contagion-gwynethSoderbergh revient un peu sur les traces de son grand Traffic avec cette chronique au jour le jour des effets d'un virus hyper-contagieux sur le monde. Depuis le début, et jusqu'à la fin, on suit pas à pas la maudite maladie gagner le monde entier, et on regarde une dizaine de personnages agir vis-à-vis d'elle : il y a les condamnés, les survivants, les médecins, les chercheurs, les patrons d'entreprises pharmaceutiques, ceux qui profitent du virus, etc. Si bien qu'on finit peu ou prou par faire le tour du sujet. Soderbergh est clair et net dans sa narration, malgré la complexité de ses pistes, et s'en tient à un seul sujet : la contagion, point final. Les personnages n'ont quasiment aucune "vie" en-dehors de ces quelques jours de dévastation, on ne perd pas son temps à les charger en passé ou en trames secondaires ; et c'est bien la bonne façon d'aborder les choses. Ça donne une immersion totale et effrayante dans le sujet, et le film, "dés-américanisé" grâce à ce mépris de la sacro-sainte trame, gagne en véracité. On y croit à fond, et on est persuadé que tout se passerait exactement comme ça si un tel virus arrivait (c'est-à-dire si les chauve-souris fréquentaient des porcs, ce qui peut arriver, dites pas le contraire). C'est le côté Traffic de la chose : hyper-documenté, crédible, avec une façon très originale de "mettre à plat" les choses, de les vider d'émotion pour mieux en montrer l'implacabilité. Le film ne manque pas du tout d'émotion, amenée par des personnages touchants et fouillés : Matt Damon très sobre en veuf (et cocu le même jour, diable), qui se paye une série de contagion_0scènes casse-gueule qu'il remporte haut la main ; Jude Law en blogger diabolique, qui rend à merveille l’ambiguïté de son personnage (Messie ou escroc ?) ; Laurence Fishburne dans le rôle de "celui-qui-doit-garder-la-tête-froide" et commet juste la petite erreur qui va le tourmenter ; ou Gwyneth Paltrow qui joue super bien le cadavre blême (le film n'est pas tendre pour ses stars). De l'intime à l'énorme, on assiste à toutes les phases, et s'il n'y avait ce final un peu raté, manquant de courage, on serait pas loin de voir dans ce film une démonstration nihiliste de la dépression profonde de Soderbergh. On est très loin du film-catastrophe traditionnel, plutôt vers une vision apocalyptique d'un futur très proche, un thriller documentaire. Le fait que Soderbergh centre tout sur l'Amérique, et accuse ouvertement l'Asie d'être à l'origine du carnage, peut faire tiquer, et c'est vrai que le film est un peu superficiel dans ses attaques politiques ; mais le fait est qu'on sort du truc complètement convaincu d'être un miraculé et d'avoir échappé de justesse à l'épidémie. C'est donc vraiment réussi, flippant à souhait et d'une implacable sobriété. Un des très bons Soderbergh.