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Il y a de très belles choses, esthétiquement parlant, et de bien belles idées teintées d'érotisme dans cette version du bouquin de Welles par ce Erle C. Kenton (qui fait ainsi son entrée sur Shangols, bienvenu à bord, Erle). Richard Arlen a joué de malchance en étant d'abord victime d'un naufrage puis balancé, après avoir été secouru, par le Capitaine d'un cargo peu scrupuleux - et un poil rancunier (Richard lui avait collé un pain pour avoir maltraité un "homme" sacrément poilu) - sur le navire du Docteur Moreau. Ce dernier n'aime po forcément les visites sur son île mais il veut profiter de l'arrivée de ce quidam pour voir si la femme-panthère, la sensuelle Lota (brrr, ou plutôt grrrr!... Kathleen Burke et son immense regard noir de Betty Boop... sauvage) qu'il a crée est fertile... Le Docteur Moreau (Charles Laughton tout en subtilité dans ce rôle de tyran des Sciences Naturelles) s'est en effet spécialisé dans la création d'hommes-animaux (Demis Roussos est le seul à s'être échappé de cette expérience - désolé, j'ai encore des vapeurs d'alcool du réveillon) créant des êtres qu'on pourrait qualifier pour le moins d'hirsutes dont un Bela Lugosi totalement mangé par sa barbe - vu que Moreau a réussi à faire des asperges qui mesurent trois mètres, on peut avoir une petite idée des choses mi-hommes mi-monstres qu'il a créées ; ces derniers obéissent à sa "Loi" (po le droit de verser le sang, bien) mais sous la contrainte... Le Docteur mène en effet son petit monde de freaks au fouet, des freaks qu'il a mitonnés dans la fameuse "House of Pain" qui porte bien son nom... La Lota titillera grave notre Richard, un Richard qui ne va pas tarder d'avoir la visite, sur cette île de fous-furieux, de sa fiancée, la petite oie blanche Leila Hyams. Résiste, Richard, résiste... 

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Disons-le tout de go, le film reste relativement bluffant graphiquement parlant : un navire qui vogue dans le brouillard, une île tropicale joliment rendue, ou encore le merveilleux jeu sur les ombres et les multiples motifs verticaux dans la maison-prison de Moreau. Charles Laughton est particulièrement à son aise dans ce rôle d'un Moreau qui se plaît à jouer les Indiana Jones en fouettant de la chair "humainimale" ou qui aime à se cacher malicieusement dans les ombres de sa demeure - magnifiques plans avec ses pupilles qui reflètent, seules, la lumière, notamment lors de cette discussion, sur la fin, avec son second, Montgomery, dont l'un des yeux est rayé par un trait d'ombre alors que l'autre est dans la lumière : après des années passées à son service, notre Montgomery prépare sa rébellion, ouvrant enfin les yeux - au moins un - sur les atrocités de son maître.

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Kenton nous concocte également quelques séquences où l'érotisme pointe : superbe idée que celle de ce plan sur les pieds de Lota batiffolant dans l'eau pendant que le reflet du Richard se voit tout troublé... Notre homme, alors que cette créature femelle aux ongles félins qui repoussent (hum, hum) se colle contre lui, aura bien du mal à ne pas faiblir... Il tente de se distraire, de "s'échapper", en lisant un bouquin pris dans la bibliothèque de Moreau et la Lota de le jeter à l'eau : elle ne comprend point encore, l'animal, le côté salvateur de la lecture (...) et veut garder son homme ; elle finira tout de même par aider notre Richard dans sa fuite et le priera de retrouver sa liberté ("Go to the sea", forcément). La fiancée aura également droit à sa petite séquence de gloire féminine lors de cette scène où elle enlève ses bas sous le voile raffiné de son lit - l'érotisme "civilisé" vs l'attraction animale, c'est ça... Richard et sa fiancée, aux vêtements blancs immaculés, font forcément tâche dans cet enfer tropical et violent où Gillette ferait un malheur auprès de la tribu d'hommes-animaux. "Don't look back" leur ordonnera Montgomery sur la fin alors qu'ils sont de retour vers la civilisation et que l'île est en proie aux flammes... Le retour sur une terre plus accueillante s'annonce tout de même difficile tant il leur risque d'être difficile d'oublier, tout comme le spectateur (eh ouais), quelques images fortes magnifiquement troussées par Kenton - dont ce sublime plan où la fiancée se déshabille dans un petite "lucarne" du cadre alors qu'un monstre la guette du bas de la maison... Petit frisson délicieux sur l'échine (pour nous, et pour elle par la suite lorsqu'elle lui fera face), toute la magie du cinéma... Le film manque peut-être, parfois, d'un poil de rythme, c'est vrai, mais il serait bien dommage de faire la fine bouche devant cette adaptation de Welles réhaussée d'ici de là de jolis mouvements de caméra sur ce splendide set - sans parler de la tronche de certains monstres qui vaut à lui seul son pesant de poils.

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