Agnès de ci de là Varda d'Agnès Varda - 2011
La dame Agnès est plus que jamais au taquet, et nous livre avec cet opus 2011 une série de 5x45 mn qui ressemble au film d'une jeune fille. Comme on la voyait reculer sur une plage dans son film précédent, il semble que son cinéma suive le même processus d'année en année : la rétrospection dans le passé va de paire avec un rajeunissement total dans la forme et dans l'esprit, et certains de ses films récents semblent beaucoup plus "jeunes" que ceux qu'elle a réalisés il y a 30 ans. Il s'agit cette fois-ci, bien modestement, de partir à la rencontre de gens, en grande majorité des artistes contemporains, et de laisser en quelque sorte le film se faire grâce à eux. On rencontre donc avec bonheur quelques grands créateurs d'aujourd'hui (Soulages, Boltanski, Oliveira, Marker, Messager, Sokurov, et j'en passe plein), auxquels la dame laisse pudiquement la parole. Surtout, c'est à un carnet de voyage délicat et simple que nous convie cette série. Fidèle à elle-même, Varda cultive le coq-à-l'âne, ou plutôt le "fil en aiguille", avec un bonheur total : un simple plan, un mot, une vague idée, nous font brusquement sauter d'un pays à un autre, d'une époque à une autre. Berlin, Rio, Suisse, Lisbonne, États-Unis, Sète : tous les pays forment une sorte de cartographie intime où les visages aimés seraient les seuls points de repère. La bienveillance totale qui émane de ce film fait plaisir à voir : la déambulation prend la
forme d'une promenade sans but, abandonnée au simple plaisir de la flânerie d'univers en univers. Varda aime les gens, les lieux, les œuvres d'art, les petits moments de bonheur, et ne se prive pas de nous les faire partager, les magiques (splendide scène avec Oliveira qui mime un duel à l'épée, belle confession de Boltanski) et les anodins (photos des anonymes qui la reçoivent dans différents festivals). Elle donne à voir les œuvres dans leur durée (le ballet de Jan Fabre, grand moment), y compris les siennes qu'elle semble toute contente d'insérer dans son bazar. On a vraiment l'impression d'un cinéma en liberté, qui ne s'embarrasse d'aucun code de conduite, d'aucune obligation. La mélancolie est bien présente, pudiquement évoquée à travers quelques moments et quelques êtres (Demy encore et toujours, Morrison...), mais n'est jamais envahissante : chaque épisode s'ouvre sur un arbre poussant dans la cour de Varda, que les ouvriers sont obligés de couper mais qui repousse encore plus vite que le film en train de se faire : image simple et modeste de la primauté de la beauté de la vie sur la mort, tout l'esprit vardatien en un symbole. Bref, du Varda à 1000%, drôle, léger, intelligent, respectueux, joyeux, profondément unique.
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