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Film "d'hommes entre eux" réalisé avec les moyens du bord par l'ami Fuller qui, tout en sachant gérer les quelques scènes de pétarades propres au genre, parvient à nous montrer toute la tension ressentie par une poignée d'hommes. On suit donc une petite troupe d'hommes sacrifiés (quarante-huit exactly) pour que le gros de la troupe puisse battre en retraite. Ils sont censés maintenir une foultitude de soldats chinois (qui se battent alors auprès des Coréens) en faisant croire qu'ils sont tout un régiment. A chaque attaque, ils perdent quelques éléments mais ils se doivent de résister coûte que coûte aussi bien aux balles ennemis qu'au froid qui les assaillent jusqu'à l'heure du repli... Réfugiés dans une grotte, ils tentent moult stratagèmes pour donner l'impression qu'ils ont du répondant. Fuller s'attache pratiquement à chacun de ces hommes qu'on ne tarde point à y identifier que ce soit par divers traits typiques de leur caractère, leur fonction ou encore par leur surnom : le comique, la grande gueule, le chef né, l'intellectuel incapable de tirer sur un ennemi, le doc, le grincheux... Le Caporal Denno (Richard Basehart) - l'intello - se détache tout de même du reste de la troupe : dès le départ de l'histoire, l'un des hommes lui annonce qu'il risque d'obtenir la responsabilité de la troupe si ses trois supérieurs hiérarchiques sont tués. Une annonce qui sonne comme une malédiction pour cet homme qui ne manque point de qualité mais qui tend malheureusement à douter au moment crucial...

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Le quotidien de ces hommes, entre deux balles de sniper, n'est guère trépident en soi mais Fuller parvient à insérer quelques séquences plutôt prenantes qu'elles soient teintées d'ironie (la scène où tous les hommes se frottent les pieds pour éviter les gelures et lors de laquelle deux d'entre eux confondent leur pied...), d'ingéniosité (Denno décidant d'aller piquer un clairon aux Chinois pour semer la confusion dans leur camp ; l'utilisation de "faux soldats" pour déterminer où se trouvent les mortiers chinois) ou d'un suspense terrible (la séquence - sûrement la plus tendue et la plus réussie - filmée sous divers angles par Fuller où Denno s'engage sur un terrain miné pour aller récupérer son supérieur mortellement touché : si son acte de bravoure se révèle quelque part totalement inutile, notre homme parvient indéniablement au passage à augmenter son "potentiel confiance"... Il en aura bien besoin par la suite, notamment lors de la séquence finale où il doit se montrer à apte à commander fermement ses hommes pour trouver le moyen de stopper un tank ennemi - avec une simple baïonnette ? N’exagérons rien les enfants...). Si la plupart des hommes prennent avec plus ou moins de fatalité ce qui a toutes les allures d'une mission suicide, la tension a tendance à méchamment monter lorsque le dénouement arrive et que la petite troupe se voit de plus en plus réduite (vu, malgré tout, le nombre de morts côté ricain, on soupçonne Fuller d'avoir fait mourir trois ou quatre fois certains figurants... Mais c'est de bonne guerre, oui). Denno saura-il faire preuve de sang-froid, prendre son sens des responsabilités et parvenir à tirer sur un ennemi au moment ultime, rien n'est moins sûr...

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La caméra de Fuller aime à capter en gros plan les faciès de ses hommes assaillis par le doute mais qui, malgré tout, ne craquent, ne rompent point. Le Samuel fait preuve d'un joli sens de l'ellipse ou du hors-champ lorsqu'un homme est mis à mort par l'ennemi - magnifique idée que celle de ce plan sur le "radio" qui annonce qu'aucun ennemi est en vue : on aperçoit soudainement un petit filet de salive noirâtre entre ses lèvres (il chique ou quoi ?) et deux plans plus tard, on se rend compte qu'un fourbe de Chinois a pris sa place... Superbe économie de moyen même si, encore une fois Fuller, n'est jamais radin sur les pétards lors des scènes d'action... Po facile donc d'être un bon petit soldat et de s'imposer en véritable leader sur le champ de bataille pour notre héros à la tête bien pleine ; mais dans courage, il y a cœur (et oui, vous le sauriez si vous n'aviez point sécher les cours d'ancien français, chers camarades) et notre homme devra plus compter sur cet organe que sur son cerveau lors de l'attaque finale. Fuller filme la guerre caméra au canon et réussit en passant une belle galerie de portraits d'êtres... humains - avec leurs forces, leurs faiblesses, leur idiosyncrasie quoi...

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