35 films en un an (plus un long-métrage, pas encore vu à l'heure qu'il est) : notre gars Chaplin ne s'économise pas pour ses débuts, pour le meilleur et pour le pire. Exhaustivité et génie du commentaire, Shangols est sur la brêche.
(en rouge : mes préférés)

vlcsnap_2011_01_06_18h48m31s177Pour Gagner sa vie (Making a Living) de Henry Lehrman
La première apparition de l'idole sur un écran se fait franchement par la petite porte, tant ce Henry Lehrman n'a aucun sens du rythme ni du montage. En huit minutes, le bougre raconte 47 histoires, mais ne parvient malheureusement jamais à les rendre vraiment lisibles : on suit donc un personnage se faisant passer pour riche alors qu'il est sans le sou, qui tente de séduire une bourgeoise, puis de gagner ses galons de reporter de choc, le tout sous l’œil jaloux d'un rival. Le film est censé se diriger vers une hystérie collective à la Buster Keaton, avec une accélération du montage à la fin, mais ce réalisateur n'a aucun sens du gag et du tempo, et on ne comprend rien au bazar. Chaplin, puisque c'est lui qui nous intéresse, travaille sur un personnage antipathique, drôle par son culot mais complètement pique-assiette et sans pitié. A part quelques trouvailles gestuelles déjà en place (la manchette qui dégringole alors qu'il veut paraître viril, et en général toutes les scènes où il se bagarre), on sent qu'il est encore en recherche de personnage. Même ses moustaches sont encore trop fournies.

vlcsnap_2011_01_06_21h53m38s28L'étrange Aventure de Mabel (Mabel's strange Predicament) de Henry Lehrman
On reste dans la confusion avec ce film assez maladroit et sans esprit. Chaplin y peaufine certes son personnage fétiche, avec d'ailleurs quelques erreurs qu'il gommera plus tard (Charlot est clairement alcoolo et priapique), mais ses inventions gaguesques sont mises au service d'une absence totale de scénario. Ça se passe dans un hôtel où passent les femmes, les amants et les maris jaloux, sous l’œil goguenard de notre camarade Charlie. C'est curieusement à la pimpante et toute en rondeurs Mabel Normand que Lehrman souhaite donner la vedette, faisant presque passer Chaplin au second plan. Mais c'est lui qui revient de lui-même au premier, avec ses cabrioles et ses bagarres pour de rire contre les fâcheux. C'est amusant de le voir s'écrouler sur les tapis bourgeois, dragouiller la bourgeoise et asséner des grandes gifles à l'ensemble de la distribution ; mais c'est bien platement filmé, et bien platement raconté. Du théâtre de grand boulevard filmé, brrrr.

vlcsnap_2011_01_06_19h18m05s0Charlot aux Courses (Kid Auto Races at Venice) de Henry Lehrman
Ce même Henry Lehrman ne savait sûrement pas ce qu'il faisait à l'époque, mais le voilà qui plante en quelques minutes le mythe-Chaplin, grâce à un procédé presque conceptuel qui paraît extraordinaire pour l'époque. Le principe : le sujet du film semble être de filmer une course de bagnoles ; mais le personnage de Chaplin, déjà très en place dans son costume et sa gestuelle, pollue littéralement le sujet par sa simple présence. Chaplin est de tous les plans, rentrant toujours au premier plan pour annuler complètement le reportage en train de se construire. Du coup, on ne regarde jamais les voitures, mais ce petit clochard vaniteux qui veut absolument être filmé. C'est non seulement drôle, malgré la répétition éternelle de la même idée de scène en scène, mais c'est aussi bougrement intéressant à voir, aujourd'hui que Chaplin est devenu un mythe : il montre dès ces débuts sa soif exclusive de présence à l'écran, cette volonté envers et contre tous d'être de chaque plan, même s'il gène, même s'il ne sert à rien. Orgueil énorme de l'artiste, assumé ici avec une frontalité qui fait du bien. Il n'y a rien d'autre dans ce film que ça : un gars qui s'impose avec force à notre regard, quitte à envoyer aux orties la moindre velléité de réaliser un film qui ne le prendrait pas comme acteur principal. Le premier film freudien ?

771px-A_Thief_CatcherLa Course au Voleur (The Thief Catcher) de Ford Sterling
Une rareté, puisque non seulement ce film n'a été retrouvé qu'en 2010, mais en plus il nous montre notre héros en flic, ce qui ne sera pas son emploi favori par la suite. Le film est très mauvais, ça se sent malgré la circonstance atténuante de l'inachevé (enfin, le reste est perdu, quoi) : le premier rôle (témoin d'un meurtre et poursuivi par les meurtriers) est mauvais et grimaçant, les gags sont poussifs, et le réalisateur semble avoir appris l'art du montage chez un cimentier. Mais dans la dernière minute, Chaplin apparaît, fait une ou deux mimiques et ça suffit bien à notre bonheur....

vlcsnap_2011_01_10_20h05m43s4Charlot et le Parapluie (Between Showers) de Henry Lehrman
C'est bien agréable, finalement, ces petits films sans scénario, et qui ne servent qu'à faire se poiler le chaland pendant quelques minutes. Ici, tout tient sur une seule "idée" : un flic se fait voler son parapluie au début, et le retrouve à la fin. Entre temps il sera passé par les mains du trio principal : un malfrat gigotant et maquillé comme Lady Gaga, une rombière costaude, et notre Charlie, qui commence à être de plus en plus précis dans sa gestuelle. Le personnage est là, ça y est, à la fois impoli, sans-gêne, doux, moqueur, insolent, maladroit, ridicule et héroïque. Les plus beaux plans sont pour lui, ce sont ceux où il est seul à l'écran et joue en parfaite complicité avec le public ; par exemple, quand son ennemi se fait latter par la rombière, il se marre comme une clé à mollette en direction de la caméra, comme pour abolir le "quatrième mur" et nous mettre dans sa poche. Il y réussit pleinement, tant il est parfait dans chacune de ses expressions et chacun de ses gags. Pour le reste, oui, du léger léger. A noter que c'est la
dernière fois que Chaplin travaille avec Lehrman, cinéaste qui n'est pas resté dans l'histoire mais qui a une biographie très intéressante (Wikipédia est là, ne comptez pas sur moi).

vlcsnap_2011_01_16_23h13m03s122Charlot fait du cinéma (A Film Johnnie) de George Nichols
Nouveau réalisateur, donc, mais rien de bien fameux dans ce petit film sans saveur, où on découvre tout de même notre Charlie faire connaissance avec les studios de cinéma. Le truc, c'est qu'il s'introduit dans un tournage, plus pour draguer la jeune première que pour autre chose d'ailleurs, et qu'il va y déclencher une gentille pagaille. Quelques petits gags savoureux, comme l'allumage de la clope à l'aide du flingue-accessoire, ou le crash contre un mur suivi de culbute avec cul par-dessus tête, mais tout ça reste assez laborieux. On est tenté d'y voir, après Kid Auto Races at Venice, une nouvelle variation sur notre héros qui s'impose à la caméra, vue sa façon de faire déguerpir tout le monde du plateau à grands coups de pistolet, mais c'est vraiment pour trouver quelque chose à dire sur ce film très oubliable.

vlcsnap_2011_01_17_23h13m18s59Charlot danseur (Tango Tangles / Charlie's Recreation) de Mack Sennett
Chaplin se la tente sans moustache et sans son costume de Charlot (d'où un titre français quelque peu mensonger), et travaille sur un autre personnage, bourgeois aviné, bagarreur et priapique. Mal lui en prend : si la plupart de ses mimiques sont impayables, son caractère est bien antipathique, et on n'adhère pas à cet essai. L'intérêt de la chose pourtant, outre de montrer que le grand Mack Sennett n'a pas toujours été grand (pauvreté de la réalisation), outre de nous permettre de retrouver Fatty Arbuckle, star oubliée et néanmoins volumineuse, c'est de voir comment Chaplin invente toute une série de gestes qui vont devenir peu à peu des passages obligés de son personnage de vagabond : la drague à grands coups de pieds peu délicats, la bagarre tout feu tout flamme, la grande rigolade qui semble l'habiter constamment, le sans-gêne... Tout se met doucement en place, et c'est le grand mérite de ces premiers films que de nous faire découvrir un génie au travail, bâtissant tranquillement son mythe.

vlcsnap_2011_01_19_18h16m43s27Charlot entre le bar et l'amour (His favorite Pastime) de George Nichols
Ce titre résume à lui seul toute l'existence de mon camarade Shang, et il se trouve que c'est aussi le premier film un peu regardable dans cette odyssée chaplinesque. Rien de grandiose, hein, non non, mais déjà quelques petits gags savoureux, et un personnage qui se dessine de mieux en mieux. Bon, à cette époque, Chaplin avait décidé de faire de son personnage un gros alcoolo, et on le voit ici absolument bourré du début à la fin, l'essentiel de l'action se déroulant dans un cabaret où le bougre engloutit des litrons à la chaîne. Il le fait très bien, cela dit, et ça lui permet d'explorer une autre veine de son clochard : le sans-gêne complet. Assommé par l'alcool, le gars tripote la distribution féminine au nez et à la barbe des maris, se bat contre des gusses trois fois plus grands que lui, et encaisse sans ciller des baffes à décorner une bête à cornes. Le rythme est bon, la vanne frontale et idiote (ma préférée : Chaplin se ramasse quarante fois une porte battante dans la gueule, mais n'en démord pas, avant de choisir quand même de passer sous la porte pour éviter les coups), les mimiques de notre héros impayables, on s'amuse gentiment. L'invention est encore optionnelle, à tout point de vue, mais ça commence à prendre forme.

vlcsnap_2011_01_27_18h43m07s177Charlot Marquis (Cruel cruel Love) de George Nichols
Le bougre continue à tenter d'autres personnages que celui du vagabond, et en l’occurrence le titre français est bien trompeur, puisque Chaplin interprète ici un nanti, bourgeois traquant la gorette à bijoux dans une maison grand crin. Sur un malentendu, il est accusé de tromperie, jeté par l'héritière convoitée, et tente de se suicider. Tout le film repose sur les quelques minutes où il croit avoir avalé du poison (il s’avérera que ce n'est que de l'eau) et sur les multiples grimaces et ruades qu'il balance généreusement. On préférerait nettement qu'il creuse son personnage fétiche plutôt que de se perdre dans ces pochades rachitiques : même s'il est parfois drôle (la comédie de l'innocent bafoué qu'il tient devant sa belle), l'excès et la mimique ne lui conviennent guère, tout comme les gros plans sur
son maquillage outrancier qui annule toute sa subtilité. Du léger de chez léger...

vlcsnap_2011_02_03_23h24m41s254Charlot aime la Patronne (The Star Boarder) de George Nichols
Les films insignifiants s'enchaînent, qui ont au moins le mérite de montrer Chaplin au travail dans sa construction de personnage. Pour l'instant, il est convaincu que faire de son clochard un ivrogne invétéré est la bonne idée, et on assiste donc encore une fois à une beuverie dans les règles. Le souci est que le jeu d'acteur du compère n'est pas encore tout à fait au taquet, et qu'il est ici un peu forcé, un peu grimaçant, sans subtilité. Comme ce n'est pas appuyé par une trame intéressante (une vague histoire de dragouille avec cocu à la clé), comme le film est assez pauvre en gags, comme on n'a même pas droit à la portion congrue que représentent les saines bagarres habituelles aux films de Chaplin de l'époque, on s'ennuie sévère devant ce métrage sans particularité. Juste, pour relever un détail attachant : on voit très bien là-dedans comment l'acteur joue avec le spectateur, lui adressant des clins d’œil pour le mettre dans sa poche, ou jouant ouvertement la carte du charme avec ses sourires
désarmants.

vlcsnap_2011_02_09_00h28m16s66Mabel au volant (Mabel at the Wheel) de Mabel Normand et Mack Sennett
Parmi les nombreux essais pour trouver son personnage, celui-ci s'avère être le plus convaincant jusque là. Chaplin interprète le méchant de l'histoire, et le moins qu'on puisse dire c'est qu'il n'épargne pas ses efforts : grimaçant, hystérique, tonitruant même malgré le muet, il est vraiment parfait dans ce rôle, dans lequel on décèle déjà des attitudes du futur Hinkel (The great Dictator). Il faut dire aussi que Mabel Normand et Mack Sennett se montrent beaucoup plus metteurs en scène que les ouvriers engagés auparavant dans la carrière de Chaplin : sans hurler au génie, ce film est bien monté, alternant avec un bon sens du rythme plans d'ensemble (pris d'une grue peut-être) sur une course de voitures par exemple, plans classiques de l'époque (face aux personnages et point final), et gros plans qui donnent toute leur place aux acteurs. On est bien content que les deux réalisateurs nous laissent le temps de contempler Chaplin en train de s'éclater, puisqu'on s'éclate avec lui. L'histoire n'a strictement aucun intérêt (une course de bagnoles que Chaplin veut parasiter par jalousie), mais c'est enlevé, pétaradant et démesuré : les roulements d'yeux de l'idole vaudraient 30 séances d'ophtalmo chez n'importe qui. Il y a en plus des baffes dantesques, dont une direct dans la tronche de la pauvre Mabel, des bagarres à coups de cailloux et des explosifs jusqu'à plus soif. Agréable quart d'heure.

vlcsnap-2011-08-11-22h19m45s52Charlot et le Chronomètre (Twenty Minutes of Love) de Charles Chaplin
Ah ben c'est historique, puisque voilà le premier film réalisé par Chaplin himself. Ceci dit, pour être franc, on ne voit pas beaucoup la différence avec ses petits camarades : c'est frontal, efficace, ça va au plus simple, et ça ne fait jamais montre d'une quelconque ambition artistique. Tant pis, on se console avec les pitreries de l'acteur, qui peaufine toujours et encore. Son personnage est encore un poil trop négatif (ses grimaces pleines de lucre quand il convoite le chronomètre du pauvre gars endormi sur un banc), mais certaines expressions sont déjà bien en place, tout comme des caractéristiques qu'on retrouvera plus tard : le culot (à peine son concurrent envoyé dans les buissons, le gusse drague la fille comme si tout était réglé), le courage (il affronte les bagarres avec une frontalité qui l'honore), le manque de moralité (peu importe qui a volé la montre, l'essentiel est de finir le métrage avec la jeune première). C'est très enlevé malgré la pauvreté du script, avec notamment une bagarre finale exécutée à 200 à l'heure, et c'est également légèrement insolent, les jeunes filles et les flics ramassant autant de baffes que les solides gaillards douteux. Sympathique comme tout.

67401394_pCharlot Garçon de café (Caught in a Cabaret) de Mabel Normand
Parmi les premiers réalisateurs à avoir filmé Chaplin, cette Mabel Normand est décidément la plus talentueuse : ce tout petit film est joliment monté et suffisamment varié dans ses cadres pour sortir du lot. Il y a même quelques plans rapprochés sur l'acteur, qu'on ne verra que rarement dans la suite de sa filmographie. Le scénario est déjà vu (et annonce plus ou moins City of Lights, d'ailleurs) : pour draguer, notre héros se fait passer pour un ambassadeur alors qu'il n'est que serveur dans un tripot des bas-fonds. Quiproquos, bagarres, trahisons, bref, c'est le tout-venant. Mais Chaplin y trouve une sorte de personnage définitif, la silhouette est enfin trouvée précisément (le dernier plan est à ce titre vraiment joli, avec ce petit personnage mythique qui part de dos sur la route), et il y a un excès dans les gags qui fait mouche : l'énorme marteau pour assommer le méchant, ou les baffes monumentales assénées à un rythme effréné (dont une en pleine poire d'un petit gamin, c'est notable) suffisent au plaisir de la chose, même si le tout est franchement superficiel.

vlcsnap-2011-08-29-21h55m20s123Un Béguin de Charlot (Caught in the Rain) de Charles Chaplin
Pas d'intérêt non plus dans ce court-là, c'est le tout-venant : Chaplin qui dragouille la rombière, Chaplin qui se rince la gueule, Chaplin qui se bat comme un beau diable... On notera juste les variations de goût en ce qui concerne la gente féminine d'un film à l'autre, l'héroïne de celui-ci étant clairement atteinte de surpoids. Ça n'a l'air de rien, mais ça en dit pas mal sur l'obsession sexuelle du compère, qui jette son dévolu sur tout ce qui bouge. C'est d'ailleurs relativement drôle de le voir ainsi attaquer bille en tête n'importe qui et n'importe quoi (du moment qu'un rival est dans les coins, sinon c'est pas drôle). On notera aussi que la technique du coup de pied-poitrail s'affine, notre héros dézinguant une bonne partie de la distribution à l'aide de cette technique (dont quelques flics, le côté paria du gars se précise). A part ça, c'est assez indigent au niveau de la mise en scène (le plan interminable où tout le monde tombe des escaliers de la pension) et franchement pas hilarant au niveau des gags. Oubliez celui-là.

vlcsnap-2011-09-11-19h53m41s38Madame Charlot (Caught in the Rain) de Mack Sennett
Titre mensonger, puisque Chaplin ne joue pas ici le personnage du vagabond, mais tente un autre personnage : celui d'une mégère forcément hommasse jalouse de son frivole de mari. Chaplin en femme, bon... A part pour lui permettre de se marrer un peu en enfilant des jupons, la tentative fait long feu et ne donne rien. On perçoit sous le fard le personnage bien plus intéressant du clochard et pour tout dire il n'est pas très drôle quand il fait des cabrioles outrancières et des grimaces de bal costumé. Ce petit film est plus intéressant dans ses aspects extérieurs, puisqu'on y assiste à une entrée du réel pur dans la fiction : Sennett se sert d'un défilé militaire visiblement authentique (vue la tronche hilare des soldats devant notre Chaplin travesti) pour développer sa tramette, c'est assez audacieux. Et puis il y a, au cours d'une courte séquence, un moment intéressant qui est une sorte de "contre-champ" de l'expérimental Kid Auto Races at Venice : là encore, Chaplin fait tout pour rester dans le champ e la caméra, quitte à bousiller le travail de reportage mis en place ; mais ici, on voit le cameraman lui-même, comme si le premier film (Kid Auto, donc) était un essai pour cette seule séquence-là, comme si le cadre s'écartait un peu pour laisser voir l'envers du décor. Bref, un film qui tente des choses, quitte à en rater la plupart. En tout cas, c'est ballot, mais c'est pas très drôle.

vlcsnap-2011-09-20-20h26m23s52Le Maillet de Charlot (The Fatal Mallet) de Mack Sennett
Bah, la même chose que d'habitude : Chaplin qui se bat au milieu d'un parterre de mâles convoitant tous la même donzelle, et vas-y que je te colle une gifle, et vas-y que je te donne des coups de maillets, et vas-y que je te fous dans le lac. C'est guère passionnant, il faut bien le dire, même si, encore une fois, c'est agréable de voir Chaplin dessiner de plus en plus précisément son personnage : son sadisme fait ici merveille (non content d'assommer ses rivaux, il leur marche dessus une fois assommés), son impolitesse aussi (le coup de pied vigoureux qu'il assène à un pauvre môme), et surtout son aspect enfantin qui fait tout le charme du bougre : si, sur un faux mouvement, il met un coup de marteau en travers de la gueule d'un innocent, il se marre comme un beau diable avec un petit geste irrésistible pour cacher son rire, comme un enfant qui n'ose pas montrer son plaisir. A noter aussi la toujours très moderne façon de voir les femmes à cette époque : en gros, Mabel veut bien se taper n'importe quel prétendant, son choix s'arrêtera au dernier à rester encore debout après la bagarre. Next.

vlcsnap-2011-09-28-20h42m41s136Le Flirt de Mabel (Her Friend the Bandit) de Mabel Normand et Charles Chaplin
Il ne reste qu'un court fragment de ce film, et c'est pas pour jouer au snob mais c'est diablement dommage, tant on sent que Chaplin trouve ici des pistes pour construire son personnage, et parvient à inventer deux ou trois gags savoureux. Ne serait-ce que dans la première séquence dans le parc, qui montre déjà une propension à se foutre ouvertement de la gente policière et à déployer un curieux sadisme qu'on retrouvera plus tard : le gars ne se contente pas d'échapper à la justice, il faut qu'il titille les flics, qu'il ajoute le panache à la réussite : il tournicote autour des bougres, revient à la charge quand ils sont perdus, et joue pour la galerie. C'est parfait. Ensuite, notre héros se transforme (on ne sait trop comment) en barbier (tiens, déjà) et invente un gag vraiment imparable : un client refuse de payer le rasage, et Chaplin lui recolle une barbe de trois jours avec sa machine infernale. Sinon, c'est le lot des baffes et des tombages sur le cul habituel, mais avec une énergie et une invention communicatives. Ce qui reste du film est de très mauvaise qualité, mais on sent bien quand même que le génie s'affine.

edit_previewCharlot et Fatty dans le ring (The Knockout) de Charles Avery
Un titre français très trompeur, puisque, sur 29 minutes de métrage, on n'a droit qu'à environ 5 minutes de présence chaplinesque. C'est Fatty Arbuckle qui est la star de ce film, et c'est bien dommage, car dans le genre absence de charisme, le gros bonhomme se pose là. Il faut dire qu'il a droit ici à un scénario impossible, à base essentiellement de grandes mandales dans la tête. Le bazar est on ne peut plus poussif, Arbuckle et ses amis échouant complètement à nous arracher le moindre sourire avec leurs gesticulations tristounettes. Pas de sens du rythme, pas de gags, juste une grosse bagarre même pas délirante (on sent pourtant l'ambition presque keatonienne dans les derniers plans). Mais ma foi, quand Chaplin fait enfin son entrée en arbitre de boxe, on est sidéré par la puissance de l'acteur : il vous reprend tout ça en un tour de main, esquisse deux-trois mouvements imparables, et nous voilà à nous marrer de bon cœur. Il est devenu en quelques semaines (eh oui, il tournait beaucoup à cette époque) un immense acteur, et tout est déjà parfaitement en place. Pour ces quelques plans-là, il faut voir ce nanar tristounet.

edit_previewCharlot et les Saucisses (Mabel's busy Day) de Mack Sennett
Chaplin revient en vedette, et c'est beaucoup mieux que quand il n'est que faire-valoir. Si le scénario de ce film n'est pas plus épais qu'un timbre-poste, il faut reconnaître que les bagarres y sont dantesques, et tiennent plus du ballet que du pugilat. Chaplin est tout bonnement extraordinaire dans la puissance des baffes qu'il assène indifféremment aux hommes, aux femmes, aux policemen et à tout ce qui lui barre la route des saucisses désirées. Son sadisme est à son sommet, puisque, même quand son ennemi est à terre, il revient pour lui balancer encore un ou deux coups de pieds ; son amoralité itou, puisque l'essentiel de son objectif est de piquer le stock de saucisses de la pauvre Mabel afin d'assouvir et ses appétits et sa vénalité. Mais la fin est adorable, puisque les deux misérables ennemis terminent en larmes devant l'injustice de la vie : début d'histoire d'amour, la seule véritable jusqu'ici dans la vie du petit vagabond... Très joli.

vlcsnap-2012-01-29-19h57m42s184Charlot et le Mannequin (Mabel's married Life) de Mabel Normand et Charles Chaplin
Il est bien sympa, ce petit couple Chaplin/Normand, complémentaire dans l'insolence et le sans-gène, assez marrants quand ils se disputent (ils s'envoient des baffes à décorner un cocu). Les voilà mariés pour l'occasion de ce petit court-métrage sans beaucoup d'intérêt. Pour tout dire, l'essentiel du film est constitué d'une bagarre entre Chaplin et un mannequin qu'il prend pour un rival en amour. La première fois qu'il le prend dans la gueule, c'est rigolo, la seizième, ça l'est moins. Notons quand même que c'est le compère lui-même qui réalise le film, et que de ce côté-là c'est encore nettement moins au point que côté acteur. Bien aimé par exemple cette obsession du plan fixe, qui fait que les personnages sont complètement décadrés dès qu'ils s'asseyent. Bref, un film quelconque, sauvé par les mimiques de Mabel, un méchant lourdaud assez marrant, et bien sûr le jeu pince-sans-rire de Chaplin.

edit_previewCharlot dentiste (Laughing Gas) de Charles Chaplin
Un cru sympathique, surtout parce que Chaplin commence à comprendre un peu les vertus du montage : l'incontournable bagarre finale est découpée en saccades, et le rythme commence à être vraiment trouvé pour rompre avec la monotonie de ces longs plans sans style habituels jusqu'ici. Il y a encore pas mal de collures à l'arrache, mais franchement c'est mieux. En plus, Chaplin est vraiment poilant dans ses petites mimiques (surtout quand il drague l'actrice principale, festival de minauderies ridicules qui font leur effet), et dans les minuscules gags de situation (quand le gars assomme un fâcheux, il lui marche dessus pour peaufiner sa victoire). Le scénario est un enchaînement de quiproquos marrants, et même si l'ensemble manque de consistance, on passe un bon moment. On y voit le personnage du vagabond se charger clairement d'un certain sadisme (il frappe fort et de façon injuste) et d'une certaine lâcheté (il frappe une fois que l'ennemi a tourné le dos seulement) : le mythe du gentil clochard s'effondre.

23546__the_property_man_1914_1Charlot garçon de théâtre (The Property Man) de Charles Chaplin
Le petit gars ne s'économise pas dans ce film franchement échevelé : ça court dans tous les sens, ça prend et distribue des baffes dantesques, ça traque la gorette dans les coulisses, ça torture des vieux et ça fait le fourbe avec les plus forts que soi, c'est un vrai festival. Là aussi, le montage devient un peu plus senti, et du coup le film est dynamique et drôle. Chaplin multiplie les lieux : loge, coulisses, scène, public, avec un certain sens de l'espace, et on suit bien les répercussions des catastrophes engagées par exemple en coulisses, sur le plateau. Le petit scénario annonce Le Cirque, puisque le personnage du vagabond devient plus populaire sur scène que les artistes officiels à cause des calamités qu'il y sème (bien aimé le sabotage du numéro de l'haltérophile). Particulièrement odieux avec les vieux et avec les femmes (même les jolies poulettes ramassent leur lot de baffes), Chaplin peaufine son ambigu personnage de méchant rigolo. Bonne pioche.

FOTBRF_4Charlot artiste peintre (The Face on the Bar Room Floor) de Charles Chaplin
Étrange parenthèse dans le flot des grosses comédies : ce film-là ne comporte pas de gags, ou très peu, et donne un premier aperçu du goût de Chaplin pour le pur mélodrame. En une sorte de "prequel" de son personnage, il nous montre comment Charlot est devenu vagabond. En flash-back, on découvre Chaplin en nœud papillon, peintre de son état ; sa donzelle va le quitter pour son ami moustachu, d'où désespoir et déchéance sociale. Bon. L'intérêt là-dedans, c'est l'évident plaisir éprouvé par notre compère à rouler des yeux effarés et se prendre les cheveux à pleines mains pour exprimer son désespoir de cocu. Le film est étrangement doux et lent, et ces scènes de trahison alternent avec des scènes du présent où notre homme, devenu ivrogne, raconte sa chute à ses copains de comptoir. Jusqu'à un final assez dérangeant où Chaplin tente de tracer encore quelques traits de peintre sur le sol du tripot et se vautre comme un flan. Le film se complaît à filmer la déchéance de cet homme, qui prend alors des traits étonnamment graves. Les clowneries finales ne donnent pas le change : on a droit ici au premier mélodrame du maître.

RecreationFièvre printanière (Recreation) de Charles Chaplin
Dans le scénario, rien que de très banal : c'est l'habituel festival de baffes, de chutes dans la mare et de briques lancées en pleine tête. Mais ce film-là mérite le détour, parce qu'il comporte tout simplement le premier geste purement génial de Chaplin. Au début du truc, il veut se suicider, sauter d'un pont pour en finir ; mais une donzelle passe, et alors là, geste métaphysique, dérisoire et fulgurant, il se tourne vers l'abîme, et lui fait un pied de nez, avant de suivre la demoiselle. C'est beau comme du Chateaubriand. Je ne sais pas si Chaplin a conscience de la grandeur de ce simple mouvement, mais le fait est qu'il trouve là une nouvelle dimension à son personnage : celle du "désespoir dérisoire" (déjà amorcée dans le court précédent, avec cette fin pathétique). Il y a en plus dans ce film un gag excellent (il jette des pavés à un gus, un flic surgit, il fait semblant de nettoyer le pavé), ce qui justifie complètement la vision de ces 6 minutes aussi profondes que drôles. Un grand petit film.

tumblr_lme3eph16m1qiv393o1_500Charlot grande coquette (The Masquerader) de Charles Chaplin
Beaucoup plus poussif, celui-là, même s'il commence plutôt sympathiquement, avec une mise en abîme assez originale : on y découvre Charlie devenir Charlot, puisqu'il interprète ici son propre rôle, celui du gars qui se rend sur le plateau de tournage pour y interpréter son personnage fétiche. L'occasion de le voir se transformer, et de croiser quelques grands acteurs de son entourage, notamment Fatty Arbuckle. Après, il est bien dommage qu'il tombe dans ce filmage laborieux, ces gags antiques et cette longueur de plans impossible. Chaplin déguisé en nana, ça donne rien, et il semble s'en rendre compte très vite, puisqu'il redevient vite le moustachu qu'on aime, qui distribue les mandales sans minauder (bel échange de claques hyper-rapide sur la fin). Pas grand-chose à se mettre sous la dent. 

Chaplin_HNP1Charlot garde-malade (His new Profession) de Charles Chaplin
Ils s'en était déjà pris aux femmes, aux enfants, aux flics, aux vieux, aux plus faibles... il s'en prend cette fois aux handicapés, puisque le voici engagé pour s'occuper d'un gars sur un fauteuil, qu'il va copieusement maltraiter et délaisser pour aller au pub. On apprécie ce petit côté nihiliste chez le jeune Chaplin, ce côté politiquement incorrect (peut-être sans vraiment le vouloir) qui l'oppose sans cesse au monde entier, sans distinction. Ce petit film est particulièrement insolent, notre héros allant même jusqu'à piquer une pancarte "aidez-moi" à un pauvre infirme pour se faire du blé sur le dos de son malade. Ceci dit, les gags sont assez prévisibles, et l'ensemble ne sort pas beaucoup du lot. On constate simplement que les baffes échangées sont de plus en plus costaudes, les chutes de plus en plus vertigineuses (un gars tombe carrément d'une falaise) et que les méthodes de drague de Chaplin sont toujours impayables de lourdeur. Sympathique.

Rounders_008_550wCharlot et Fatty font la bombe (The Rounders) de Charles Chaplin
Décidément, ces titres français, c'est un peu n'importe quoi. Dans ce film, Chaplin tente un autre personnage que son clodo habituel, et pourtant on s'évertue à l'appeler Charlot en français. Bon. En tout cas, le voilà un peu plus riche que d'habitude et flanqué d'une épouse marâtre que je vous conseille pas. Elle lui interdit de se bourrer la gueule, tout comme le voisin, ce bon gros Fatty Arbuckle, qui a le même souci. Les deux finiront bien sûr par faire la java ensemble, semant la consternation dans le dancing qu'ils ont choisi. A noter : un troublant plan final, dans lequel les deux ivrognes endormis coulent à bord d'une barque (noyade presque surréaliste filmée dans la longueur), et puis l'agréable plaisir du duo dissemblable de stars, le petit vif et le gros balourd (jamais été un grand fan de Fatty, mais il est plutôt bon ici). A part ça, rien que du coutumier, du bon petit burlesque à base de chutes et de gnons.

edit_previewCharlot concierge (The new Janitor) de Charles Chaplin
Pas terrible, mais on constate quand même que Chaplin fait de plus en plus d'effort, et dans l'écriture et dans la mise en scène. C'est vraiment le premier film de sa carrière où il y a un scénario, même maigre, puisqu'on suit notre héros dans le rôle d'un concierge maladroit, et en même temps une tentative de vol de la part d'un employé d'une banque. Montage parallèle (laborieux, mais quand même), rythme efficace du découpage, et même -ô nouveauté, la présence d'un insert (une cloche qui sonne), c'est du nanan. Pour une fois que ce n'est pas juste un catalogue de baffes... En plus, le film, assez sérieux, se termine sur quelques pitreries marrantes du gars (le petit coup de pied à sa clope, le pistolet entre les jambes, la désinvolture avec laquelle il arrête le brigand), ce qui suffit au plaisir. Après, c'est encore un poil lourd.

Those_love_pangsCharlot rival d'amour (Those Love pangs) de Charles Chaplin
On apprécie que la mise en scène de Chaplin se complexifie un peu. Ce film est sympathique dans son scénario, mais est surtout intéressant dans son montage : variété des décors, dynamisme du découpage, belle lisibilité d'ensemble, ça change du minimalisme un peu bâclé des débuts. On suit cette historiette sans qu'il soit besoin d'intertitres à rallonges, simplement parce que Chaplin a enfin quelques notions d'espace et de continuité des plans. Rien de génial cela dit : on rigole des énormes baffes que s'assènent deux rivaux en amour, point barre. Si, quand même, deux choses intéressantes : ces regards-caméra que Chaplin nous adresse pour nous prendre à témoin de son indignation (on est immédiatement complices avec lui, y compris dans sa méchanceté), et la superbe scène où, les mains occupées à peloter deux donzelles, il leur parle avec les pieds : absurde et génial. Un bon petit moment dans sa filmographie.

Dough_and_DynamiteCharlot mitron (Dough and Dynamite) de Charles Chaplin
Très grand moment, là, franchement, pour ce film de près de 30 mn qui montre enfin un Chaplin en pleine possession de ses moyens, et d'acteur et de metteur en scène. Montage dynamique, scénario simple mais bien rempli, profusion de gags impeccables, c'est du bonheur. Ça aurait aussi bien pu s'appeler "Charlot briseur de grève", puisqu'on y voit notre héros remplacer sans aucun scrupule des boulangers sous-payés qui se mettent en grève ; Charlot est apolitique, voire un peu douteux question morale (ce que semblent confirmer les gigantesques baffes qu'il assène aux grosses bonnes femmes uniquement pour le plaisir des yeux). Le film se déroule bien sur fond de crise, mais notre clodo s'en balance. Baste, le film n'a pas de fond, c'est juste de l'amusement, et on est servis. Les meilleurs moments sont ceux où on voit simplement Chaplin déployer toute une série de gags autour d'une seule minuscule idée, en plan large et caméra fixe : comment balancer la meilleure baffe, comment éviter de se cramer avec le four, comment se dépêtrer de la pâte collante, ce genre de choses. Il y a trois ou quatre espaces différents que la mise en scène rend très lisibles les uns par rapport aux autres, quelques gros plans (les premiers vrais de sa filmographie) qui marquent des points (celui, quasi-eisensteinien sur les comploteurs préparant un attentat), et un rythme effréné communicatif. J'achète.

tumblr_lw151qZY1n1qbaielo1_500Charlot et Mabel aux courses (Gentlemen of Nerve) de Charles Chaplin
Pas grand-chose à signaler sur ce petit film agréable mais pas très original. C'est toujours un plaisir de retrouver notre petit couple Chaplin/Normand, de voir notre héros distribuer les coups de pied au cul et autres gifles (une nouvelle attaque est peaufinée dans cet opus : la morsure de nez), de constater combien il sait fabriquer des gags avec n'importe quoi (une bouteille d'eau, une paille, un trou dans une palissade), combien ses mimiques sont toujours impeccables (ça va de tenter de se cacher dans un trou de 2 millimètres à dragouiller la jeune première à base de trous dans son chapeau). Mais disons que ce film-là ne rajoute rien à la gloire du maître. C'est plaisant, ça va sans dire, mais pas vraiment génial.

His_Musical_CareerCharlot déménageur (His musical Career) de Charles Chaplin
Notre gars se fait déménageur de pianos, vous imaginez à l'avance le genre de gags que ça peut donner. Ça les donne, un peu sagement et sans surprises, mais ça les donne bien. Le plus savoureux est celui de cette mule qui quitte le sol sous le poids du piano qu'elle tire (voir photo), un gag qui ressemble plus à du Keaton, d'ailleurs qu'à du Chaplin : il est rare, à cette époque, que l'humour vienne de quelqu'un d'autre que lui, appelons ça du narcissisme si vous voulez bien. Le reste se déroule gentiment, avec ce qu'il faut de chute de piano dans les escaliers, de tours de reins et de petites mimiques rigolotes. On aura au moins appris qu'il est malaisé de déménager un piano sans poser sa canne.

his_trysting_place_keystone_bigCharlot papa (His trysting Place) de Charles Chaplin
Ce ne décolle pas plus avec ce film-là, poussif et vraiment léger au niveau de la trame. On dirait que Chaplin est revenu à ses tout débuts (c'est-à-dire... au début de l'année, oui) avec ce scénario super simpliste et ne reposant sur rien. Un quiproquo à propos d'un échange de manteau, et la femme de Charlot le prend pour un mari volage, hi hi hi, elle lui met des baffes. Bon. La seule chose notable, c'est donc que le gars est en couple, et même papa d'un charmant poupon. Chaplin, c'est comme dans les cartoons, il peut être alcoolo une fois puis sobre le film suivant, ou papa ici et célibataire plus tard. Peu importe. Peu de gags vraiment bons à se mettre sous la dent dans ce film en tout cas, même si on apprécie le fait que, pour une fois, c'est Chaplin lui-même qui s'en prend plein la tête : son épouse ne fait pas dans la mesure quand elle décoche ses gnons. Pour le reste, passons à la suite.

foto4bigCharlot et Mabel en promenade (Getting Acquainted) de Charles Chaplin
Toujours pas mieux avec ce petit film, qui déroule son savoir-faire sans nouveauté. Il y a même très peu de vrais gags, l'essentiel du métrage se passant en plans sur Chaplin qui se cache dans les buissons pour échapper à ses différents poursuivants. Il est vrai que le montage est relativement dynamique, le réalisateur découvrant de plus en plus les vertus du plan court. Surtout, c'est dans ce film-là qu'on se rend compte vraiment d'une des constantes de la mise en scène de Chaplin : le hors-champ n'existe pas, c'est-à-dire que tout ce qui n'apparaît pas directement à l'écran n'a pas d'existence. Ça se traduit ici, par exemple, par le plan où le héros se retrouve entre son épouse et la fille qu'il drague : plutôt que d'affronter la colère de sa légitime, il la pousse hors-champ, comme si ainsi elle disparaissait complètement de son existence. C'est la leçon qu'il a reçue du théâtre, certainement, et c'est vraiment intéressant à observer. Ajoutons que, même dans le champ, pas mal de personnages n'acquièrent une existence que quand Charlot lui-même se rend compte de leur présence (cf le policier qui apparaît dans le dos du gars, mais qui ne peut taper que quand Chaplin l'a repéré). Théorie, tout ça, qui ne donne pas plus de peps à ce petit film quelconque.

edit_previewCharlot nudiste (His prehistoric Past) de Charles Chaplin
Et on termine cette florissante année 1914 et la série "Keystone" par un film érotique, enfin quasi, puisque Charlot se retrouve habillé de peau de bête pendant la Préhistoire et entouré de centaines de jeunes filles girondes qu'il peut tripoter à son aise. Sur le papier c'est prometteur (et Keaton fera, lui, de cette même idée un film délicieux), mais le résultat est assez poussif. C'est peut-être dû au fait que de nombreux gags sont... verbaux, ce qui, pour un film muet est un peu ballot. Du coup, les intertitres se multiplient pour balancer quelques vannes pas super finaudes (sauf quand il réplique à un roi qui a 100 femmes : "Vous avez l'air très en forme pour un gars qui a 100 belles-mères"), et les gags visuels sont rares. Une fois qu'il a trouvé celui où il s'essuie les pieds sur un esclave, il le reproduit 200 fois, c'est lassant. Une année qui se termine sur un film dispensable, donc, en espérant que le changement de maison équivaudra à un retour de génie.

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