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Il est charmant ce petit film, léger comme une plume et inconsistant comme une comédie des années 20. Encore une fois, l'univers de Abel et Gordon fait merveille à l'écran, grâce à ce sens du gag sans prétention, direct et simple, qui cultive l'absurde tout en prenant place sur un fond ordinaire et banal, grâce à cet humanisme bienveillant toujours réconfortant, grâce à ces décrochage chorégraphiques qui n'appartiennent qu'à eux. Les références sont plus qu'explicites, Chaplin, Keaton, Tati, toute l'histoire du cinéma visuel et tendre, populaire et divertissant. C'est la rencontre entre un veilleur de nuit lunaire et une fausse fée enfantine, qui se déroule en plein Havre (très joliment cadré comme une station balnéaire), et accompagnée de quelques personnages secondaires décalés : un patron de bistrot myope ("L'amour flou", qu'il s'appelle, son bar), une équipe de rugby féminine, un bébé casse-cou, des candidats à l'immigration clandestine, un duo de flics à VTT et un Anglais à chienchien. Beaucoup de gags fonctionnent, surtout ceux qui flirtent avec une certaine insolence : Fiona qui avale des médicaments comme des bonbons avant de s'écrouler comme une masse, un bébé balancé d'une falaise (...), un chien coincé dans les égouts, un accouchement à mains nues sur le coin d'une terrasse d'immeuble... Le film est gentil, mais parfois il y a comme ça des pointes de sarcasme qui sont précieuses. Il y a surtout un sens des corps qui, une nouvelle fois, remporte complètement le morceau : Fiona Gordon, surtout, est un des physiques les plus intrigants du cinéma, avec ces jambes musclées, cette façon de bouger à la fois virile et gracieuse, cette recherche d'une certaine brutalité qui mène à la beauté et à la légèreté pure. Les quelques scènes de danse, qui s'assument complètement comme des digressons dans l'intrigue, sont en ce sens magnifiques, car elles ne cherchent pas la prouesse, mais simplement la complicité parfaite entre ces deux corps étranges. De même que les scènes de poursuite dans la rue, jolies parce que simplement vouées à l'énergie des mouvements, à la grâce des corps. Nul doute que le duo fonctionne, comme des clowns poétiques et modernes. Nul doute aussi que les scènes sont millimétrées, tant au niveau des cadres (impeccables) que des idées.

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Mais voilà... On sent, après 3 films, un certain essoufflement de la part des cinéastes. Ils refont ce qu'ils savent si bien faire, c'est donc agréable, mais on aimerait maintenant les voir sur d'autres domaines, peut-être un peu moins lisses, peut-être un peu plus risqués. L'intrigue est relâchée, les rythmes ne sont pas toujours bons, et certaines séquences sentent le remplissage "pour faire long métrage", comme la scène, pourtant réussie en elle-même, de la chanteuse rugbyman, ou comme celle, plus poussive, de l'homme qui vole. On apprécie cette poésie, certes, mais on voudrait que Abel et Gordon affrontent maintenant la réalité, comme ils semblent vouloir le faire à travers ce trio d'immigrants africains : on ne comprend pour l'instant pas du tout la nécessité de cette petite touche politique dans le film ; elle se justifie par le contexte géographique (Le Havre et son ouverture sur l'Angleterre), mais elle ne donne rien à l'écran, aboutissant même à un gag récurrent vraiment raté (les gars qui s'enferment dans le coffre d'une voiture pour traverser la Manche, et qui en sortent toujours du mauvais côté). A mi-chemin, le rythme devient sporadique, l'intrigue se perd complètement (adieu, l'idée pourtant mignonne de la fée cleptomane) et l'ennui rôde. Considérons ce cycle comme une trilogie terminée, et attendons de voir le prochain, en espérant que nos précieux compères vont arriver à pousser le bouchon un peu plus loin, et à abandonner leurs pantoufles. (Gols - 02/10/11)

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19773655Le Havre était décidément The ville cinématographique de 2011 et The ville des petites gens : Dom et Fiona vivent d'amour, d'eau salée et de sandwichs au pain de mie - avec beaucoup du ketchup (c'est la dèche à ce point en France ? On se croirait presque dans The Road de McCarthy... Quelqu'un peut-il me confirmer en France qu'il a les moyens de s'abonner à internet, svp - sinon je n'écris plus qu'en chinois - ahah). Le fil du film repose en effet sur po grand chose, les petits gags croquignolets (le chien dans le sac, la femme cachée dans le manteau de Dom - photo ci dessus) ou plus ébouriffants (le bébé sur le coffre arrière de la voiture) s'enchaînant avec des séquences plus molles du genou : elles sont effet plutôt originales, ces finaudes chorégraphies (la scène sous-marine visuellement très réussie), mais elles tirent aussi parfois un peu en longueur... Du coup entre deux petits rires secs (nos héros ayant le don de se retrouver dans des situations... peu banales), il y a parfois de longs couloirs (jamais été un grand fan du rugby féminin... Ça va continuer) de petits riens - on aurait pu couper une bonne demi-heure du film, plutôt d'accord là-dessus. Dom et Fiona avec leur faciès de Pierrot - et de Pierrine - lunaires tentent de saisir leur chtite parcelle de bonheur dans ce monde étrangement désert et silencieux (ils n'avaient pas les moyens de s'acheter des figurants ou ne reste-t-il plus qu'une poignée d'habitants au Havre ? Si vous êtes au Havre et que vous avez internet, faites-moi signe pour me rassurer). C'est marrant sinon - si j'ose dire - cette petite touche politique sur ces trois blacks qui veulent se rendre en Angleterre, comme si Kaurismaki et le trio de réalisateurs de La Fée avaient décidé de s'échanger des idées ; dommage qu'ici nos trois candidats à l'émigration clandestine se retrouvent sur le même plan que les autres personnages : finalement simplement de la chair à gags sans vouloir être mesquin. La Fée demeure un film très léger, sans doute un peu trop, mais qui repose l'esprit par cette gentille et gracieuse mise en scène de la futilité des choses. (Vous m'en ferez quatre pages). (Shang - 07/03/12)