Un_roman_d_un_tricheur_01J'avoue ne pas être client de Sacha Guitry, que ce soit pour ses écrits ou pour ses films. J'ai bien voulu tenter la revoyure de ce film considéré comme un des chefs-d’œuvre éternels de tous les temps, et le constat est malheureusement le même : je vois mal où est le génie là-dedans, tout m'a paru poussiéreux, laborieux, maladroit et très fier de lui. Notons tout de suite la véritable trouvaille du film : Guitry y tente une sorte de "roman cinématographique"en n'utilisant presque exclusivement que la voix-off ; c'est lui qui raconte, à la première personne, les images ne servant que d'illustrations au récit, y compris dans les dialogues. Omniprésence donc de l'auteur (dont la vanité n'est plus à raconter), mais aussi véritable invention formelle qui permet d'adopter un réel point de vue subjectif sur la vie du personnage, et également de parvenir à ce concept parfait rêvé par Godard ou Truffaut, la "caméra-stylo". C'est vrai que le film est très intrigant et moderne de ce côté-là, et que Guitry remporte l'adhésion en ne se séparant jamais de ce parti-pris, éminemment cinématographique, sorte de traduction de la littérature en termes de mise en scène. Dommage qu'il abandonne brusquement cette idée le temps d'une scène complètement inutile, existant visiblement pour le seul plaisir de filmer sa complice Marguerite Moreno.

03L'histoire est plaisante, certes, et agréablement racontée : la vie d'un homme qui perd quand il veut être honnête et gagne quand il escroque, dessinant le portrait cynique d'une société corrompue, et qui prend souvent des airs de rebelle insolent pour aborder le thème de l'innocence. Amours calculatrices, associations de malfaiteurs, tours de passe-passe, arnaques diverses, on sent Guitry jubiler à l'idée de nous faire découvrir que le monde est malhonnête, vénal et perdu ; il use du ton sarcastique qu'on lui connaît depuis toujours, jouant avec fatuité le dandy revenu de tout et commentant la vanité de l'existence. C'est là que le bât blesse : Guitry est prétentieux et satisfait, alignant les bons mots fatigants, usant de ce petit ton bourgeois et confit de crânerie qu'on déteste chez lui. Du coup, la fraîcheur du film (le jeune interprète du début du film est délicieux) se perd dans cette prétention de grand Artiste auto-célébré, et Guitry finit par ne plus contempler que son propre nombril, parfaitement fier de ses formules d'auteur de boulevard célèbre. Comme en plus, prises en elles-mêmes, les séquences sont très poussives (le cambriolage de la bague à l'hôtel, interminable et complètement à côté de la plaque au niveau technique), que le montage est fait à la va-comme-j'te-colle, et que le scénario devient bancal à de nombreuses reprises (le faux rythme absolument pas tenu), on en a vite marre de regarder le bougre se rouler dans ses bons mots surannés en négligeant la construction de son récit et la technique de son film. On apprécie, c'est vrai, les quelques innovations (regards caméra lors du défilé de déguisements du sieur, caméras subjectives), mais ça ne suffit pas à tenir l'intérêt sur 80 minutes. Non, vraiment, pas pour moi.

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