VIDEO-Fin-de-concession-Pierre-Carles-contre-TF1-qu-en-pensent-les-critiques_image_article_paysage_newDernier (?) volet de la trilogie carlesque consacrée aux médias, Fin de Concession est un étrange objet malade et bancal, passionnant par endroits, un peu gênant à d'autres. Mais comme il porte en lui sa propre critique, c'est difficile de charger le bon Pierre Carles : le film est une sorte de constat de défaite, un bilan complètement désenchanté de 15 ans de combat anti-télé commencé avec Pas vu Pas pris, et qui se termine ici dans une amertume prégnante. Le projet initial : retourner une nouvelle fois au front pour dénoncer le renouvellement automatique de la concession de TF1 depuis sa création. On part d'un film montrant l'audition de Bouygues, Tapie et consorts pour obtenir la concession (avec promesses de chaîne culturelle parfaite, opéras, théâtre, création française), et on suit tout le cursus des concessions (au second sens du terme) que l'état et les instances audiovisuelles ont accepté pour que TF1 devienne l'empire inattaquable d'aujourd'hui. Ça, c'est donc le projet de départ. Mais, fidèle à son style "work-in-progress", Carles regarde peu à peu le film lui échapper, et on assiste en direct au naufrage de ce projet. Le responsable : lui-même. Carles est devenu trop connu, la télé sait maintenant parfaitement gérer les critiques, sait même faire entrer ses trublions directement dans son système, et le résultat est cinglant : à chaque fois que Carles attaque, il est au mieux ridicule (une salve d'insultes de collégiens lancée à un Franz-Olivier Giesbert complètement indifférent), au pire récupéré : Cavada, Pulvar ou Lucet connaissent leur Carles sur le bout des doigts et le manipulent à loisir, usant du charme et de la flatterie en maîtres. Le film, finalement raconte ça : le renoncement, la nécessité de changer les angles d'attaque, et l'impossibilité de rester un rebelle dans le monde hyper-cadré de la célébrité.

arton10917-ef015Le cinéaste s'en met honnêtement plein la gueule, allant jusqu'à filmer sa productrice désespérée par le résultat, regardant dans la longueur ses pitoyables tentatives de faire son rebelle. Attaquer une petite chaîne câblée en Uruguay, s'en prendre à un Mougeotte malade et vieillissant, tenter par tous les moyens de rencontrer Chancel dans l'unique but de l'éreinter, c'est pas très glorieux, et le gars ne cache pas ces combats de pacotille. Il s'interroge même plus profondément et plus intelligemment sur sa fascination pour les célébrités, sur le sens de sa colère, sur le vrai but de son cinéma. Du coup, Fin de Concession a un aspect presque mélancolique, malgré son humour, ça sent la fin de quelque chose, et le montage entre le premier film de Carles et celui-ci n'est pas vraiment à la gloire du dernier. Revenu de tout, le gars réalise une dernière demi-heure gênante, et de ce fait intéressante : puisque désormais il ne peut plus s'attaquer aux acteurs de la télé par le biais du piège rhétorique et de la discussion, il prend ni plus ni moins le maquis, et devient un vrai militant révolutionnaire. Il va faire des repérages devant le siège du "Dîner du siècle", rassemblement de journalistes, de politiques et de dirigeants, pour en perturber le déroulement avec de vraies manifs ; il arrête les présentateurs de télé directement dans le hall de la chaîne ; ou, acte ultime et ridicule, il repeint le scooter de Pujadas en or, dans un moment dérangeant à mort, entre provocation à deux balles et vrai vandalisme punk. Le film est rempli d'images d'archives délicieusement caustiques (Sarko jeune qui défend TF1, Tapie qui donne des cours de com à Bouygues...), et d'interviews virulentes (Mélenchon, Montebourg), mais c'est une tristesse sourde qui reste en tête après ces deux heures d'auto-critique. Où Carles va-t-il aller maintenant ? Je dirais soit en dépression, soit dans le maquis.

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