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Pour tous ceux qui croiraient que nos amis les Chinois s'enrichissent comme des dingues, je leur conseille ce doc de Lixin Fan (montée par Mary Stephen, mais si, allons, la monteuse de Rohmer...) qui, pendant trois ans, à filmer les Zhang... Ce couple de "provinciaux" trime toute l'année dans une grande ville sur des machines à coudre (des vêtements exportés à faible coût : je ne vous fais pas de dessin pour vous laisser deviner, entre les entreprises chinoises de fabrication et les entreprises occidentales de distribution, qui se fait de la marge au passage) et, à l'heure du nouvel an local, a la "possibilité" de revenir dans une village du Sichuan, leur province natale, pour retrouver leur fille et le gamin qu'élève la grand-mère fermière. Non seulement le voyage est un véritable parcours du combattant mais, en plus, la fête annoncée des retrouvailles n'est pas forcément la fête du slip : ben ouais, pasque la grande fille en particulier, qui n'a finalement jamais trop eu l'occasion de vivre avec ses parents, ne se sent guère d'atomes crochus avec ses géniteurs...  Pour notre couple de forçats qui semble prêt à faire tous les sacrifices pour que les deux enfants puissent continuer au maximum leurs  études, la réalité est amère : la chtite ne se sent pas franchement redevable de quoi que se soit (ne faisant que constater leur manque d'affinité) et éprouve finalement le désir de lâcher l'école pour gagner sa vie à son tour... quitte à travailler dans une usine puis ensuite comme simple serveuse dans une boîte de nuit de Shenzen.

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Lixin ne nous épargne rien des heures d'attente de ces migrants, qui, chaque année, doivent lutter comme des fous pour trouver une place dans un train ni de la tension terrible qui va finir par littéralement exploser entre la jeune fille et son père : au cours de l'un de ces "nouvel an" (joie et prospérité) celle-là va envoyer celui-ci se faire voir ailleurs (pour être poli) ce qui va provoquer une grosse colère du pater ; il va tomber à bras raccourcis sur la gamine qui ne va pas regretter (si je puis me permettre) le voyage. Autant dire que le grand repas de rassemblement qui s'en suit vire méchamment à la soupe à la grimace. Lors de cette scène d'une violence presque insoutenable, on se dit que Lixin a tout de même cet indéniable talent de faire - quasiment - "oublier sa présence", tout comme on reste pantois lors de ces scènes de mouvement de foule, lorsqu'il parvient à garder sa caméra en main... Le doc atteint ainsi à une évidente véracité pour ne pas dire "crudité", qui prouve, s'il en était besoin, que derrière le terme galvaudé "Les Chinois" se cachent des individus qui, individuellement, de génération en génération, encore aujourd'hui, en chient leur mère. Dont acte. 

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