Adua et ses Compagnes (Adua e le Compagne) (1960) d'Antonio Pietrangeli
Deux petites heures qui passent comme une plume en compagnie de nos quatre ex-prostituées (un quatuor mené par Simone Signoret (eh ouais, elle ne ment pas quand elle dit dans La Vie devant soi qu'elle a exercé le plus vieux métier du monde dans sa jeunesse) qui envoie du bois : Sandra Milo, Emmanuelle Riva, Gina Rovere) qui se lancent dans la restauration. Les bordels ferment, c'est la fin de toute une époque, mais nos jeunes femmes ne manquent point d'ambition. Elles rachètent un bâtiment totalement décati à la campagne, et il faut reconnaître que la Simone, l'une des seules à avoir vraiment la tête sur les épaules, éprouve quelque mal, dans un premier temps, à dompter les jeunes femmes et à les mettre au travail... Entre nostalgie d'une ancienne époque ("C'était quand même plus facile d'être pute que serveuse et surtout plus agréable"... - ce sont des hommes qui ont écrit le scénar, vi) et difficultéS pour attirer le (nouveau) client, il est clair qu'au départ le projet part un peu quenouille. Notre quatuor fait, qui plus est, un peu figure d'une troupe de bras-cassés en cuisine et cerise sur le gâteau, elles n'obtiennent point la licence pour avoir le droit d'ouvrir le resto... Elles sont obligés de s'associer avec un vieux type louche : propriétaire du bâtiment, il finit par obtenir la fameuse licence mais il leur demande en échange un loyer exorbitant... qu'elle ne pourrait rembourser, en gros, que si elles reprenaient, à l'étage du resto, leur ancien (blow) job...
Pietrangeli nous donne à voir quelques petites tranches de leur nouvelle vie qui oscille constamment entre joyeux éclats de rire et fracassantes déceptions : Simone fait la connaissance du gigolo Mastroianni, gros branleur et méga tchatcheur qui finit par lui ravir le cœur... Même si la Simone ne se fait, au départ, guère d'illusion sur ce freluquet, la tasse va être dure à boire quand elle se rendra compte à quel point celui-ci a autant de consistance qu'une moufle en laine. Il y a celle qui fait venir son enfant au resto (petits moments de grande tendresse assez craquants avec le gosse... qui se prend un gros taquet dans la tronche dès que la mama est énervée), celle qui rêve d'une nouvelle vie, voir d'un mariage, avec un client assidu (encore faudrait-il que celui-ci avale sans broncher la nouvelle de son ancien métier...)... Des petits hauts, d'indéniables bas mais et un resto qui attire de plus en plus de clients. La reconversion semble être une véritable réussite jusqu'à ce que le proprio se repointe avec ses gros sabots ; on se dit que la Simone, forte en gueule, va bien trouver une solution... Tout sauf retourner sur le trottoir ; encore faut-il pouvoir être respecté dans cette société menée par les hommes.
Pietrangeli livre une œuvre en ces début des sixties aussi légère que la tenue de ses ex-péripatéticiennes - qui ont un peu du mal à ne pas rouler outrageusement du cul entre les tables -, aussi touchante que leur combat pour retrouver leur dignité, toute leur dignité... On sourit à voir l'un des religieux du coin faire des visites quotidiennes - en tout bien tout honneur - aux quatre jeunes femmes ou encore aux facéties de ce Marcello qui tente toujours d'embobiner son monde, on est ému de voir ces chtits bouts de femme devenir grave lors du baptême du gamin ou lors d'une (véritable et première) déclaration d'amour, et on finit par se prendre au jeu de leur business qu'elles gèrent comme de "maître-femmes". Même si la sauce a un peu de mal à prendre au départ entre ces quatre caractères bien trempés qui n'ont jamais compté que sur elle-même pour s'en sortir, elles finissent par partager de vrais moments de complicité lorsque le taff leur laisse enfin quelques heures de pause... De jolis moments, enfin zen, durant lesquels elles peuvent enfin se mettre à croire à un nouvel horizon, à un nouveau départ. Dommage qu'au loin, il y a le nuage du proprio... Bien belle réussite que cette œuvre de Pietrangeli qui fait une entrée tardive mais remarquée - sous les vivats de la foule - dans Shangols.
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