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Phil Karlson (un des meilleurs artisans de notre petite odyssée sur les films noirs) adapte une pièce de théâtre et fournit un bon vieux huis-clos de base : l'un des témoins majeurs qui devait assister au procès du ponte mafieux Constain (Lorne Green) vient d'être assassiné ; l'ultime espoir pour parvenir à extrader Constain du sol ricain réside dans le témoignage d'une femme (Ginger Rogers is Giuletta Masina, sorry Sherry Conley - grand numéro "théâtrale" pour le coup...) qui se trouve déjà en prison pour une autre affaire. Edward G. Robinson - notre pin's de bulldog préféré - décide, quarante-huit heures avant le début du procès, de l'installer dans une luxueuse chambre d'hôtel. Bien qu'elle soit loin d'être une trompe-la-mort, il pense parvenir à la convaincre de raconter une petite histoire compromettante sur Constain... Mais c'est plutôt très mal parti, la Ginger étant méfiante au possible... Robinson ne tarde point à s'effacer pour laisser notre héroïne, particulièrement forte en gueule, entre les mains de son garde du corps, Brian Keith. Ce dernier, chez lequel on devine une pointe de misogynie, en a vite soupé du petit numéro de victime que joue la Ginger ; cependant, croyez-le ou non, les deux vont finir par s'apprivoiser...

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Karlson est habile pour savoir varier constamment les angles de prise de vue, profitant pleinement du format "anamorphic widescreen" dans lequel son film est tourné - Rogers et Keith aux deux bouts de l'écran après une première petite discussion houleuse, c'est facile mais cela fait son effet. Il peut s'appuyer sur des dialogues au cordeau et sur l'interprétation d'un massif Brian Keith tout en retenu et sur celle d'une Ginger Rogers pétant le feu : elle lâche totalement les chevaux au niveau de la gouaille et même si cela est parfois un peu too much, la confrontation entre les deux individus fonctionne à plein. A force de se tourner autour et de se lancer de petites pointes - le scepticisme de Keith face au bagou et à la verve de Rogers faisant forcément des "étincelles" -, nos deux "clients" vont finir par se lasser de se renvoyer coup pour coup (surtout Keith) et baisser leur garde : une petite danse pour enterrer la hache de guerre et ce sera forcément le moment opportun pour qu'un tueur, sorti de nulle part ou, disons plutôt de la fenêtre, fasse son apparition... Karlson souffle le chaud - sentimental - puis le froid - meurtrier - et relance son intrigue : on est tout de même dans un polar, il ne s'agit pas de s'endormir... La Ginger est forcément morte de peur et semble plus décidée que jamais à ne pas mettre sa vie en jeu pour couler Constain...

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A vingt minutes de la fin, un ptit twist scénaristique survient et va tendre comme un slip en cuir mouillé l'atmosphère de l'appart. Karlson se permet malgré tout quelques "échappées" en extérieur : toute l'intro (une séquence d'ouverture très "léchée" avec l'arrivée en bateau de ce témoin tremblant puis tombant dans les escaliers sous les balles d'un sniper, une course poursuite à deux cents à l'heure pour semer un tueur, un long travelling arrière très coulé pour suivre dans les couloirs la Ginger avant qu'elle ne pénètre dans son antre...), Robinson, dans son bureau, envoyant joliment paître l'avocat de Constain, une scène en sous-sol où est révélé l'un des principaux "dessous" de l'histoire... Il tente également de détendre l'ambiance au sein même de l'appart avec un programme télé ringard (un téléthon animé par un troubadour du Mississippi...) : ce n'est pas d'un haut niveau mais cela permet, mine de rien, d'indiquer l'heure, surtout au moment crucial. Un huis-clos joliment mis en scène, un poil surjoué peut-être, mais qui parvient à tenir en haleine. Encore un joli coup de Phil.   

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