un film d'horreur. Respects, donc, pour ce premier film viril.