La Fille du Désert (Colorado Territory) (1949) de Raoul Walsh
C'est vrai qu'on commence un peu d'attaquer les fonds de tiroir en ce qui concerne les films noirs, mais il y a toujours une petite perle à découvrir, cachée sous un vieux mouchoir en soie... Cela dit, quoi de mieux après quelques poignées de vieilles série B, qu'un western de série A ? On s'attaque à du Walsh, c'est po de la ptite laine et disons-le franchement, ce Colorado Territory n'est franchement que du bonheur. Un héros (Joel McCrea) qui pourrait peut-être entrevoir la voie de rédemption (on peut toujours prier dans le désert... ou sur un sol lunaire), une beauté blonde (Virginia Mayo) peut-être un tantinet vulgaire (où trouve-t-elle son rouge à lèvres dans le sable ?) à se damner, de l'action en veux-tu en voilà (attaque de diligence aux petits oignons, braquage de train à tomber...), des paysages qui font froid dans le dos (La Vallée de la Mort et cette Cité de la Lune qui portent bien leur nom), de la trahison qui se paie haut et court... Cette version westernienne de High Sierra (cela fait forcément tilt dans la dernière partie... On est finalement pas si loin du noir...) est une réussite indiscutable - et indiscutée, nan ?
Quand Wes McQueen (McCrea) parvient à s'échapper de prison grâce à une chaussette en laine filée par sa grand-mère ("Ah, il est bien gentil, mon petit, peut-être un peu espiègle... - Oui enfin, il a quand même braqué une poignée de banques, mère-grand"), on sent qu'on est déjà dans de l'amour (filiale). McCrea dans sa cavale aura d'ailleurs l'occasion de passer par toutes sortes d'émotions et de relations : la bonne amitié franche, l'amour trahi, la tentative de coup de poignard dans le dos par ses associés, le grand amour... Il y a de quoi vibrer, mes amis. On vibre d'ailleurs tout autant et avec le même petit filet de salive au coin des lèvres (non point que je devienne gaga - quoique... - juste par plaisir gourmand cinéphilique) lorsque l'on enclenche la quatrième vitesse : rarement vu des chevaux aussi bien filmés - ces plans légèrement de traviole sur des bourrins lancés à fond les bidons lors d'une course poursuite de folie (les chevaux de la diligence te prennent de ces virages au cordeau !...) - et une attaque de train aussi maline : McQueen sait qu'il se rend directement dans la gueule du loup (se sachant attendu au tournant par ses "associés" et par les hommes du shérif alertés) mais c'est un rusé renard qui sait se méfier des corbeaux... Petite balade sur le toit du train en toute décontraction et petite leçon de survie donnée à chacun. On applaudit à deux mains.
Mais Colorado Territory narre aussi la rencontre avec la sauvage (cachez ces seins que je ne saurais voir - par pitié) Colorado Carson. McQueen a beau lui jeter à peine un regard lors de leur première rencontre - la blonde est chafouine, certes -, jeter son dévolu sur une jeune femme bien sous tout rapport (Dorothy Malone qui lui rappelle son amour de jeunesse... C'est jamais bon les transferts, mon ami...), il finira bien par se jeter à ses pieds. Il y a la séquence incontournable dans une église désaffectée qui le fait bien et on sent que notre couple de tourtereaux n'est finalement pas si loin du ciel sur terre... sauf que, sauf que, quand tu as trois mille hommes à tes trousses dont des indiens à l’œil perçant et 20.000 $ de récompense sur ta tronche, ça sent la tragédie. Sitôt que l'intrépide McQueen avec quelques impacts de balles dans le corps se réfugie dans une ville fantôme, tu te mets à penser maladivement à High Sierra et tu sais qu'il faudrait plus qu'un miracle pour que notre couple s'en sorte indemne... ; coup de bol, il n'y a po de chien dans le désert : on pourra au moins épargner une larme si le pire survient... Le final est absolument grandiose, je ne vous dis que ça ; bref, un indéniable incontournable du gars Walsh ("Et mes jambes, tu les aimes, mes jambes ? Poreil...")
Walsh et gros mythe : cliquez
Commentaires sur La Fille du Désert (Colorado Territory) (1949) de Raoul Walsh




























