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Stevens se paye une débauche de figurants et d'effets de foule, on lui en sait gré, ça amuse l'oeil. Encore eut-il fallu qu'il écrivit pour aller avec une histoire un peu plus tenue que ce scénario décousu et laborieux. Adapté d'un poème de Kipling, Gunga Din raconte trop d'histoires, et hésite sans arrêt entre les différents tons. S'agit-il d'une pure comédie, ce que tendraient à prouver le jeu excité de Cary Grant (pour le coup un peu too much) et ces blagouilles autour du mariage de Douglas Fairbanks Jr ? S'agit-il d'une déclaration d'amour virile et tonitruante à l'Armée britannique, comme pourraient le laisser à penser ces actes pleins de bravoure et ces tactiques de bataille montrées par le menu ? S'agit-il d'une réhabilitation de l'indigène indien asservi par le Britannique, comme le suggère ce portrait d'un petit porteur d'eau en héros inattendu ? S'agit-il d'un film de potes, comme l'indiquent les marrantes séquences de disputes entre ces troufions légèrement mercenaires ?

C'est un peu tout ça, et si on peut apprécier la richesse d'inspiration, on peut aussi trouver ça un peu lourd à digérer. D'autant que Stevens, intéressé par tous ces styles, a décidé de les filmer tous un par un ; d'où une impression de laisser-aller dans la trame. On croit qu'on va dans une direction, et à la scène suivante on est emmené ailleurs, puis encore ailleurs ensuite. On ne sait plus trop sur quel pied danser, et Gunga Din finit par prendre l'eau.

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Bon, ceci dit, ça reste un très bel exemple de la grande école du cinéma spectaculaire : des éléphants dressés comme des caniches, des acteurs qui balancent toutes leurs cartouches, de l'action, de l'humour, du suspense, de l'amour (petite apparition gracile de Joan Fontaine, 12 ans 1/2 à l'époque), des acteurs américains maquillés pour faire croire qu'ils sont indiens... On en a pour ses roupies. Ça ressemble à un bon vieux Tintin, genre "nos petits amis parviendront-ils à échapper aux griffes de l'immonde gourou Thug et à libérer leur camarade ?". Ça se suit avec bienveillance, y a plein de bagarres épiques et de farces impayables. Un joli film pour enfants, quoi. (Gols 10/03/09)


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Un ptit tour dans le cinéma épique (not really my cup of tea, certes) des forties, pourquoi pas... Au final me voilà guère plus emballé que mon camarade par ce film où notre trio de pied-nickelés (Cary Grant qui imite anachroniquement Pierre Richard dans Le Retour du grand blond et Jean Dujardin dans OSS 117 : faut le faire ; Victor McLaglen un peu hiératique, à l'image de sa moustache, qui semble avoir connu des jours meilleurs ; Douglas Fairbanks Jr en amoureux transi un peu couillon) se retrouve avec toute l'Inde religieuse à ses trousses et parvient à s'en sortir. On est content pour eux, mais je dois malheureusement reconnaître que même les scènes d'action finissent par se laisser voir d'un œil morne - c'est gentil d'envoyer un bâton de dynamite, mais soixante-quinze ?

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Entre-temps, on essaie plus ou moins de remplir le vide avec des scènes comiques qui ne volent pas bien haut (compter vingt minutes pour une blague autour d'un punch frelaté, dix minutes pour un face à face "viril" entre Grant et McLaglen, cinq minutes pour un gag avec authentique trompe d'éléphant). A force de s'écarquiller les yeux au moindre gros plan, on finit par avoir peur que Grant perde ses globes oculaires et on se dit qu'il y a au moins une personne sur ce film qui s'est amusée à déconner grave... Pour le reste, en effet, à voir plutôt un dimanche aprème, il y a... bien trente ans, pour ma pomme - ah oui, ça file...  (Shang 22/12/11)

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