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Une version des plus intéressantes signée Jonathan Miller pour la BBC qui a la bonne idée de transposer Alice, de ce côté-ci ou de l’autre du miroir, en son temps - l’ère victorienne - et qui bénéficie d’une belle brochette d’acteurs dans les seconds rôles (Michael Redgrave dans le rôle de la « chenille », Peter Sellers en roi de cœur, John Gielgud en « tortue », Peter Cook en chapelier fou qui se lance dans une parodie d’Alain Chabat (eh oui…) totalement réussie, ou encore dans Eric Idle dans un rôle de figurants). Miller a la bonne idée de ne pas affubler ses personnages d’affreux costumes (oublions la version de McLeod…) décidant de jouer sur l’anthropomorphisme uniquement aux niveaux des sons : ces personnages qui caquettent sans cesse ou qui se battent « comme des chiens » avec en fond des couinements porcins. A noter également la musique trépidante de Ravi Shankar qui permet de donner un ton singulier voire psychédélique aux errances de notre héroïne dans cet étrange décor champêtre et la malicieuse utilisation des perspectives pour donner l’impression que notre Alice change de taille au cours du récit. L’atmosphère générale est, elle, relativement glauque avec notre héroïne qui donne souvent l’impression de s’ennuyer à cent sous de l’heure dans ce véritable pays de fous… Qui suis-je, où suis-je, quand suis-je ?… autant de questions que la pauvre Alice, "perdue dans son exil physique et cérébral" (c'était tentant...), essaie de résoudre au gré de ces rencontres.

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De la leçon d’histoire « sèches comme un coup de trique » qui fait bâiller l’auditoire à ce procès final filmé de façon absolument délirante (la caméra qui balance dans tous les sens en rythme avec la curieuse danse du chapelier – grand numéro digne des Monty Python), Miller livre une version très proche du livre de Lewis Carroll : exit le « merveilleux à tout prix »,  le réalisateur s’attardant souvent sur le visage de plus en plus songeur de son héroïne parmi cette brochette de personnages exubérants. Avec une belle économie de moyen, le film livre quelques plans et séquences de toute beauté – cette hache au premier plan tandis qu’Alice s’éloigne au loin… ; notre minuscule Alice, accompagnée du griffon, qui semble être comme écrasée dans ce décor rocheux des côtes anglaises ; cette délirante partie de croquet en bord de rivière ; ce capharnaüm dickensien de la salle de cuisine ; ces multiples jeux avec les miroirs avec notre Alice qui n’est pas toujours  « raccord » avec son reflet… ; les plans en plongée sur ce "merveilleux jardin"... - et montre que l’on peut rester totalement fidèle à « l’esprit » de l’œuvre de Carroll sans tomber dans la surenchère visuelle (je n’ai po encore vu le Burton, nan, je n’en parlerai point mais l'avis de mon camarade Gols m'en donne guère envie…). Bref, une œuvre télévisuelle, pour couper court, qui vaut le détour et qui apporte de l’eau à « mon moulin » - petit clin d’œil amical à l’ami Tororo…

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