vlcsnap_2009_09_23_20h16m12s109Toujours le même choc à la redécouverte de ce documentaire fictionné de Des Pallières, qui a su changer une commande ardue (passer une journée à Euro Disney) en ballade poétique morbide, mélancolique et étrange. Dès le départ, on sent que le gars va nous emmener sur des pistes douloureuses : dans le RER qui le mène à Marne-la-Vallée, il susurre en voix off quelques réflexions qui déjà vous sidèrent : Disneyland serait une sorte de prolongation de la légende du Joueur de Flûte d'Hamelin, la question principale étant : suis-je un des rats que le Joueur a menés à la mort, ou un des enfants qu'il a extirpés du monde des adultes ? Le décor est planté : son escapade au pays des rêves va ressembler à un cauchemar, qu'il va filmer comme une incursion en apnée dans un monde parallèle, teintée de tristesse, de douleur, de paradis perdu.

vlcsnap_2009_09_23_19h58m47s161Des Pallières filme Euro Disney au plus près, cadrant à deux millimètres les peluches dérisoires de ce monde étrange, errant au milieu de la foule pour cadrer un cauchemar éveillé, plein d'enfants inatteignables (tout sourires, ou effrayés, ou en pleurs, ou sidérés par ce qu'ils voient). C'est le sujet principal : les enfants, leur univers inconnu, et le rêve qu'on se croit en droit de leur proposer sous la forme de Mickey et de Donald. Sur une musique magnifique de Martin Wheeler, le documentaire vire à l'essai dantesque, à l'expérimental pur, à la quête désespérée de la joie dans un univers qui pourtant lui est dévoué. Des Pallières vient réveiller douloureusement un sentiment enfoui, celui de la perte de l'innocence, et met en évidence l'étanchéité de l'enfance par rapport au monde adulte. Ces pantins qui s'agitent au ralenti ne sont qu'un ersatz de la magie désormais oubliée de l'enfance, et le film préfère remuer en nous le sentiment de la Mort, de l'amour perdu, du combat politique, plutôt que de nos montrer l'angélisme du lieu.

vlcsnap_2009_09_23_20h05m57s104Toutes les séquences sont magnifiques de tristesse, depuis cette errance d'un vieux veuf regardant les jolis motifs disneyens avec mélancolie jusqu'à ces énormes plans sur des créatures rêvées plantées au milieu du monde réel, depuis la narration d'une rencontre entre une petite aveugle et une danseuse de parade ("Disneyland est fait pour les aveugles") jusqu'à cette promenade finale dans les coins déserts du parc. En opposition aux images, le texte et la musique ouvrent des lectures incroyablement profondes, faisant se chevaucher Kipling, HG Wells et Steve Reich dans un ballet lentissime qui vous fend le coeur. Pour en arriver, lors d'un travelling arrière final d'une éclatante intelligence, à ce triste constat : "Disneyland existe, les enfants aussi sans doute. Les enfants ne sont pas difficiles : leur rêve c'est d'être n'importe qui, de vivre n'importe comment, d'aller n'importe où, et ils le font. C'est ça la vie des enfants : ils ne décident pas, ils ne décident rien. La vie n'est que ce qu'elle est, rien d'autre, et ils le savent. Les enfants aiment la vie, tout le monde sait ça, mais rien ne les oblige à aimer la vie qu'ils ont." Disneyland Mon vieux Pays natal, c'est la constatation nostalgique du suicide d'une civilisation, de la perte des mythologies, de l'horreur du monde. Génialement réalisé et monté, c'est un essai fatigué sur les gens, qui se soustrait de la société pour mieux lui déclarer un amour fou. Grandiose. (Gols 23/09/09)


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Vous hésitiez à visiter Disneyland ? Economisez le prix d'un billet et celui de vos cinq enfants et matez-vous ce documentaire signé du joyeux luron Des Pallières : à défaut de vous emmener au pays des rêves, il vous évitera une plongée in vivo dans ce grand paradis pour décérébrés - et puis, on peut toujours excuser un enfant et ses choix, po ceux d'un adulte. Rien que de voir la tronche au début du film que tire le narrateur sur les montagnes russes, on devine que le gars n'est pas parti, en cette bien belle journée ensoleillée, pour s'éclater. Disneyland, Mon vieux Pays natal, c'est quarante-cinq minutes d'effroi permanent, d'un monde en plastoc vu par une caméra chauffée à blanc qui semble faire tout fondre sur son passage (ces terribles flous sur ces personnages masqués, ce plan hypnotisant sur ce con de Dingo (le symbole même de notre/ce monde de fous) qui part seul, au loin, de sa démarche grotesque, ce gros plan sur le costume d'une Blanche-Neige de vitrine...), d'une musique glaçante qui ne vous lâche jamais, de mots puissants qui forment autant de contes... d'horreur. Plus ces masques souriants des Mickey, Donald et con-sorts sont pris en gros plans, plus ils apparaissent placides, débiles, vides...

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Se faire prendre en photo quand on est enfant avec l'une de ces laides créatures, passe encore (le jugement a encore le temps de se former...), quand on est adultes, c'est déjà moins jojo (Alzheimer approche), demander un autographe à un anonyme "intermittent du spectacle" caché derrière ces faces hilares, c'est quand même le summum de l'absurde... Seuls certains visages d'enfant en bas-âge, pleurant devant ces visages difformes, parviendraient à vous convaincre qu'il reste encore dans certains bambins une vraie part d'innocence, de pureté. Des Pallières semble avoir un don pour trouver le mot juste, celui fait mouche (Évoquant notamment ces personnages disneyens qui se baladent connement au milieu de la foule : "Des êtres du renoncement et de l'abnégation... de pauvres êtres") : le constat est froid, tombe comme un couperet, on ose même pas imaginer la tête que l'on fera la prochaine fois qu'un oncle ou qu'un ami (... hum), nous parlera de sa visite dans ce parc d'attraction inattractif ("ah nan, je te jure, ça vaut la peine !")... C'est sûrement dans ces moments-là que certaines personnes se remettent à fumer. Disneyland débarque bientôt à Shanghai, je crois que c'est le signe ultime : voici venu le temps... de se barrer.   (Shang - 22/12/11)

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