ct-6163Sous ses allures de brillantissime divertissement vintage, Catch me if you can contient les obsessions habituelles de Spielberg, of course : c'est son 800ème film sur la paternité, ou plutôt la recherche d'icelle, thématique douloureuse et intime qui va se nicher jusque dans ses purs films d'action (Indiana Jones ou Tintin). Ici, c'est l'occasion d'un élégant mélodrame sur le thème du père looser que le fils idéalise et auquel il va essayer de retrouver une fierté. C'est vraiment le diamant qui brille tout au fond de ce film ébouriffant et échevelé (on peut être les deux), la douleur infime qui sous-tend le cinéma du gars Steven depuis toujours. Quand ce père "idéal" est incarné par Christopher Walken, on peut s'attendre à du lourd niveau émotion ; on en a : l'acteur est superbe, écrasant sans problème les rôles principaux. Il arrive à exprimer le désarroi en même temps que la flamboyance, le doute en même temps que l'orgueil. Dans ses baskets, Spielberg, de son côté, met en scène avec beaucoup de sensibilité et de force cette perte de repère paternel : Di Caprio qui contemple da35ns l'ouverture d'une porte (un plan digne de Kazan) ses parents qui dansent, ou le même, plus tard, qui aperçoit à travers une vitre la vie de famille dont il a été privé (Spielberg n'y va pas avec le dos de la cuillère, certes, avec cette petite fille/miroir, avec Nathalie Baye nimbée d'une lumière bourgeoise qui tranche avec le paysage enneigé de l'extérieur, avec ces expressions désolées d'un Di Caprio encore un peu maladroit dans ces scènes-là, mais ça fonctionne en tant que pure scène de mélodrame) sont des moments vraiment superbement réalisés et montés. Le cinéaste a beau nous faire croire qu'il réalise un divertissement, on voit bien qu'il y a sous les ors une couche de tristesse qui imprègne tout le film. Le transfert de père (de Walken à Hanks) se fera certes à grands coups de morceaux de bravoure hollywoodiens, mais on sent que l'ersatz que le héros va trouver dans le flic austère est loin du fantasme familial initial. Il y a aussi, osons, une sorte de nostalgie d'un certain cinéma qui accompagne cette quête du père : le monde de Walken/Baye est celui du grand cinoche à l'ancienne (couleurs, costumes, glamour) ; celui de Hanks est infiniment plus glaçant et moderne (on a parfois l'impression d'être dans une série policière récente). Bon.

18En plus, le film fait brillamment l'apologie du mensonge, donc, suivez mon regard, du cinéma : difficile de ne pas voir un autoportrait de Spielberg dans ce jeune garçon qui atteint la gloire (et la richesse) grâce à son talent pour mentir et fasciner les foules. "Plus c'est gros, plus ça passe", semble dire le héros, et quand on se souvient des films du maître, on acquiesce. Très jolis moments que ceux où Di Caprio fabrique ses mensonges de façon artisanale (les autocollants qu'on enlève de jouets pour les recoller sur des cartes officielles), ou quand on le sent complètement inadapté à la dimension du mensonge qu'il a créé (il gerbe devant le gars qu'il est censé opérer, il a le mal de l'air en avion), comme si Spielberg revenait sur ses débuts pour nous raconter combien il est resté un gosse maladroit au sein des grosses machineries qu'il a réalisées.

Profond, le film sait l'être donc, et puissamment visuel aussi (ce tunnel symbolique de la fin, cette France artificielle recréée en studio, la patine 60's magnifique). Mais ce qui reste surtout, c'est le simple plaisir de se couler dans cette histoire rocambolesque, contée avec maestria, narrée avec un sens du rythme et du détail imparable. Les acteurs s'amusent, nous aussi, on rit beaucoup, et c'est bien assez. Du générique (hommage à Saul Bass) jusqu'à la fin, c'est un bonheur enfantin et total. Grand film, puisque film de Spielberg.