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Pour ceux qui auraient tendance à trouver les films de Sundance un peu tièdasses (et on peut pas dire que le dernier que j'ai vu en date, MMMM de Darkin, leur donne vraiment tort) qu'ils aillent faire un tour du côté de ce Bellflower qui envoie du bois (et des flammes, surtout). Rien n'est pourtant vraiment fait pour nous rassurer au départ : on assiste aux sempiternelles friend stories et love stories entre trentenaires branle-le-jonc (on n'en verra jamais un vraiment taffer, quand ils se cuitent c'est à mort, ils craquent leur melanco au fond des caboulots, préfèrent Mad Max à Bresson (private joke)...) ; on suit en particulier les gars Woodrow et Aiden, potes à la vie à la mort, qui tripent sur les lance-flammes et les engins apocalyptiques (a fait du mal à plus d'une génération, Mel Gibson...) puis le gros coup de cœur entre Woodrow et une certaine Milly (se sont rencontrés en bouffant des criquets lors d'un concours à la con - la touche originale incontournable -, partent en bagnole en direction du Texas juste pour le fun et picolent comme des trous entre deux ptits regards en coin plein de complicité...)... Ajoutez à cela une image jaunâtre, genre, et un montage qui part en vrille à la pseudo Lynch, le fait est qu'on n'est po vraiment serein. Mais c'est po tout. Comme Glodell semble combler les trous de la narration en enquillant les vingt-cinq meilleurs titres de tous les temps de son I-Pod (la musique est cool mais bon...) et que les dialogues sont ponctués de "awesome" (les potes) et de "cute" (les tourtereaux) toutes les deux lignes, on a beau se dire que c'est un premier film, on s'attend au pire... Bon, j'ai fini avec les réserves, me suis bien défoulé, est content le gars, le temps est venu de positiver.

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On part de la fiction (Mad Max, donc...) pour aller à l'historiette à la coule mais forcément tout cela, à l'image de cette bagnole d'enfer prénommée Medusa, va finir par déraper... Suite à une petite tromperie de la Milly (avec son coloc pas franc du collier) et à un putain d'accident, dans la foulée, du gars Woodrow, le film va commencer à partir grave en live... Woodrow ayant mangé sa race physiquement et moralement, on sent en effet méchamment la pression monter entre voisins... Dire que le film part à feu et à sang serait définitivement un euphémisme. Entre règlements de compte dantesques, vengeances tordues et furieux vrombissements de moteur, on aura notre lot de vision hallucinée et hallucinante. Est-on dans l'onirisme pur, dans le cerveau détraqué d'un personnage, dans une réalité hyper-violente ? Glodell sait jouer avec nos nerfs (et avec son montage) pour nous faire danser jusqu'au bout d'un pied sur l'autre... Au final, ben bien sûr qu'il y a des défauts, mais le film possède une vraie fougue, un véritable côté incandescent qui finit par mettre le feu aux poudres au mignonnet film indie sundancien "de province". Bref, on suivra avec plaisir, selon la formule consacrée, le prochain opus du gars Glodell (producteur, scénariste et acteur, pour la peine) en espérant qu'il continue à péter le feu.   (Shang - 03/04/12)

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Mmmmm, moi je suis resté plutôt du côté du premier paragraphe de mon camarade, préférant même, je l'avoue, la première partie du film à sa partie défouloir parfaitement inepte. Oui, à la rigueur, cette petite chronique d'une camaraderie sans barrière entre Woodrow et Aiden a un certain charme, même ensevelie sous ces filtres jaunes immondes, ces mouvements de caméra absurdes ou ces effets de style mystérieux (pas bien compris ce trucage qui consiste à flouter la moitié droite de l'écran, moi). Il y a derrière ces chichis de jeune cinaste tendance une certaine sincérité dans ce portrait de deux camarades à la vie à la mort, communiant dans un même culte enfantin (Mad Max comme totem emblématique de leur union, comme d'autres choisirent 37°2), et il fait bien de nous les montrer totalement déconnectés d'un quelconque milieu social (pas de boulot, pas de famille, pas de passé). Cette première partie est finalement la plus onirique, développant une sorte d'utopie de l'amitié qui serait absolument sans nuage, fusionnelle et gaie : quand on boit, c'est jusqu'à la folie, quand on aime un film c'est jusqu'à l'obsession, quand on se bat c'est contre des gars dix fois plus balèzes, etc etc. On oublie la laideur infecte du film pour se laisser aller à cette naïveté agréable.

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Ca se gâte à l'arrivée de cette histoire d'amour improbable. Oui, à 15 mn du début, quoi, je sais. Non seulement on ne croit pas à ce couple désaccordé et absolument pas glamour, et donc à cette folle passion qui va perdre notre gars Woodrow, mais le réalisateur lui-même semble dès lors un peu perplexe par rapport à ce qu'il pourrait bien en tirer lui aussi. Du coup, le scénario devient complètement erratique, on accumule les scènes les unes sur les autres façon sandwich en cultivant roublardement une hétérogénéité crétine : on nous emmène sur une piste, puis hop on efface et on part sur une autre, tout en faisant facilement passer ça pour un style, tout en mettant ça sur le compte d'un cerveau détraqué. C'est un peu court, Glodell le sent bien, et comble le manque de substance par une surrenchère d'effets de plus en plus immondes : caméras à l'envers et filtre sur filtre, musique tendance et violence esthétisée, on a vite le coeur au bord des lèvres devant cet habillage façon Haribo. Le sujet intéressant, l'amitié, disparaît derrière le vide abyssal de cette tragédie dans une tasse de thé, le personnage de Aiden est sacrifié pour celui autrement moins palpitant de la blondasse cool, et le tout se termine dans un discours post-baba et apocalyptique beaucoup trop emphatique pour la petite historiette qui nous est racontée. Moi, quand on me quitte, franchement je sors pas un lance-flammes, hein. Un film Sundance, quoi. Il faudra peut-être un jour que j'arrête de me faire du mal en regardant ce type de machin.   (Gols - 03/01/13)

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