imagesL'Occupation est à l'origine de la très belle œuvre cinématographique, L'Autre, signée Bernard et Trividic. Annie Ernaux livre une réflexion aux allures très personnelles sur la jalousie. Un homme, vous quitte, il est avec une autre femme et... Comment parvenir à accepter cette douloureuse épreuve ? La réponse la plus simple semble, pour Ernaux, de l'écrire. Elle s'y attelle avec une recherche constante des mots justes pour traduire ses états d'âme, son obsession de cette autre qui a pris "sa" place, ce combat incessant pour tenter de savoir qui elle est, comme pour mieux parvenir, dans une sorte d'étrange catharsis, par s'en défaire, par l'oublier... L'épreuve est forcément ardue, surtout lorsque l'imagination prend le pas sur la réalité : on se met à la voir partout, à l'imaginer forcément dans l'intimité de celui qui avant était "sien", à se miner la tête à se demander pourquoi l'on n'est maintenant que la seconde - son ex continuant d'avoir des rapports - parfois sexuels - avec elle. Il y a aussi dans ces pages, dans ces brefs paragraphes où résonne la douleur de la perte, tout ce qu'on l'on voudrait dire clairement, précisément, à cette personne que l'on a aimée, qui nous a aimé et qui nous a finalement "trompé"... mots que l'on est jamais parvenu à dire quand bien même on avait trouvé la "formule parfaite" - " (...) j'aurais voulu proférer sur-le-champ ma phrase "qui tue" , transporter ma réplique travaillée, parfaite, du théâtre de l'imaginaire à celui de la vie". La période de deuil est forcément délicate pour parvenir à extraire de soi celui qui nous a littéralement habité - sentimentalement, sexuellement... - par le passé : les dernières pages plus apaisées semblent montrer que le but à été atteint au prix d'un épuisant travail à chercher à décrire sa folle jalousie, à l'écrire... Sobre et juste.   (Shang - 19/02/12)


41X8RQPX92LAnnie Ernaux est jalouse. Du moins elle le fut. Et c'est forte de cette expérience passée, désormais terminée, qu'elle nous livre ce journal embarqué à bord d'une obsession maladive. Obnubilée par la nouvelle compagne de son ex, elle rend compte avec précision des sentiments éprouvés, de cette "occupation" de son esprit et de son temps qu'accaparrent l'enquête un peu honteuse pour tout connaître de la nouvelle élue, la sorte de masochisme délicieux qui consiste à se gratter là où ça fait mal, les mille et un scénarios fantasmatiques élaborés autour de ce mystère : qui est l'Autre, et que fait-elle en compagnie de l'homme qu'on a aimé ? Tout est juste dans ce texte très ramassé, regroupé en une poignée de courts paragraphes concis et coupants. Quiconque a ressenti un jour la pointe de la jalousie titiller ses entrailles ne peut que se reconnaître, à un moment ou à un autre, dans cet exposé des comportements pathétiques qu'elle provoque. A deux doigts de la folie, mais reconnaissant dans le même temps la puérilité de ses réactions, Ernaux brosse un autoportrait assez sévère sur cette période de sa vie. Trop court pour vraiment être solide et intéressant, le livre n'en est pas moins captivant par endroits, et on redécouvre que cette auteur sait comme personne raconter en peu de mots un état de conscience, une tranche de la vie des femmes (et des hommes) d'aujourd'hui, sans jamais paraître auto-centrée ou fabriquer de la littérature bourgeoise. L'Occupation sent la vérité, on s'y reconnaît sans souci, et on aurait aimé que ce long article se transforme en livre...  (Gols - 04/08/18)