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Maïwenn est décidément une super directrice d'acteurs, doublée qui plus est d'une cinéaste originale qui tente sans arrêt de nouvelles choses. Après ses deux premiers films aussi différents que passionnants, la voici sur une nouvelle voie avec ce Polisse remuant et réussi. La demoiselle est une nouvelle fois là où on ne l'attend pas, en l’occurrence sur les traces d'un petit groupe de flics de la brigade des mœurs section mineurs. On comprend ce qui a passionné Maïwenn là-dedans : il y a du très lourd au niveau des émotions, tant du côté des petites victimes que des flics en charge de leur protection. C'est un véritable défilé de cas insolubles et terribles, viols, pédophilie, fugues, irresponsabilité consternante des parents, le film plongeant littéralement au sein du commissariat pour nous livrer les moindres détails des interrogatoires et autres confrontations entre flics et enfants ou entre flics et coupables. C'est la principale qualité du film, son côté documentaire intransigeant, la précision de ses détails : on sent que Maïwenn a enquêté très consciencieusement sur les lieux, a interrogé patiemment les protagonistes, a récolté des tas d'anecdotes. Le film sonne vrai, on ne doute jamais de la véracité de ce qui est montré, même des choses les plus extravagantes (la mère qui branle son bébé pour l'endormir, l'adolescente prête à sucer tous ses potes pour récupérer son portable, ce genre de choses). Le film est long, mais cette longueur se justifie justement par la patience que la réalisatrice a quand il s'agit de rendre compte d'un fait divers, de chaque cas qui se présente face à ces flics : du plus grave au plus léger (on se marre souvent, contre toute attente, devant ces affaires impossibles), chaque nouvelle victime qui débarque dans le film a droit à ses quelques minutes d'attention, à son traitement particulier. Du coup, on a vraiment l'impression d'être immergé là-dedans, avec le temps pour réfléchir à ce qu'on ferait dans ce cas-là, au côté insoluble de certains cas, à l'absurdité glaçante de cette violence. On assiste aussi aux débordements des flics, à leur lassitude, aux 40000 crétineries du système judiciaire (pas de voiture pour aller intervenir sur un cas, traitement particulier pour les pédophiles haut placés, etc.)

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Le côté réaliste est dû beaucoup au talent des acteurs et à la façon dont Maïwenn les regarde. On a rarement comme ici la sensation d'une véritable troupe d'acteurs, chacun se mettant au diapason des autres malgré l'hétérogénéité de la distribution (Joey Starr versus Karin Viard, vraiment deux écoles) : ils jouent ensemble, ça paraît con mais c'est suffisamment rare pour le remarquer. Chaque personnage a son steak à défendre, sa scène à porter, y compris les stars venues faire un simple tour rapide dans la chose (Kiberlain dans un rôle casse-gueule par exemple). Palme d'Or à Marina Foïs toutefois, visage tourmenté, brutalité sèche, humour au taquet, qui trouve là le rôle de sa carrière sans conteste possible. Mais encore une fois, tous les acteurs sont franchement impeccables.

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Passons maintenant aux réserves que suscite forcément ce type de film, vous pensez bien que j'allais pas vous laisser partir comme ça. D'abord, il est bien dommage que Maïwenn ne se contente pas de cette immersion en milieu policier si réussie. Il lui faut aussi raconter une histoire d'amour, et elle est moins inspirée de ce côté-là. On voit tout à fait le processus : elle joue elle-même une photographe envoyée en immersion au sein de la brigade, dans une mise en abîme qui tient très bien le coup dans la première demie-heure ; l'actrice, discrète, joue le rôle de témoin distancé, à la présence permanente mais complètement en retrait du film. Mais c'est comme si elle se lassait vite de ce statut, et décidait subitement de s'attribuer un plus grand rôle : la voilà donc se décrivant dans sa relation avec Joey Starr, les bisous échangés (les lèvres du Joey en gros plan, c'est du Cronenberg, je vous jure), les invitations dans la famille, les tromperies, etc. Pour tout dire on n'en a rien à foutre, et ça n'a rien à faire dans ce film. Mignon qu'elle ait voulu immortaliser ses amours, mais elle aurait dû se faire un petit film de famille à visionner avec Joey plutôt que de le raccrocher à un film sur la police...

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Deuxièmement, on regrette précisément que le film ne joue que sur le registre de l'émotion. Polisse ne raconte rien, ne dit rien, n'a pas d'autre discours que celui, légèrement facile, de la défense des enfants contre les prédateurs adultes. Nul doute, bien sûr, que l'indignation de la réalisatrice est justifiée : il est odieux de maltraiter les enfants. Le penser est juste, faire un film sur ce seul "discours" l'est moins. D'autant que Maïwenn ne nous demande pas de penser par nous-mêmes, mais de pleurer, dans un large mouvement œcuménique d'empathie pour les innocents, sans se poser de questions. Trop facile, on dirait Cali qui beugle "le racisme c'est maaal", par exemple, et on attendait plus de soufre de la part de la réalisatrice de Pardonnez-moi. Les intentions sont bonnes, mais ça donne un film sans fond. Dommage, car pour tout le reste, la bougresse continue à prouver qu'elle compte vraiment dans le cinéma français actuel. Film crédible, parfaitement maîtrisé, mais projet un peu propre sur lui. (Gols 02/11/11)


19787876Le film, à sa sortie, a divisé... et me divise moi-même (je ne suis pas chiant en fait). D'accord pour reconnaître au bazar une véritable énergie et des accents de réalisme indéniable (Et un coup de boule dans ta tronche, Bertrand T., un...), d'accord pour dire que la brochette d'acteurs fonce tête baissée dans leur rôle et que chacun donne souvent le meilleur de lui-même (Karin Viard, dont je ne suis généralement po un grand fan, est assez sidérante, Joey Starr commence le film en étant black et le finit, à force de pousser des gueulantes, blanc comme un linge (le mieux placé pour incarner à l'écran une biopic de Michael Jackson ?... ohoh ohoh ohoh), Nicolas Duvauchelle est même parfois crédible...), d'accord pour avouer que la Maïwenn sait nous tirer des larmes qui peuvent rapidement se transformer en gros sanglot (je suis cela dit dans un tel état de fatigue que même un épisode de Casimir (clin d’œil...) m’émouvrait (merci le correcteur) - terrible (et facile, certes...) cette séparation du gamin (!... Lui ont piqué sa console de jeux juste avant la séquence pour qu'ils se mettent dans un tel état ?) et de sa mère - mais, mais, mais... Sans vouloir paraphraser mon camarade, cette volonté chez Maïwenn de vouloir montrer l'absence totale de frontière entre vie privée et vie professionnelle tourne un peu à la démonstration forcée : quand tu bosses à la brigade des mineurs, faut savoir que soit ton couple finit par exploser, soit il finit par imploser - ne cherchez point forcément la nuance (il y a les couples divorcés et ceux qui s'en sortent un peu mieux et qui ne sont qu'en instance de divorce...). Ouais c'est un taff ultra prenant où il faut en avoir dans le coffre pour ne pas craquer... Un peu comme prof ou garagiste, en fait, en parfois plus trash... (roh, c'est bon). Cela m'amène d'ailleurs directement à la lourdingue parabole finale : je pose une simple question, s'imposait-elle vraiment ? (le suicide versus l'enfant victime d'abus sexuel par son prof de gym qui devient champion !!!!!!!!!!! (argh) - je ne sais pas vous mais moi je trouve cela ultra ultra limite (j'ai presque cru que j'étais dans un mauvais (pléonasme, petit chroniqueur qui se la pète) Besson : cela m'a d'ailleurs foutu en l'air, pour être franc) une grosse partie de la bonne impression d'ensemble que j'avais sur le film...) Enfin, en effet ami Gols, les minauderies entre le Joey et la Maïwenn auraient gagné à rester en bonus vidéo d'un numéro de Paris-Match... Alors de la fougue et du nerf, oui, il y en a, mission réussie dans ce compartiment du jeu... Le gros pendant c'est tout de même cette évidente facilité dans le fond... Bref (roulement de tambour), un peu trolisse.  (Shang 16/01/12)