mes-meilleures-amies-de-paul-feig-10468172zeoxdSi Very bad Trip est votre type d'humour, je vous conseille cette version féminine trashyco-gentillette qui marche sur les mêmes sentiers. A la place du groupe de garçons on a donc droit à un groupe de nanas d'aujourd'hui, entendez superficielles, minaudières mais capables aussi de péter un coup ; à la place de la virée à Las Vegas, on assiste à un enterrement de vie de jeune fille qui vire au désastre quand deux demoiselles d'honneur se disputent le privilège d'être la meilleure amie de la mariée. Ça pourrait donner un sketch correct de Florence Foresti, ça donne 2 heures de comédie plus ou moins digeste, plus ou moins rythmée, qui se regarde et s'oublie presque aussi tôt. C'est le syndrome Judd Apatow, qui a je crois co-signé le scénario : on vous fait habilement croire qu'on assiste à une incrrrroyyabbble leçon d'insolence et de scandale, pour mieux vous faire entrer dans la tête les bonnes vieilles valeurs judéo-chrétiennes de base, si bien qu'on se demande si la vraie régression se tient dans les gags pipi-caca-prout du film (et il y en a pléthore), ou dans cette façon de se recroqueviller dans les rances traditions bourgeoises les plus élimées (mariage-patrie-bonheur sucré).

Mes-meilleures-amies-Kristen-WiigBon, ceci dit, le film est parfois très drôle, surtout dans la surenchère des motifs féminins les plus rose-bonbon : la cérémonie où on vous offre des limonades-violette ("Fuck it's so good") et où vous repartez avec des chiots à nœuds cromeugnons, les séances d'essayage de robes à la con, les 42000 grimaces qu'on se doit de faire dès qu'on aperçoit la photo d'un enfant, tout ça est filmé avec un sarcasme assez sain de la part du réalisateur. On se marre bien en voyant que les codes de la féminité sont enfin aussi ridiculisés que ceux de la masculinité dans les autres Apatow-movies. Kristen Wigg, l'héroïne principale, est vraiment parfaite, elle parvient à rester jolie et attachante dans les situations les plus absurdes, et joue la femme d'aujourd'hui, avec tout ce que ça comporte de ridicule, en en sortant la tête haute, pas si facile. Il fallait bien ce talent-là pour atténuer les autres personnages, vraiment monolithiques, à commencer par cette gonzesse obèse (ah oui, les grosses en prennent pour leur grade, hein, on reste dans les codes esthétiques établis, gentil=mince et joli) qu'on fait péter et chier dans les lavabos des fois qu'on n'aurait pas compris qu'elle était grosse. Les gags scato, j'avoue, ça m'a toujours un peu laissé de marbre : je comprends ce qu'il peut y avoir d'audacieux dans le fait de déclencher une crise de diarrhée dans un magasin de robes de mariée, mais le fait est que le résultat est plus désolant qu'autre chose. Peut-être parce que Feig ne sait pas s'arrêter, n'a aucun sens du rythme des séquences, et prolonge chaque gag jusqu'à plus soif ; peut-être aussi parce qu'il filme ça très platement, sans esprit ; peut-être enfin parce que chier sur une robe blanche a peut-être un poil perdu de son impertinence depuis le mouvement punk il y a 40 ans, et qu'il serait temps d'aller chercher l'impolitesse ailleurs. Car pour le reste, aussi bien moralement qu'esthétiquement, le film est tout à fait normé, hétéro-catho-WASP, et on se gardera bien de déborder complètement du cadre. Une sorte de Pénélope Bagieu crypto-anal, quoi... on peut rêver mieux.